Avant la création de la Région bruxelloise, le tram n'était pas une priorité. Le politique misait alors sur le bus et le métro. Changement d'optique après 1989 : le tram, à l'origine une particularité belge, est revenu au goût du jour.

Le réseau de la Stib s'est dès lors largement étendu, avec la construction de nouvelles lignes et la pose de centaines de kilomètres de rails. Lesquels finissent par s'user, subissant l'assaut du temps mais aussi de trams toujours plus grands, plus lourds et à la fréquence plus élevée.

Cette année, la Stib a estimé nécessaire de remplacer 120 kilomètres de rails. Un planning détaillé a été mis en place. " La priorité, ce sont les chantiers qu'on appelle must do, qui obligent au remplacement des rails le plus rapidement possible, sous peine de s'exposer à un risque de cassure locale, voire de déraillement ", explique Françoise Ledune, porte-parole de la société des transports intercommunaux de Bruxelles. Ensuite viennent les projets " Avanti ", qui visent à améliorer la vitesse commerciale des trams par de nouvelles mesures d'aménagement. En plus du remplacement des rails, ils permettent de financer le réaménagement total d'une rue, de façade à façade.

La ligne 3 comprendra 18 stations et s'étendra sur 10 kilomètres. un projet pharaonique.

Prolongements vers le nord

Face à la demande de déplacements en transports en commun qui ne cesse de croître - surtout vers le nord de Bruxelles, en proie à une démographie galopante -, la Stib prévoit de nouvelles lignes pour compléter son réseau d'ici à 2025. Deux projets sont en cours de réalisation. Après l'inauguration, en septembre 2018, de la ligne 9, reliant les stations Simonis et Arbre Ballon en passant par Jette et l'est de Ganshoren, un permis a été délivré pour la prolonger de 1,5 kilomètre jusqu'à Houba de Strooper, via la Cité modèle et l'avenue du Général de Ceuninck, qui sera mise en sens unique. Le tram sera implanté sur le trottoir actuel, du côté du Heysel, tandis qu'un nouveau trottoir, plus large, sera construit sur les terrains libérés dans le cadre de l'ambitieux projet NEO, soit la construction d'un nouveau quartier au pied de l'Atomium. Inauguration de la ligne prévue en 2021, avec un tracé complètement réaménagé : sites propres, verdurisation, amélioration des cheminements pour la sécurité des piétons et des cyclistes... Viendra ensuite le prolongement de la ligne 94, depuis le musée du Tram jusqu'à la station de métro Roodebeek, avant son extension jusqu'à l'avenue Marcel Thiry, à hauteur du Cora de Woluwe. Et, d'ici à 2021, le tram 3 en provenance du rond-point Churchill, à Uccle, sera également prolongé vers le plateau du Heysel.

A l'horizon 2024, deux nouvelles lignes verront encore le jour. La première reliera la station de métro Belgica, à Molenbeek, à la gare du Nord et à la place Rogier, via le site de Tour & Taxis, en plein développement. La deuxième fera la jonction entre Rogier et le site de l'hôpital militaire de Neder-Over-Heembeek. A plus long terme, vers 2025, l'idée est également de transformer les bus 95 et 49 en trams. Selon la Stib, il n'y a pas assez de ramifications vers le quartier des universités et du cimetière d'Ixelles. " C'est la grande rocade qui nous manque à l'ouest, qu'on fera sûrement partir de la place Albert, à Forest ", confie Jean-Michel Mary, directeur du développement du réseau.

Le fameux métro 3

Le feu vert a finalement été donné au gigantesque chantier du métro 3. Il concerne dans un premier temps la conversion de l'axe prémétro entre les stations Nord et Albert, attendue pour 2024. A l'horizon 2030, le projet s'étendra avec la création de sept nouvelles stations et le creusement d'un tunnel de cinq kilomètres pour relier la gare du Nord au carrefour Jules Bordet (Evere). Des travaux préparatoires devraient commencer dès 2020. Si tout va bien... Car le permis, accordé en mai dernier, s'est vu menacé par plusieurs recours. " Mais, ces recours n'étant pas suspensifs, il n'y a pas de conséquences sur les travaux, qui se poursuivent normalement ", tempère Françoise Ledune. Cette ligne 3, nouvel axe jalonné de dix-huit stations, s'étendra sur 10,3 kilomètres. Elle reliera les communes d'Evere et de Forest en à peine vingt minutes, en passant par le centre-ville. Arguments principaux pour la conversion du tram en métro : la fréquence et la capacité plus élevées. Ainsi, le temps d'attente entre deux rames pourrait être réduit à 90 secondes, pour un nombre de passagers trois à quatre fois supérieur à celui d'un tram - jusqu'à 732 passagers ! Et, contrairement aux transports de surface, le métro n'est pas perturbé par le trafic : pas d'embouteillages, pas de stationnement sauvage, pas d'accident. La ponctualité s'en trouve nettement améliorée.

Ce projet pharaonique implique des travaux d'envergure, échelonnés sur les dix prochaines années. La plupart se dérouleront à des dizaines de mètres en sous-sol, mais d'autres impacteront les riverains en surface. Construction de nouvelles stations, percement d'un tunnel... cela ne s'improvise pas. La réalisation de la station Toots Thielemans, entre la place Rouppe et la gare du Midi, est prévue au printemps 2020. Des tunnels de raccordement entre les stations Lemonnier et gare du Midi doivent également être creusés dans ce quartier déjà touché par les impétrants (Sibelga, Vivaqua, etc.), qui y sont à l'oeuvre depuis quelques mois. Du côté de la gare du Nord, les impétrants entament leurs travaux dès décembre, avant le lancement du chantier Stib. La seconde portion, entre la gare du Nord et la station Bordet, à Evere, n'est pas attendue avant 2030 mais certains travaux préparatoires démarreront dès 2020, dont le percement du tunnel de cinq kilomètres à l'aide d'un tunnelier, à 30 mètres de profondeur. Sur les territoires de Schaerbeek, Evere et alentours, sept nouvelles stations verront le jour : Liedts, Colignon, Verboekhoven, Riga, Tilleul, Paix et Bordet. Au bout du tunnel, un nouveau dépôt de métro viendra s'installer à l'extrémité nord de la ligne.

Ponts du chemin de fer

Des travaux sont également prévus sur le rail mais, comme le précise Frédéric Sacré, porte-parole d'Infrabel, " ceux-ci n'ont de répercussions sur les riverains et les usagers de la route que lorsqu'ils affectent des ponts, des tunnels sous les voies ou des passages à niveau. " Et encore : " Infrabel s'efforce de peser le moins possible sur la mobilité globale et celle des clients du rail en particulier. C'est pourquoi nos chantiers sont menés en privilégiant le travail de nuit ou durant le week-end. " Le gestionnaire de l'infrastructure ferroviaire belge attend précisément une autorisation de suppression des cinq derniers passages à niveau de la capitale, sans qu'un calendrier soit déjà fixé.

Parmi les principaux chantiers prévus d'ici à 2023, on peut citer ceux des ponts Fraiteur à Ixelles, Carsoel et Stalle à Uccle, Albert à Schaerbeek, Mons et Carpentier à Anderlecht. Tous ne seront pas forcément fermés à la circulation pendant la durée des travaux, extrêmement variable.

Camille Berkenbaum et Cilou de Bruyn