Voici maintenant un an que la pandémie détruit la vie universitaire. Le mythe de la "continuité pédagogique" ne trompe désormais plus personne. Il n'est plus tant question de discuter de la fiabilité technique des plateformes ni de l'ergonomie des outils numériques, mais de poser un constat simple et clair: l'enseignement à distance, c'est le contraire de ce que devrait être une université.

Maintenir la fiction d'une "université-à-distance", c'est placer les étudiant·e·s, les encadrant·e·s et les enseignant·e·s dans la position impossible de devoir chaque jour faire semblant que leur rapport aux savoirs et aux apprentissages n'a subi qu'un subtil changement de format, alors qu'il est dans les faits brutalement atrophié. Chacun·e sait désormais les dégâts considérables que le contexte pandémique produit sur la santé physique et mentale, mais aussi sur les projets de vie qui nous animent, à quelque échelle que ce soit.

Nous, chercheur·euse·s et enseignant·e·s universitaires, entendons depuis des mois les souffrances de celles et ceux à qui nous donnons des cours et faisons passer des examens. Les initiatives de soutien psychologique et matériel, les appels à la bienveillance, de même que les voeux pieux de quelques perspectives moins sombres, ne font plus le poids : des étudiant·e·s en fin de Master ont perdu le sens même de leur parcours à l'université, des étudiant·e·s débutant·e·s savent à peine où se trouvent les bibliothèques et les bureaux de leurs enseignant·e·s, toutes et tous ont les yeux et les cerveaux abîmés à s'enfiler des journées de visioconférences face à des enseignant·e·s elles-mêmes épuisé·e·s de parler dans le vide de leurs bureaux. Ces étudiant·e·s sont précédé·e·s par cette masse silencieuse de celles et ceux qui ont lâché prise et n'existent désormais plus qu'en tant que statistiques. Non, ceci n'est plus une université.

Ce constat nous place face à la question: quelle université est possible? La seule qui vaille à nos yeux réclame que soit remplie cette condition minimale : que tous·tes les étudiant·e·s, tous·tes les encadrant·e·s et tous·tes les enseignant·e·s fréquentent les mêmes lieux et les mêmes temps du monde réel. Un cours à l'université implique des corps et du collectif : une matière qui circule par des paroles, des textes, des symboles, à travers des corps qui sont là. L'enseignant·e, même lors d'un cours "magistral", expose son savoir et sa parole à un regard qui s'absente, un sourcil qui se fronce, une main qui note ou pianote frénétiquement sur un clavier, des corps endormis ou attentifs, bref : le savoir est ouvert à son remaniement, sa réélaboration vivante, sa transformation au contact du collectif étudiant dans lequel il est destiné à circuler.

C'est pourquoi il n'y a pas plus de raison à distinguer les quelques "laboratoires" réclamant du "présentiel", de tous les "cours ex-cathedra" soumis au "distanciel", qu'il y en aurait à distinguer la nage en brasse de la nage en crawl : imagine-t-on autoriser la brasse en bassin, mais imposer le crawl hors de l'eau? Pour rendre à nouveau l'enseignement possible, il faut dès lors rendre à nouveau les lieux massivement fréquentables, et rouvrir du temps d'étude pour chacun·e. Si les autorités gouvernementales s'accordent à reconnaitre que l'enseignement supérieur est une "activité essentielle" qui ne peut souffrir d'interruption, qu'elles mettent alors tout en oeuvre pour rendre cette activité effective - même en contexte pandémique. Les salles de cours doivent être multipliées, et aménagées pour permettre une aération optimale, et même parfois pour être simplement fréquentables dans des conditions de confort minimales ; des postes doivent être ouverts pour diminuer la taille de certains groupes et pour améliorer l'encadrement des étudiant·e·s ; enfin du temps doit être donné à une réflexion de fond pour repenser la forme des cours et des cursus - par celles et ceux qui les font. Car c'est bien cela qu'est une université : non pas une machinerie de tubes qui versent des contenus, mais un ensemble de pratiques où la transmission des savoirs est inséparable à la fois d'une forme de vie partagée et d'une reconstruction permanente des cadres mêmes par lesquels les savoirs se vivent et se transmettent.

Nous ne sommes pas épidémiologistes, médecins ou virologues. Nous sommes enseignant·e·s chercheur·euse·s à l'université, et nous faisons le constat que la continuité pédagogique n'a pas lieu. Louer "le courage" et "la ténacité" de la communauté universitaire, se dire "bien conscient·e·s" des difficultés du distanciel ne peuvent plus suffire comme réponse à cet appel : nous demandons d'ouvrir les universités, pour les cours et pour les examens. Et si l'on décide que ce n'est pas possible, que l'on arrête de se mentir et que l'on cherche d'autres modalités de transmission et d'évaluation du savoir que celle qui, sous la forme de la visioconférence (ou de tout autre ersatz de l'interaction pédagogique vivante), s'est imposée pour maintenir coûte que coûte la fiction d'une université qui n'existe plus pour un nombre grandissant d'étudiant·e·s, de chercheur·euse·s et d'enseignant·e·s.

L'université, dit-on, est le lieu de l'excellence, de l'innovation et de la créativité. Il est temps qu'elle le montre pour sauver l'une de ses missions principales: l'enseignement vivant.

Aydogdu Roman

Balthazard Matthieu

Barnabé Fanny

Beets François

Belloï Livio

Bouhon Frédéric

Bourgeois Marc

Cardol Pierre

Caeymaex Florence

Claeskens Magali

Collette Caroline

Compère Aurore

Cormann Grégory

Corswarem Émilie

Delbrassine Daniel

Delbrassine Noëlle

Deliège Jean-François

Demoulin Laurent

Despret Vinciane

Dondero Maria Giulia

Dubouclez Olivier

Durand Pascal

Englebert Jérôme

Fagnart Laure

Gathon Henry-Jean

Gavray Marc-Antoine

Gerkens Jean-François

Glorie Caroline

Goderniaux Alexandre

Godfirnon Maxime

Goin Émilie

Goufo Zemmo Leslie

Habrand Tanguy

Hagelstein Maud

Hamels Laurence

Hamers Jeremy

Hansen Damien

Helali Imen

Herla Anne

Homburg David

Honba Honba Cédric

Huppe Justine

Janvier Antoine

Jousten Lison

Lansmans Alexandre

Leclercq Bruno

Levaux Christophe

Mayeur Ingrid

Mazzucchelli Gabriel

Mercier Clémence

Noweta Alexandre

Pagnoulle Christine

Paulis Chris

Pieron Julien

Pluymers Fanny

Provenzano François

Ramakers Brice

Sauvage Géraldine

Steinmetz Rudy

Swennen Philippe

Thirion Nicolas

Van den Bossche Benoît

Viérin Marie

Wildemeersch Jonathan

Voici maintenant un an que la pandémie détruit la vie universitaire. Le mythe de la "continuité pédagogique" ne trompe désormais plus personne. Il n'est plus tant question de discuter de la fiabilité technique des plateformes ni de l'ergonomie des outils numériques, mais de poser un constat simple et clair: l'enseignement à distance, c'est le contraire de ce que devrait être une université. Maintenir la fiction d'une "université-à-distance", c'est placer les étudiant·e·s, les encadrant·e·s et les enseignant·e·s dans la position impossible de devoir chaque jour faire semblant que leur rapport aux savoirs et aux apprentissages n'a subi qu'un subtil changement de format, alors qu'il est dans les faits brutalement atrophié. Chacun·e sait désormais les dégâts considérables que le contexte pandémique produit sur la santé physique et mentale, mais aussi sur les projets de vie qui nous animent, à quelque échelle que ce soit. Nous, chercheur·euse·s et enseignant·e·s universitaires, entendons depuis des mois les souffrances de celles et ceux à qui nous donnons des cours et faisons passer des examens. Les initiatives de soutien psychologique et matériel, les appels à la bienveillance, de même que les voeux pieux de quelques perspectives moins sombres, ne font plus le poids : des étudiant·e·s en fin de Master ont perdu le sens même de leur parcours à l'université, des étudiant·e·s débutant·e·s savent à peine où se trouvent les bibliothèques et les bureaux de leurs enseignant·e·s, toutes et tous ont les yeux et les cerveaux abîmés à s'enfiler des journées de visioconférences face à des enseignant·e·s elles-mêmes épuisé·e·s de parler dans le vide de leurs bureaux. Ces étudiant·e·s sont précédé·e·s par cette masse silencieuse de celles et ceux qui ont lâché prise et n'existent désormais plus qu'en tant que statistiques. Non, ceci n'est plus une université. Ce constat nous place face à la question: quelle université est possible? La seule qui vaille à nos yeux réclame que soit remplie cette condition minimale : que tous·tes les étudiant·e·s, tous·tes les encadrant·e·s et tous·tes les enseignant·e·s fréquentent les mêmes lieux et les mêmes temps du monde réel. Un cours à l'université implique des corps et du collectif : une matière qui circule par des paroles, des textes, des symboles, à travers des corps qui sont là. L'enseignant·e, même lors d'un cours "magistral", expose son savoir et sa parole à un regard qui s'absente, un sourcil qui se fronce, une main qui note ou pianote frénétiquement sur un clavier, des corps endormis ou attentifs, bref : le savoir est ouvert à son remaniement, sa réélaboration vivante, sa transformation au contact du collectif étudiant dans lequel il est destiné à circuler. C'est pourquoi il n'y a pas plus de raison à distinguer les quelques "laboratoires" réclamant du "présentiel", de tous les "cours ex-cathedra" soumis au "distanciel", qu'il y en aurait à distinguer la nage en brasse de la nage en crawl : imagine-t-on autoriser la brasse en bassin, mais imposer le crawl hors de l'eau? Pour rendre à nouveau l'enseignement possible, il faut dès lors rendre à nouveau les lieux massivement fréquentables, et rouvrir du temps d'étude pour chacun·e. Si les autorités gouvernementales s'accordent à reconnaitre que l'enseignement supérieur est une "activité essentielle" qui ne peut souffrir d'interruption, qu'elles mettent alors tout en oeuvre pour rendre cette activité effective - même en contexte pandémique. Les salles de cours doivent être multipliées, et aménagées pour permettre une aération optimale, et même parfois pour être simplement fréquentables dans des conditions de confort minimales ; des postes doivent être ouverts pour diminuer la taille de certains groupes et pour améliorer l'encadrement des étudiant·e·s ; enfin du temps doit être donné à une réflexion de fond pour repenser la forme des cours et des cursus - par celles et ceux qui les font. Car c'est bien cela qu'est une université : non pas une machinerie de tubes qui versent des contenus, mais un ensemble de pratiques où la transmission des savoirs est inséparable à la fois d'une forme de vie partagée et d'une reconstruction permanente des cadres mêmes par lesquels les savoirs se vivent et se transmettent. Nous ne sommes pas épidémiologistes, médecins ou virologues. Nous sommes enseignant·e·s chercheur·euse·s à l'université, et nous faisons le constat que la continuité pédagogique n'a pas lieu. Louer "le courage" et "la ténacité" de la communauté universitaire, se dire "bien conscient·e·s" des difficultés du distanciel ne peuvent plus suffire comme réponse à cet appel : nous demandons d'ouvrir les universités, pour les cours et pour les examens. Et si l'on décide que ce n'est pas possible, que l'on arrête de se mentir et que l'on cherche d'autres modalités de transmission et d'évaluation du savoir que celle qui, sous la forme de la visioconférence (ou de tout autre ersatz de l'interaction pédagogique vivante), s'est imposée pour maintenir coûte que coûte la fiction d'une université qui n'existe plus pour un nombre grandissant d'étudiant·e·s, de chercheur·euse·s et d'enseignant·e·s. L'université, dit-on, est le lieu de l'excellence, de l'innovation et de la créativité. Il est temps qu'elle le montre pour sauver l'une de ses missions principales: l'enseignement vivant.Aydogdu RomanBalthazard MatthieuBarnabé FannyBeets FrançoisBelloï LivioBouhon FrédéricBourgeois MarcCardol PierreCaeymaex FlorenceClaeskens MagaliCollette CarolineCompère AuroreCormann GrégoryCorswarem ÉmilieDelbrassine DanielDelbrassine NoëlleDeliège Jean-FrançoisDemoulin LaurentDespret VincianeDondero Maria GiuliaDubouclez OlivierDurand PascalEnglebert JérômeFagnart LaureGathon Henry-JeanGavray Marc-AntoineGerkens Jean-FrançoisGlorie CarolineGoderniaux AlexandreGodfirnon MaximeGoin ÉmilieGoufo Zemmo LeslieHabrand TanguyHagelstein MaudHamels LaurenceHamers JeremyHansen DamienHelali ImenHerla AnneHomburg DavidHonba Honba CédricHuppe JustineJanvier AntoineJousten LisonLansmans AlexandreLeclercq BrunoLevaux ChristopheMayeur IngridMazzucchelli GabrielMercier ClémenceNoweta AlexandrePagnoulle ChristinePaulis ChrisPieron JulienPluymers FannyProvenzano FrançoisRamakers BriceSauvage GéraldineSteinmetz RudySwennen PhilippeThirion NicolasVan den Bossche BenoîtViérin MarieWildemeersch Jonathan