Dans son interview, Céline Nieuwenhuys raconte la première fois où les ministres ont interrogé les experts du GEES à propos du rapport que ceux-ci leur avaient proposé. Leurs questions étaient étonnantes: elles se rapportaient plus à leurs intérêts, l'intérêt de leur entourage, des lobbys. Dans les questions, on sentait les pressions qui reposaient sur ces hommes politiques. Les exemples donnés par Céline parlent d'eux-mêmes : "Est-ce qu'on pourra maintenir Francorchamps ? Combien de temps les hippodromes devront-ils rester fermés ? Et les parcs d'attractions ?". Les ministres et le groupe d'experts étaient donc en "total décalage", puisque les experts s'étaient, eux, concentrés sur la santé, sur la population, contrairement aux ministres. D'ailleurs, lors de la conférence de presse à propos du déconfinement, c'est la surprise pour Céline Nieuwenhuys. "Une douche froide parce que le discours est peu accessible, parce qu'il est orienté principalement sur un élément du rapport sur lequel nous n'avions pas porté notre attention, parce qu'à aucun moment les travailleurs sociaux ne sont cités".

"Je savais que l'on était dans une société où l'argent est maitre"

Céline Nieuwenhuys revient également sur la différence de poids entre les experts économiques et les experts du social, comme elle. Le directeur de la Banque Nationale était présent, le représentant des patrons également. Ces experts de l'économie étaient soutenus par les bureaux McKinsey qui travaillaient nuit et jour sur le sujet. "L'économie a le couvert du tableau Excel, de la rationalité". Lors des réunions du GEES, Céline Nieuwenhuys n'hésite pas à rappeler que tous les citoyens ne sont pas concernés par cela. Mais les experts économiques ont contré ses arguments, "il n'y a pas de place pour toutes les personnes parce que quand on parle de pauvreté, on est dans la politique". Lassée de ne pas se sentir écoutée, elle a décidé de parler à la presse, pour rappeler aux gens que le social était également présent dans le rapport présenté aux ministres. Des primes et aides ont finalement été accordées au secteur social, mais elles restaient minimes.

Céline Nieuwenhuys termine son interview par un bilan de cette expérience. "Je savais que l'on était dans une société où l'argent est maitre. C'est le capital, la productivité qui font avancer le pays et qui décident presque à la place du politique. Je le savais théoriquement, mais là, je l'ai vu. Pour les ministres du fédéral, le pognon était maitre, parfois même au prix de la santé". Au niveau du groupe d'experts, elle s'est rendu compte à quel point les experts de la santé mettaient l'humain au centre. En ce qui concerne les acteurs du social sur le terrain, elle met en avant leur capacité "à se centrer sur le bien commun alors que ce n'est pas toujours le cas dans les coulisses du politique".

Lauriane Vandendael

Dans son interview, Céline Nieuwenhuys raconte la première fois où les ministres ont interrogé les experts du GEES à propos du rapport que ceux-ci leur avaient proposé. Leurs questions étaient étonnantes: elles se rapportaient plus à leurs intérêts, l'intérêt de leur entourage, des lobbys. Dans les questions, on sentait les pressions qui reposaient sur ces hommes politiques. Les exemples donnés par Céline parlent d'eux-mêmes : "Est-ce qu'on pourra maintenir Francorchamps ? Combien de temps les hippodromes devront-ils rester fermés ? Et les parcs d'attractions ?". Les ministres et le groupe d'experts étaient donc en "total décalage", puisque les experts s'étaient, eux, concentrés sur la santé, sur la population, contrairement aux ministres. D'ailleurs, lors de la conférence de presse à propos du déconfinement, c'est la surprise pour Céline Nieuwenhuys. "Une douche froide parce que le discours est peu accessible, parce qu'il est orienté principalement sur un élément du rapport sur lequel nous n'avions pas porté notre attention, parce qu'à aucun moment les travailleurs sociaux ne sont cités". "Je savais que l'on était dans une société où l'argent est maitre"Céline Nieuwenhuys revient également sur la différence de poids entre les experts économiques et les experts du social, comme elle. Le directeur de la Banque Nationale était présent, le représentant des patrons également. Ces experts de l'économie étaient soutenus par les bureaux McKinsey qui travaillaient nuit et jour sur le sujet. "L'économie a le couvert du tableau Excel, de la rationalité". Lors des réunions du GEES, Céline Nieuwenhuys n'hésite pas à rappeler que tous les citoyens ne sont pas concernés par cela. Mais les experts économiques ont contré ses arguments, "il n'y a pas de place pour toutes les personnes parce que quand on parle de pauvreté, on est dans la politique". Lassée de ne pas se sentir écoutée, elle a décidé de parler à la presse, pour rappeler aux gens que le social était également présent dans le rapport présenté aux ministres. Des primes et aides ont finalement été accordées au secteur social, mais elles restaient minimes. Céline Nieuwenhuys termine son interview par un bilan de cette expérience. "Je savais que l'on était dans une société où l'argent est maitre. C'est le capital, la productivité qui font avancer le pays et qui décident presque à la place du politique. Je le savais théoriquement, mais là, je l'ai vu. Pour les ministres du fédéral, le pognon était maitre, parfois même au prix de la santé". Au niveau du groupe d'experts, elle s'est rendu compte à quel point les experts de la santé mettaient l'humain au centre. En ce qui concerne les acteurs du social sur le terrain, elle met en avant leur capacité "à se centrer sur le bien commun alors que ce n'est pas toujours le cas dans les coulisses du politique". Lauriane Vandendael