"La pension à 65 ans, c'était un mauvais combat de campagne électorale. C'était un symbole", a dit Paul Magnette à la RTBF et au Soir.
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"La pension à 65 ans, c'était un mauvais combat de campagne électorale. C'était un symbole", a dit Paul Magnette à la RTBF et au Soir. Il a ajouté qu'à titre personnel, il n'avait jamais défendu cette revendication. Et là, la faute de goût double alors l'erreur factuelle. Entre le professeur d'université qui énonce un constat erroné et l'homme politique qui commente avec dégueulasserie, entre l'académique tenu à la neutralité axiologique et le militant censé rester décent, entre Paul Magnette le président de parti et Magnette Paul le politologue, c'est le politologue qui trompe, et le politique qui se trompe. D'une part, le scientifique de l'Université libre de Bruxelles salit le savoir et ses petits praticiens du quotidien, considérant qu'aucun observateur, journaliste, chercheur, citoyen, ne soit en capacité heuristique de retrouver les traces, pourtant nombreuses, de l'engagement, à titre personnel, de Paul Magnette à défendre durement le retour de l'âge légal de la pension à 65 ans. "Du bon sens!" disait-il ainsi au Soir, à l'automne 2017, ajoutant que "le PS doit aller en campagne en posant quelques exigences non négociables, comme la pension à 65 ans". C'est qu'il devait estimer, à l'époque, qu'il s'agissait là d'un bon combat de campagne électorale, et non d'un déplorable symbole. D'autre part, le président du Parti socialiste, pourtant porte-parole de sa formation durant la campagne qui mena au pire résultat socialiste depuis 1919, humilie non seulement son prédécesseur pour avoir posé un choix stratégique dont, rétrospectivement, Paul Magnette s'exonère mensongèrement, mais il contredit quelques-uns de ses plus illustres devanciers. C'est en fait toute l'histoire du socialisme en Belgique qu'il révise ainsi. Car ce dont Paul Magnette se targue aujourd'hui, toutes ces grandes conquêtes obtenues hier et qu'il attribue à son parti, furent autant de symboles que Magnette Paul qualifierait aujourd'hui de mauvais combats de campagne électorale, alors que l'histoire sociale de la Belgique démontre que ce n'est qu'en élargissant une possibilité déjà répandue qu'on la transforme en droit, et que ce n'est que cette transcription dans le droit qui fait d'un progrès une conquête. Parce qu'au fond alors, la loi des huit heures, elle aussi, n'était qu'un symbole, puisque le temps de travail avait déjà été réduit à cette hauteur dans de nombreux secteurs et de nombreuses entreprises. Comme l'arrêté-loi de 1944 généralisant les assurances sociales, qui venait consacrer ce dont la plupart des salariés disposaient déjà, grâce à leur mutuelle, à leur syndicat, ou même à leur patron (une assurance contre la maladie, une pension de retraite, un droit au chômage, des allocations familiales), pourrait alors n'avoir présenté qu'une portée symbolique. Et la loi dépénalisant l'avortement n'en aurait même été qu'un autre symbole également, puisque beaucoup de femmes pratiquaient déjà clandestinement ce que le Code pénal leur interdisait. Parce que, et c'est là, sans doute, que réside la différence entre le socialisme pour les ouvrier.ère.s et la gauche par les consultants, le sombre charbon des grandes conquêtes se couronne toujours de l'or brillant du symbole. Et qui déprécie cet or enterre à nouveau ce charbon.