Voici le topo. Ce mercredi 7 juin, la commission d'enquête parlementaire sur la transaction pénale entendait, pour la deuxième fois, l'ex-boss de nos services de renseignement, Alain Winants. En cause : la fiche d'un individu V. Cette fiche, c'est Jean-François Etienne des Rosaies qui en a parlé dans un mail du 14 mars 2011. L'homme de l'Elysée y évoquait un déjeuner avec Claude Guéant, alors ministre de l'Intérieur, et Armand De Decker, alors président MR du Sénat belge et avocat-lobbyiste du milliardaire belgo-ouzbeke Patokh Chodiev. Lors de ce déjeuner, De Decker aurait remis à Guéant une fiche de la Sûreté belge sur un individu V.

"V" ? Il s'agit d'Eric Van De Weghe, proche du trio kazakh. Chodiev et ses avocats cherchaient à le discréditer, car un des trois Kazakhs, Alijan Ibragimov, voulait changer d'avocat, dans le dossier de corruption Tractebel pour lequel la chambre du conseil venait de décider un renvoi devant un tribunal correctionnel. Van de Weghe lui avait conseillé son avocate, Me Laurent. D'où la volonté des autres conseils de le déstabiliser aux yeux d'Ibragimov. Lorsque Le Vif/L'Express a révélé, en novembre dernier, le déjeuner entre De Decker et Guéant et le mail de des Rosaies évoquant la fiche de la Sûreté, les intéressés ont eu beau jeu de dire qu'il s'agissait d'une élucubration supplémentaire de l'homme de l'ombre élyséen.

Pourtant, depuis lors, Claude Guéant a reconnu, face à la commission d'enquête parlementaire, que ce déjeuner a bien eu lieu, début mars 2011. Il a admis qu'on y avait, entre autres, parlé de Chodiev. Le courriel d'Etienne des Rosaies disait donc vrai... Le Comité R (qui contrôle les services de renseignement en Belgique) a également révélé, dans son enquête, qu'Armand De Decker avait approché la DCRI (les renseignements français), à la même époque que le fameux déjeuner. Son objectif : que les renseignements français et belge collaborent à propos de Van de Weghe. A l'époque, la Sûreté belge a donc reçu une étrange demande en ce sens de la DCRI, sans vraiment y donner suite. Et son patron Alain Winants n'a pas jugé bon de dénoncer les manigances de De Decker à la justice.

Quant à la fiche sur "V" transmise à Guéant, le comité R a remis, hier, les conclusions d'une nouvelle enquête. Selon celles-ci, les 23 et 24 février, Winants a consulté, depuis son ordinateur, le dossier de Van de Weghe. A quatre reprises. C'était trois jours avant le déjeuner de De Decker avec Guéant... Confondant ! L'ancien patron de la Sûreté s'est défendu piètrement devant la commission d'enquête, en rejetant la faute de la transaction pénale sur les députés qui l'interrogeaient : "Vous parlementaires, c'est vous qui avez voté cette loi..." Il a affirmé n'avoir remis aucun fichier consulté à son ami Armand De Decker. Il est vrai que le comité R n'a pu déterminer si le dossier de "V" avait été imprimé, en février 2011.

Winants a aussi affirmé que c'était son job de consulter des dossiers et qu'il en consultait des dizaines, à l'époque. Or le comité R n'a visiblement pas vérifié si l'ancien patron de la Sûreté avait effectivement consulté d'autres dossiers que celui de "V", pendant la période visée. Or s'il n'a consulté que le dossier de Van de Weghe, dont le cas n'était même plus d'actualité en 2011 pour les services de renseignement, cela alourdirait encore davantage la charge contre Winants qui a, par ailleurs, dit ne pas se souvenir pourquoi il avait consulté le dossier de "V". Toujours pratique les trous de mémoires pour répondre aux questions de la commission, mais pas convaincants du tout.

Bref, ce qu'il faut désormais appeler "l'affaire Winants" ne peut pas en rester là. Car, si l'administrateur-général de la Sûreté a bien transmis une fiche classifiée au président du Sénat pour l'aider dans un dossier judiciaire, ce petit service entre amis constituerait un nouveau scandale dans le scandale d'Etats du Kazakhgate. Or des éléments de plus en plus nombreux tendent à démontrer ce scénario. Utiliser des renseignements de la Sûreté à des fins personnelles ne peut rester impuni. Alain Winants, qui a été décoré de la légion d'honneur en décembre 2011 à l'ambassade de France à Bruxelles, le sait parfaitement. Ce qui explique sa grande nervosité de mercredi, devant la commission Kazakhgate.

Quant à Armand De Decker, il agissait davantage comme lobbyiste que comme avocat pour Patokh Chodiev, en 2011. Comme prévu, les deux ex-chefs de cabinet du ministre de la Justice d'alors ont confirmé, comme ils l'avaient dit aux enquêteurs, qu'il s'était présenté au cabinet, le 22 février de cette année-là, en tant que représentant pour l'Elysée. C'était, selon lui, dans le cadre d'un contrat aéronautique entre la France et le Kazakhstan, avait raconté aux enquêteurs la cheffe de cabinet adjointe. De Decker venait demander, ni plus ni moins, que le ministre Stefaan De Clerck (CD&V) intervienne en faveur d'une transaction pénale pour son client Chodiev. Du jamais vu, pour l'ancien chef cab' Jo Baret. Soulignons qu'il s'agit de la même période, à quelques jours près, que le déjeuner avec Guéant à l'Elysée et des démarches auprès de la DCRI.

Voici le topo. Ce mercredi 7 juin, la commission d'enquête parlementaire sur la transaction pénale entendait, pour la deuxième fois, l'ex-boss de nos services de renseignement, Alain Winants. En cause : la fiche d'un individu V. Cette fiche, c'est Jean-François Etienne des Rosaies qui en a parlé dans un mail du 14 mars 2011. L'homme de l'Elysée y évoquait un déjeuner avec Claude Guéant, alors ministre de l'Intérieur, et Armand De Decker, alors président MR du Sénat belge et avocat-lobbyiste du milliardaire belgo-ouzbeke Patokh Chodiev. Lors de ce déjeuner, De Decker aurait remis à Guéant une fiche de la Sûreté belge sur un individu V. "V" ? Il s'agit d'Eric Van De Weghe, proche du trio kazakh. Chodiev et ses avocats cherchaient à le discréditer, car un des trois Kazakhs, Alijan Ibragimov, voulait changer d'avocat, dans le dossier de corruption Tractebel pour lequel la chambre du conseil venait de décider un renvoi devant un tribunal correctionnel. Van de Weghe lui avait conseillé son avocate, Me Laurent. D'où la volonté des autres conseils de le déstabiliser aux yeux d'Ibragimov. Lorsque Le Vif/L'Express a révélé, en novembre dernier, le déjeuner entre De Decker et Guéant et le mail de des Rosaies évoquant la fiche de la Sûreté, les intéressés ont eu beau jeu de dire qu'il s'agissait d'une élucubration supplémentaire de l'homme de l'ombre élyséen. Pourtant, depuis lors, Claude Guéant a reconnu, face à la commission d'enquête parlementaire, que ce déjeuner a bien eu lieu, début mars 2011. Il a admis qu'on y avait, entre autres, parlé de Chodiev. Le courriel d'Etienne des Rosaies disait donc vrai... Le Comité R (qui contrôle les services de renseignement en Belgique) a également révélé, dans son enquête, qu'Armand De Decker avait approché la DCRI (les renseignements français), à la même époque que le fameux déjeuner. Son objectif : que les renseignements français et belge collaborent à propos de Van de Weghe. A l'époque, la Sûreté belge a donc reçu une étrange demande en ce sens de la DCRI, sans vraiment y donner suite. Et son patron Alain Winants n'a pas jugé bon de dénoncer les manigances de De Decker à la justice. Quant à la fiche sur "V" transmise à Guéant, le comité R a remis, hier, les conclusions d'une nouvelle enquête. Selon celles-ci, les 23 et 24 février, Winants a consulté, depuis son ordinateur, le dossier de Van de Weghe. A quatre reprises. C'était trois jours avant le déjeuner de De Decker avec Guéant... Confondant ! L'ancien patron de la Sûreté s'est défendu piètrement devant la commission d'enquête, en rejetant la faute de la transaction pénale sur les députés qui l'interrogeaient : "Vous parlementaires, c'est vous qui avez voté cette loi..." Il a affirmé n'avoir remis aucun fichier consulté à son ami Armand De Decker. Il est vrai que le comité R n'a pu déterminer si le dossier de "V" avait été imprimé, en février 2011. Winants a aussi affirmé que c'était son job de consulter des dossiers et qu'il en consultait des dizaines, à l'époque. Or le comité R n'a visiblement pas vérifié si l'ancien patron de la Sûreté avait effectivement consulté d'autres dossiers que celui de "V", pendant la période visée. Or s'il n'a consulté que le dossier de Van de Weghe, dont le cas n'était même plus d'actualité en 2011 pour les services de renseignement, cela alourdirait encore davantage la charge contre Winants qui a, par ailleurs, dit ne pas se souvenir pourquoi il avait consulté le dossier de "V". Toujours pratique les trous de mémoires pour répondre aux questions de la commission, mais pas convaincants du tout. Bref, ce qu'il faut désormais appeler "l'affaire Winants" ne peut pas en rester là. Car, si l'administrateur-général de la Sûreté a bien transmis une fiche classifiée au président du Sénat pour l'aider dans un dossier judiciaire, ce petit service entre amis constituerait un nouveau scandale dans le scandale d'Etats du Kazakhgate. Or des éléments de plus en plus nombreux tendent à démontrer ce scénario. Utiliser des renseignements de la Sûreté à des fins personnelles ne peut rester impuni. Alain Winants, qui a été décoré de la légion d'honneur en décembre 2011 à l'ambassade de France à Bruxelles, le sait parfaitement. Ce qui explique sa grande nervosité de mercredi, devant la commission Kazakhgate. Quant à Armand De Decker, il agissait davantage comme lobbyiste que comme avocat pour Patokh Chodiev, en 2011. Comme prévu, les deux ex-chefs de cabinet du ministre de la Justice d'alors ont confirmé, comme ils l'avaient dit aux enquêteurs, qu'il s'était présenté au cabinet, le 22 février de cette année-là, en tant que représentant pour l'Elysée. C'était, selon lui, dans le cadre d'un contrat aéronautique entre la France et le Kazakhstan, avait raconté aux enquêteurs la cheffe de cabinet adjointe. De Decker venait demander, ni plus ni moins, que le ministre Stefaan De Clerck (CD&V) intervienne en faveur d'une transaction pénale pour son client Chodiev. Du jamais vu, pour l'ancien chef cab' Jo Baret. Soulignons qu'il s'agit de la même période, à quelques jours près, que le déjeuner avec Guéant à l'Elysée et des démarches auprès de la DCRI.