A la fin du mois de juin 1930, les équipes de France et de Belgique embarquent, respectivement à Nice et Barcelone, à bord du Conte Verde de la Blue Star Line. Direction Montevideo et la première Coupe du monde de l'Histoire dont les deux pays ont été les premiers en Europe à accepter l'invitation. Quatre-vingt huit ans plus tard, le paquebot franco-belge arrive enfin dans le port de Saint-Pétersbourg mardi pour un match tellement classique qu'on avait jusqu'ici oublié qu'il pouvait être le match du siècle mais entre les deux pays les plus proches... et les plus différents de la Terre. Sur les terrains de foot aussi, ces deux pays sont les "plus imbriqués" de l'histoire.
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A la fin du mois de juin 1930, les équipes de France et de Belgique embarquent, respectivement à Nice et Barcelone, à bord du Conte Verde de la Blue Star Line. Direction Montevideo et la première Coupe du monde de l'Histoire dont les deux pays ont été les premiers en Europe à accepter l'invitation. Quatre-vingt huit ans plus tard, le paquebot franco-belge arrive enfin dans le port de Saint-Pétersbourg mardi pour un match tellement classique qu'on avait jusqu'ici oublié qu'il pouvait être le match du siècle mais entre les deux pays les plus proches... et les plus différents de la Terre. Sur les terrains de foot aussi, ces deux pays sont les "plus imbriqués" de l'histoire.France-Belgique sera le... 74e du nom, mais le premier officiel depuis 1986 ! Bilan : 30 victoires belges, 24 françaises, 19 nuls, mais une Coupe du monde pour la France. Zoom sur les 5 matches les plus emblématiques de la relation longtemps qualifiée de "match sympathique".C'est le match sans lequel rien ne serait arrivé. Et peut-être même pas la Coupe du monde ! Sur le terrain du Vivier d'Oie, à Uccle, la vétuste tribune du club de hockey du Racing est le dernier témoin de ce moment historique : la rencontre entre les équipes de Belgique et de France est tout simplement le premier match international de l'Histoire ! Si, jusque-là, bien sûr, Anglais, Ecossais et Gallois s'affrontaient régulièrement dans le berceau du foot, jamais ils n'ont exporté leurs équipes sur le continent. Les meilleurs amis-ennemis du monde partagent l'enjeu. A l'issue de la rencontre, rendez-vous est pris pour 21 jours plus tard à Paris : le Danemark, les Pays-Bas, la Suède, la Suisse et l'Espagne y rejoignent Français et Belges pour créer la FIFA (Fédération internationale de football-association).Le pli est pris de voir, comme avec les Pays-Bas, les deux équipes s'affronter chaque année : après un 7-0 à Bruxelles, les Belges l'emportent 0-5 à Saint-Cloud. Dans La Vie sportive, l'organe de la Fédération belge, Pierre Walckiers écrit que les Belges, en rouge, "se sont battus comme de beaux Diables". Les Diables rouges sont nés.Un chef-d'oeuvre. Après des décennies d'anonymat des deux équipes, Michel Hidalgo et Guy Thys les ont replacées au centre du jeu au début des années 80. Grâce notamment à une splendide victoire (2-0 au Heysel) des oeuvres de Vandenbergh et Czerniatynski, la Belgique supplante la France mais aussi les Pays-Bas et l'Irlande lors des qualifications pour le Mundial 82. Où les Bleus magiques de Platini, Giresse et Tigana acquièrent avec la demi-finale tragique de Séville contre l'Allemagne la réputation de "perdants magnifiques". Il faudra l'Euro 84 et cette extraordinaire démonstration de Platini (3 buts contre les Belges) pour que la France remporte enfin un titre suprême. Le matin du match de la Beaujoire, Hidalgo mettait en garde : "Les Belges sont notre bête noire". Pas ce jour-là.Bizarrement, le dernier match officiel entre les deux pays date de 32 ans et concernait... le dernier carré de la Coupe du monde. Match décevant car match des déçus, celui pour la troisième place est rarement enthousiasmant. Les Français voulaient sans doute plus remporter cette petite finale, eux qui avaient une nouvelle fois été stoppés par l'ogre allemand après une symphonie parfaite contre le Brésil à Guadalajara. Les Belges, eux, avaient déjà tout gagné en sortant une grandiose URSS, une mièvre Espagne et en butant sur un Maradona en état de grâce.Le dernier affrontement, le seul pour Didier Deschamps qui s'en souvient bien : ce jour-là, un an avant l'Euro 2016, la Belgique plonge le Stade de France dans la torpeur après avoir mené 1-4. Hazard et Fellaini sont les grands bonshommes du match. Sont déjà là : Courtois, Witsel, Chadli, Vertonghen, Mertens, Alderweireld, Lukaku, Carrasco et même Dendoncker et Tielemans ! C'est un match révélation car, à compter de ce jour, et cela n'a plus changé depuis, la France du football a commencé à considérer la Belgique comme son plus gros adversaire pour les années à venir. Nous en sommes là. Le duel de ce mardi soir, à Saint-Pétersbourg, 20 heures, pour une place en finale de la Coupe du monde, devrait dans tous les cas éclipser tous les précédents. Puisque, outre son enjeu, il oppose les deux équipes qui font figure, désormais, de favoris au titre suprême du sport-roi.Par Jean-François Lauwens