Dans une récente opinion publiée dans Le Vif, Claude Demelenne répète sa nouvelle profession de foi séparatiste. Cet ancien belgicain, membre et fondateur de B Plus, explique sa conversion aux thèses séparatistes par le gouffre qui séparerait désormais les deux principales communautés du pays. Flamands et Wallons n'auraient plus de points communs, ni dans leurs opinions, ni dans leur priorités politiques. Les Wallons rêveraient encore d'une Belgique éternelle ; les Flamands rêveraient d'une Flandre volant de ses propres ailes, de moins en moins encombrée de la structure belge. Les Wallons rêveraient d'une société basée sur les valeurs de gauche et l'État-providence ; les Flamands rêveraient d'une politique de droite, ultra-libérale et sécuritaire. Un divorce intelligemment négocié serait alors la meilleure solution au blocage actuel.

On s'étonne de voir un auteur de gauche, autrefois si prompt à dénoncer "la tentation nationaliste" du PS, reprendre ainsi les clichés que nous tendent les nationalistes pour justifier la partition ou la dissolution progressive de la Belgique.

Le cliché d'une Flandre acquise à la droite face à une Wallonie penchant vers la gauche mérite plus qu'une nuance. S'il est vrai qu'en Flandre les partis de droite et d'extrême-droite sont sortis vainqueurs des dernières élections, l'extrême-gauche a elle aussi réalisé son meilleur score historique. Si en Wallonie l'extrême-gauche a fait un progrès impressionnant, c'est dans un contexte où l'extrême-droite est quasiment inexistante. Entre la Flandre et la Wallonie, c'est l'offre politique qui est différente, bien plus que les souhaits des électeurs. Les enquêtes effectuées par différentes universités du pays ont montré que les préoccupations des Wallons ne sont guère différentes de celles des Flamands. Si un parti tenait en Wallonie un discours sécuritaire et musclé en matière migratoire, il trouverait aisément des électeurs. Pour séduire un électorat précarisé, le Vlaams Belang a de son côté largement usé d'arguments de gauche comme le relèvement des petites pensions. Au Nord comme au Sud, les électeurs sont cependant contraints de s'exprimer en fonction des seuls partis qui se présentent à leurs suffrages. De cette limitation du choix des électeurs naît la différence de représentation politique et l'illusion que les deux communautés n'ont plus rien en commun.

Une récente enquête post-électorale dont la presse a largement fait écho tort également le cou à l'idée reçue selon laquelle la Flandre ne rêve que de voler de ses propres ailes. Seuls 16 % des Flamands souhaitent une Flandre indépendante, chiffre stable depuis de longues années et ne montant qu'à 22% parmi les électeurs de la N-VA. Mieux : 30% des Flamands souhaiteraient même un renforcement de l'autorité fédérale.

Le fonctionnement actuel des institutions belges n'est certes pas satisfaisant. Le blocage actuel est déplorable. Il appelle à des réformes en vue d'un meilleur fonctionnement des institutions fédérales. Mais il est faux de qualifier ceci de chaos. Le véritable chaos serait précisément celui causé par le divorce que d'aucuns présentent comme une solution. Il ne faut pas se bercer d'illusions : ce divorce ne sera pas amiable. Il nécessitera des négociations longues et pénibles. Il faudra trancher des questions telles que la répartition de la dette publique, le statut de Bruxelles et des minorités, éventuellement rediscuter les tracés des frontières et enfin, négocier les liens de solidarité souhaités par les Wallons. Toutes ces négociations prendront du temps, sans certitude d'aboutir. Toutes ces incertitudes ne feront que nuire à l'image internationale de nos régions auprès et finiront par peser sur la situation économique globale, ce que chacun ressentira peu ou prou. Les scissions de la police et de la justice seront quant à elles du pain béni pour la criminalité organisée. C'est tout cela qui peut être qualifié de chaos, et non le blocage actuel, aussi déplorable soit-il.

Ce dont les Belges ont besoin, ce n'est pas d'un divorce ou de de nouvelles scissions plus ou moins poussées. Le blocage actuel montre précisément les limites du mécanisme de scission des compétences opéré par les précédentes réformes de l'État. Ce qui est nécessaire, c'est au contraire le renforcement de la démocratie au niveau fédéral. L'instauration d'une circonscription fédérale, un partage plus clair des compétences, l'instauration d'une hiérarchie des normes et la promotion du bilinguisme sont des moyens parmi d'autres de procéder.

Peut-être que "le modèle flamand cher à la NV-A et à ses alliés, s'il était appliqué à la Belgique, constituerait (...), un détricotage des acquis sociaux obtenus par la gauche." Il n'en demeure pas moins que dans un État démocratique, cette possibilité n'est pas moins légitime qu'une autre. Vouloir encore plus diviser le pays pour faire échapper la Wallonie à cette hypothétique évolution, c'est se ranger du côté de Jules César qui préférait être premier en Gaule que deuxième à Rome. C'est un choix stratégique partisan, mais pas la poursuite de l'intérêt général.

Frédéric Amez, vice-Président de B Plus, mouvement pour une Belgique rénovée, fédérale et solidaire

Dans une récente opinion publiée dans Le Vif, Claude Demelenne répète sa nouvelle profession de foi séparatiste. Cet ancien belgicain, membre et fondateur de B Plus, explique sa conversion aux thèses séparatistes par le gouffre qui séparerait désormais les deux principales communautés du pays. Flamands et Wallons n'auraient plus de points communs, ni dans leurs opinions, ni dans leur priorités politiques. Les Wallons rêveraient encore d'une Belgique éternelle ; les Flamands rêveraient d'une Flandre volant de ses propres ailes, de moins en moins encombrée de la structure belge. Les Wallons rêveraient d'une société basée sur les valeurs de gauche et l'État-providence ; les Flamands rêveraient d'une politique de droite, ultra-libérale et sécuritaire. Un divorce intelligemment négocié serait alors la meilleure solution au blocage actuel.On s'étonne de voir un auteur de gauche, autrefois si prompt à dénoncer "la tentation nationaliste" du PS, reprendre ainsi les clichés que nous tendent les nationalistes pour justifier la partition ou la dissolution progressive de la Belgique. Le cliché d'une Flandre acquise à la droite face à une Wallonie penchant vers la gauche mérite plus qu'une nuance. S'il est vrai qu'en Flandre les partis de droite et d'extrême-droite sont sortis vainqueurs des dernières élections, l'extrême-gauche a elle aussi réalisé son meilleur score historique. Si en Wallonie l'extrême-gauche a fait un progrès impressionnant, c'est dans un contexte où l'extrême-droite est quasiment inexistante. Entre la Flandre et la Wallonie, c'est l'offre politique qui est différente, bien plus que les souhaits des électeurs. Les enquêtes effectuées par différentes universités du pays ont montré que les préoccupations des Wallons ne sont guère différentes de celles des Flamands. Si un parti tenait en Wallonie un discours sécuritaire et musclé en matière migratoire, il trouverait aisément des électeurs. Pour séduire un électorat précarisé, le Vlaams Belang a de son côté largement usé d'arguments de gauche comme le relèvement des petites pensions. Au Nord comme au Sud, les électeurs sont cependant contraints de s'exprimer en fonction des seuls partis qui se présentent à leurs suffrages. De cette limitation du choix des électeurs naît la différence de représentation politique et l'illusion que les deux communautés n'ont plus rien en commun.Une récente enquête post-électorale dont la presse a largement fait écho tort également le cou à l'idée reçue selon laquelle la Flandre ne rêve que de voler de ses propres ailes. Seuls 16 % des Flamands souhaitent une Flandre indépendante, chiffre stable depuis de longues années et ne montant qu'à 22% parmi les électeurs de la N-VA. Mieux : 30% des Flamands souhaiteraient même un renforcement de l'autorité fédérale.Le fonctionnement actuel des institutions belges n'est certes pas satisfaisant. Le blocage actuel est déplorable. Il appelle à des réformes en vue d'un meilleur fonctionnement des institutions fédérales. Mais il est faux de qualifier ceci de chaos. Le véritable chaos serait précisément celui causé par le divorce que d'aucuns présentent comme une solution. Il ne faut pas se bercer d'illusions : ce divorce ne sera pas amiable. Il nécessitera des négociations longues et pénibles. Il faudra trancher des questions telles que la répartition de la dette publique, le statut de Bruxelles et des minorités, éventuellement rediscuter les tracés des frontières et enfin, négocier les liens de solidarité souhaités par les Wallons. Toutes ces négociations prendront du temps, sans certitude d'aboutir. Toutes ces incertitudes ne feront que nuire à l'image internationale de nos régions auprès et finiront par peser sur la situation économique globale, ce que chacun ressentira peu ou prou. Les scissions de la police et de la justice seront quant à elles du pain béni pour la criminalité organisée. C'est tout cela qui peut être qualifié de chaos, et non le blocage actuel, aussi déplorable soit-il.Ce dont les Belges ont besoin, ce n'est pas d'un divorce ou de de nouvelles scissions plus ou moins poussées. Le blocage actuel montre précisément les limites du mécanisme de scission des compétences opéré par les précédentes réformes de l'État. Ce qui est nécessaire, c'est au contraire le renforcement de la démocratie au niveau fédéral. L'instauration d'une circonscription fédérale, un partage plus clair des compétences, l'instauration d'une hiérarchie des normes et la promotion du bilinguisme sont des moyens parmi d'autres de procéder. Peut-être que "le modèle flamand cher à la NV-A et à ses alliés, s'il était appliqué à la Belgique, constituerait (...), un détricotage des acquis sociaux obtenus par la gauche." Il n'en demeure pas moins que dans un État démocratique, cette possibilité n'est pas moins légitime qu'une autre. Vouloir encore plus diviser le pays pour faire échapper la Wallonie à cette hypothétique évolution, c'est se ranger du côté de Jules César qui préférait être premier en Gaule que deuxième à Rome. C'est un choix stratégique partisan, mais pas la poursuite de l'intérêt général.Frédéric Amez, vice-Président de B Plus, mouvement pour une Belgique rénovée, fédérale et solidaire