Autour de la Cité ardente, dans les bastions historiques du PS, le PTB et les scandales ont changé la donne, depuis les élections communales de 2012. Le parti y préservera-t-il ses majorités absolues, parfois plus que centenaires ? 119 ans exactement pour Seraing, la plus ancienne, 95 ans pour Blegny, la plus " récente ". Entre les deux (par ordre décroissant) : Flémalle, Grâce-Hollogne, Beyne-Heusay, Herstal, Soumagne, Saint-Nicolas, Ans.
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Autour de la Cité ardente, dans les bastions historiques du PS, le PTB et les scandales ont changé la donne, depuis les élections communales de 2012. Le parti y préservera-t-il ses majorités absolues, parfois plus que centenaires ? 119 ans exactement pour Seraing, la plus ancienne, 95 ans pour Blegny, la plus " récente ". Entre les deux (par ordre décroissant) : Flémalle, Grâce-Hollogne, Beyne-Heusay, Herstal, Soumagne, Saint-Nicolas, Ans. Les années passent, pas le PS. Même s'il s'effrite, comme sa base sociale. " Les anciens sidérurgistes, les anciens mineurs qui y vivaient atteignent la limite de leur espérance de vie, décrit poliment le politologue Pierre Verjans (ULiège). Leurs descendants ne reprennent qu'en partie leur vote. " Certaines de ces entités embourgeoisées en viendraient même à compter plus de quatre-façades que de maisons ouvrières. " Les bourgmestres PS qui autorisent des constructions de villas à tour de bras accentuent non seulement les problèmes liés à l'étalement urbain, mais se tirent une balle dans le pied, car les nouveaux habitants finiront par voter MR ", nous confiait un jour, fort cyniquement, l'un d'entre eux.Dans les communes où les libéraux ne progressent pas, le PTB s'en charge. Il cartonnait déjà à Seraing et Herstal, il présentera cette fois des listes à Flémalle, Grâce-Hollogne, Saint-Nicolas, Oupeye et Visé. " Notre objectif est de conquérir la ceinture rouge, s'enthousiasme Raoul Hedebouw. Il est temps d'en faire un bon bordeaux, plus un mauvais rosé. " Le parti d'extrême gauche rêve d'un Borgerhout liégeois, seule commune flamande où il a intégré une majorité. Pas gagné. Beaucoup le craignent, peu veulent s'en rapprocher. C'est une commune dont on parle peu, sauf au moment de faire des courses chez Ikea ou d'observer la tentative de relance politique d'un ancien élu acquitté du meurtre de sa femme. Awans, demi- campagnarde demi-urbaine, dont l'étroite salle du conseil communal n'offre que deux, trois chaises pour le public et la presse, et c'est même parfois trop. Sauf lorsqu'une motion de méfiance est inscrite à l'ordre du jour. Une exécution publique attire toujours la foule. Un fratricide encore plus. A Awans, le PS a tué le PS. En 2014, des dissidents socialistes avaient tenté d'éjecter leur bourgmestre, avaient échoué, avaient offert le mayorat à l'opposition libérale et mis fin à leur propre hégémonie qui durait depuis 1928. Bien sûr, d'ici au 14 octobre prochain, ils tenteront de reconquérir ce qu'ils avaient sacrifié. Ils pourraient même y arriver, leur nouveau chef de file, Thibaud Smolders, jouissant d'une certaine popularité depuis sa tentative d'élection, honorable mais ratée, à la présidence de la fédération liégeoise du parti, l'an dernier. Awans, éphémère craquelure ou première brèche dans la ceinture rouge ? L'histoire pourrait se répéter à Ans, où le match est serré. Le PS y a perdu sa majorité en 2012 à un siège près. Stéphane Brutus Moreau n'était pas aussi populaire que Michel Papa Daerden. Il n'est de toute façon plus là. Grégory Philippin sera chargé de sauver les meubles, lui qui n'envisageait pas vraiment de devenir bourgmestre. " Je le suis parce que c'est la loi, j'étais le deuxième meilleur score, mais j'aurais préféré que cela se passe dans d'autres conditions. " Stéphane Moreau, assure-t-il, ne joue pas les belles-mères (" ni son genre, ni le mien ") et ne fera pas campagne pour le parti, " sauf si je lui demande ". Il ne le demandera pas. Il devra batailler en interne contre Walther Herben, actuellement directeur général de la commune, dont la retraite tombe pile-poil pour pouvoir siéger (un fonctionnaire ne peut pas être élu). Supposé très populaire, ce proche de feu Michel Daerden se présentera en dernière place. " Je n'ai pas peur de la démocratie ", glisse Grégory Philippin, qui avoue sa préférence pour une reconduction d'une coalition PS-MR-CDH. " Nos rapports sont excellents, pourquoi changer ce qui fonctionne ? " Mais le MR a des ambitions et les moyens de les atteindre : l'échevin Thomas Cialone a réalisé le deuxième meilleur score en 2012, tous partis confondus, il a exercé comme mayeur en remplacement de Stéphane Moreau et il n'aura pas à se bagarrer contre le PTB. Il se battra, par contre, " pour qu'il y ait une vraie alternative. Je suis candidat bourgmestre, plus que jamais. Le jeu est ouvert, nous avions bien progressé lors du dernier scrutin, mais je reste prudent car les électeurs ont été chamboulés. L'enjeu majeur sera de stabiliser la situation communale. " Ans, la plus sérieuse possibilité d'incursion bleue dans la ceinture rouge, tout le contraire de Seraing. La tête de liste libérale, Fabian Culot, y tacle tout autant (voire plus) le PTB que le PS. " Je veux démontrer que l'alternative au socialisme n'est pas l'extrémisme et que ce parti serait dangereux pour l'avenir de la ville ", répète-t-il. Logique. Le but du Parti socialiste est de " maintenir (sa) majorité absolue ", dixit Déborah Géradon, deuxième sur la liste. " On le sait, le PTB va faire un gros score chez nous, reconnaît-elle. Et la tendance n'est nulle part en Europe à la gauche traditionnelle. Mais les communales relèvent d'abord d'un enjeu de proximité et, là, on est fort. " L'image d'Alain Mathot l'est fort aussi, écornée. Par les suites du scandale Publifin (ses jetons de présence encaissés via une société privée) et par un procès Intradel dont il est le personnage principal alors que son immunité parlementaire non levée le préserve. Pâlira-t-il ? Ou bénéficiera-t-il du phénomène du " retournement du stigmate " (copyright Pierre Verjans) selon lequel plus un élu est attaqué, plus il est soutenu ? Dans la première hypothèse, les libéraux auraient une carte à jouer, celle de l'appoint. " Le MR est le seul parti en mesure de constituer une alternative à la majorité socialiste absolue ", prêche Fabian Culot. Au niveau de l'arrondissement, Fabian Culot fait partie du Legia, un groupe informel fondé par Christine Defraigne et rassemblant Gilles Foret (Liège), Adrien Croisier (Herstal) et Thomas Cialone (Ans). Leur message (en substance) : électeurs, n'ayez pas peur de voter pour un autre parti que le PS, une autre voie est possible (et bleue, selon eux). A Herstal, il faudrait un miracle. D'abord, car là aussi, le PTB devrait cartonner, même si son représentant le plus visible, Maxime Liradelfo, s'est retiré de la politique. Ensuite, car le bourgmestre Frédéric Daerden s'est assuré contre tout risque baissier en s'associant avec EPH (liste d'obédience CDH, son partenaire de majorité) dans un cartel nommé " PS-H ". Il reste peu de marge de manoeuvre au MR. Ailleurs, le risque vient surtout de l'intérieur. Dans six de ces dix communes, le PS présentera de nouvelles têtes en pole position. Moment traditionnellement délicat, " surtout quand le passage de témoin se fait de façon antagonique ", pointe Pierre Verjans. Illustration à Grâce-Hollogne. Maurice Mottard, vingt-trois ans de mayorat au compteur et douze d'échevinat, avait promis de ne pas se représenter en 2018. Il a finalement décidé que la pension à 67 ans était prématurée. Celui qui espérait le remplacer, Manuel Dony, ne compte pas s'effacer pour autant. L'USC locale a été mise sous tutelle, la fédération liégeois du PS ne parvient pas à trancher, Maurice Mottard va créer une liste dissidente. Celle de Manuel Dony ou la sienne, le PS n'en soutiendra qu'une et ceux qui n'y figurent pas seront exclus du parti. Ambiance. La commune a vécu le même scénario que Grâce-Hollogne, en 2013. Et elle ne s'en est toujours pas remise. A l'époque, Charles Janssens avait décidé de se retirer après trente ans de pouvoir. Place aux jeunes, enfin de préférence à l'échevin Alain Delchef (le nom de son successeur espéré était un secret mal gardé). Sauf qu'en 2012, celui-ci n'avait fait " que " le troisième meilleur score, alors la deuxième, Chantal Daniel, avait été intronisée. La suite n'est que conflits, dépôts de plaintes, mise sous tutelle de l'USC, démission du PS de la bourgmestre. Chantal Daniel présentera sa liste dissidente - ICI Soumagne - aux élections, constituée d'autres ex-socialistes et humanistes. Alain Delchef sera, lui, tête de liste PS. Combat en vue. Les successions ne se passent pas toujours mal, comme en témoigne Beyne-Heusay. Serge Cappa, en poste depuis plus de vingt ans, ne se représente pas. Son nom figurera toujours sur la liste socialiste, via sa fille Isabelle, mais c'est l'actuel échevin des travaux, Didier Henrottin, qui tentera de lui succéder.Suspense limité également ici, où Isabelle Simonis emmènera ses troupes. La ministre a promis de démissionner de ses fonctions à la Fédération Wallonie-Bruxelles " au plus tard en décembre 2018 " si elle était élue. Le décumul, Marc Bolland le pratique déjà, lui qui avait choisi en 2014 de ne pas se représenter à la Région pour se consacrer à Blegny. Il sollicitera un quatrième mandat de bourgmestre. L'opposition ICDH et MR souhaite " créer la surprise ". Comme depuis nonante-cinq ans. Ici, certains ont coutume de dire " qu'un chien avec un chapeau gagnerait les élections, tant qu'il est socialiste " (dixit le même homme politique cynique). Celle qui portera le couvre-chef, cette fois, s'appelle Valérie Maes. L'échevine avait déjà raté le poste de peu en 2012. L'histoire pourrait se répéter si elle finissait devancée par Abdelkarim Benmouna. L'ancien médecin de Michel Daerden, gros score en 2006, occupera la dernière place de la liste. La candidature de Birol Cokgezen, éphémère bourgmestre durant... quinze jours, n'a pas été retenue par la section locale. Si, au lendemain du 14 octobre, le PS saint-niclausien vit quelques remous, ce sera probablement moins à cause du résultat des urnes que de lui-même. Une nouvelle fois.