Suite aux condamnations unanimes de sa publicité, Bicky Burger a répondu. "Nous ne voulons absolument pas promouvoir la violence contre les femmes et nous désapprouvons fermement toute forme de violence. Ce n'était pas l'intention. (...) L'approche et le principe du post est que la vente de faux Bicky's ne se fait pas non plus ! Restez réaliste, gardez la paix et ne battez personne ! On veut la paix dans le monde et le vrai bicky est au pouvoir !" Quelle défense lamentable. Le producteur de hamburgers s'enfonce davantage. Il aurait mieux fait de se taire...

Au-delà de la consternation, c'est l'incompréhension qui prédomine après la publication de cette pub qui - il faut bien le dire - incite à la violence envers les femmes. A l'instar, d'ailleurs, du chanteur marocain Adil Miloudi qui a affirmé, fin juin dernier, sur la chaîne musicale Chada TV: "Celui qui ne tabasse pas sa femme n'est pas un homme". Et ce dans un pays où, selon une enquête du ministère de la Famille, plus de la moitié des femmes marocaines affirmaient avoir subi des violences (physiques, sexuelles, psychologiques, sur internet...), l'année précédant l'enquête, alors qu'il existe une loi réprimant la violence faite aux femmes récemment améliorée.

Dans le contexte actuel de #MeToo et, surtout, de la lutte contre le féminicide, la pub de Bicky Burger est incroyable, impensable, inimaginable. La violence suggérée par l'image, rappelant le style du dessinateur américain Roy Lichtenstein, est inouïe. Quelle boîte de pub a-t-elle pu concevoir une telle image et un tel slogan ? Cela a-t-il bien fait rire ses concepteurs, comme l'acteur Samir Nacery qui renchérit aux propos de Miloudi, sur le plateau de Chada ? Bien sûr, il ne s'agit pas, ici, de débattre du politiquement correct ou du "peut-on rire de tout ?", mais bien de la responsabilité des messages violents, sexistes et dégradants véhiculés par la pub et les productions culturelles en général.

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Car responsabilité, il y a, non seulement sur le plan pénal (des plaintes en justice sont annoncées), mais surtout sur le plan moral. D'autant que les consommateurs de Bicky ou les fans de Miloudi sont aussi des ados en quête de sens et de valeurs. Vont-ils répéter entre eux le slogan de Bicky, pour rire, dans la cour de récré ? Si c'est le cas, même une seule fois, cela démontrera combien cette pub est désastreuse et combien le combat contre les violences conjugales et contre les femmes en général nécessite plus que jamais une mobilisation unanime.