C'eût pu être une blague: planter une centaine de pieds de vigne pour s'occuper l'hiver, apprendre la taille au sein d'une asbl dédiée à la réinsertion sociale par le maraîchage. Oui mais ici, c'est Liège: on n'y fait rien comme tout le monde. Parce que dans le lot des volontaires il y avait un piqué de vignes, parce que le climat s'est révélé un peu intéressant, parce que la région liégeoise n'avait pas encore de projet de grande envergure autour du vin, et parce qu'il y avait de vieilles histoires à réécrire, l'idée de départ ...

C'eût pu être une blague: planter une centaine de pieds de vigne pour s'occuper l'hiver, apprendre la taille au sein d'une asbl dédiée à la réinsertion sociale par le maraîchage. Oui mais ici, c'est Liège: on n'y fait rien comme tout le monde. Parce que dans le lot des volontaires il y avait un piqué de vignes, parce que le climat s'est révélé un peu intéressant, parce que la région liégeoise n'avait pas encore de projet de grande envergure autour du vin, et parce qu'il y avait de vieilles histoires à réécrire, l'idée de départ est devenue "plantons dix hectares". Un financement par épargne citoyenne plus tard, malgré un départ difficile, on se retrouve bien vite avec 2 000 coopérateurs (à 500 euros la part) et donc de quoi investir sérieusement dans le Vin de Liège. "On a planté par vagues successives, pour maintenant atteindre 16 hectares. On a sorti les premières bouteilles en 2015: de 20 000, on est désormais à peu près à 100 000 bouteilles annuelles. Ce qui nous motive, c'est de progressivement monter en qualité, pas trop vite: c'est une stratégie douce de développement", confie Alec Bol, administrateur délégué. Avec un axe tout à fait particulier dans les vignes, puisqu'au Vin de Liège on a choisi les cépages interspécifiques ou "résistants". Ces vignes résilientes ont été développées spécialement pour nécessiter moins de traitements mais n'ont pas forcément bonne réputation gustative. "Rattraper deux mille ans d'histoire viticole, c'est impossible, reconnaît Alec. Un pinot noir belge, aussi bon soit-il, ne sera jamais un bourgogne. Partons alors sur des choses différentes." Son ambition ultime: amener de la personnalité dans les vins. Il n'y a pas de frustration plus abominable que l'imitation: chaque vin produit ici doit être unique. Et si cela passe par du tâtonnement, des vins fortement modifiés d'un millésime à l'autre, tant mieux. S'ils ont démarré le projet sans trop savoir où aller, ils ont fini par devenir symbolique d'une réussite à la liégeoise, et font des petits autour d'eux: de nouveaux vignobles naissent tout autour, chose qu'ils voient plutôt d'un bon oeil, car cela crée de l'émulation. En gardant l'ADN lîdjeu: nommer leur crémant L'Insoumise allait de soi, on sait assez le caractère bonhomme mais révolté des principautaires. Le style de ce vin sort des sentiers battus, c'est un crémant vineux, car on va chercher plus loin dans les maturités, et malgré un dosage très raisonnable, la matière riche et dense explose en bouche. On adorera y associer une bonne frisée aux lardons, et allons Lîdje!