La rentrée universitaire est synonyme de retrouvailles. Retrouvailles avec le campus, les connaissances et amitiés d'auditoire. Retrouvailles avec les connaissances et amitiés de cercles étudiants. Retrouvailles avec la guindaille. Synonyme aussi de découvertes, d'une toute nouvelle vie, d'indépendance, pour les étudiants débarquant en première année. Synonyme, aussi, de nombreuses festivités et soirées.
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La rentrée universitaire est synonyme de retrouvailles. Retrouvailles avec le campus, les connaissances et amitiés d'auditoire. Retrouvailles avec les connaissances et amitiés de cercles étudiants. Retrouvailles avec la guindaille. Synonyme aussi de découvertes, d'une toute nouvelle vie, d'indépendance, pour les étudiants débarquant en première année. Synonyme, aussi, de nombreuses festivités et soirées.Les mesures d'organisation de ces festivités, au vu de la pandémie, ne sont pas encore tout à fait définies. Mais une chose est certaine, le retour des festivités sera différent des années pré-covid. "Pour les festivités en intérieur où l'on danse, comme les bals, TD, etc., ce sera le protocole discothèques qui s'appliquera", indique à la DH le porte-parole de Valérie Glatigny (MR), ministre de l'Enseignement supérieur. Un protocole est en cours d'élaboration en vue de la réouverture le 1er octobre. Une chose est sûre: les soirées dansantes ne pourront avoir lieu durant les deux premières semaines.L'an dernier, une vague de témoignages a bouleversé le petit monde du folklore estudiantin. Des témoignages d'étudiantes et d'étudiants, qui racontent les viols, attouchements, harcèlements et agressions qu'ils ont subis lors de soirées organisées par des cercles étudiants, des activités de baptême, après les soirées en dormant chez quelqu'un pour ne pas avoir à rentrer trop loin chez soi...Depuis le 8 mars, date éminément symbolique, ces témoignages sont partagés sur le compte Instagram "balance.ton.folklore". Pour l'heure, plus de 250 ont été publiés. Tous ne concernent pas le folklore estudiantin (mais parlent d'autres pans de la société), ni uniquement celui de l'ULB, mais de nombreux messages dénoncent des comportements observés lors de festivités des cercles, sur le campus, ou lors d'activités de baptêmes étudiants.Que faut-il alors craindre pour la reprise de ces fêtes, potentiellement bientôt? "Je ne sais pas s'il faut craindre une recrudescence des violences", analyse Sylvie Boët, responsable du Centre d'accompagnement et de soutien dans les risques de harcèlement envers les étudiant·es (cash-e), à l'ULB, mis en place depuis l'automne 2020. "Il y a évidemment une augmentation du risque, car depuis plus d'un an et demi il n'y a plus eu de fêtes, et maintenant elles retournent".L'Association des cercles étudiants de l'ULB (ACE), organisation qui chapeaute les autres cercles, a mis en place un poste dans le conseil d'administration, "intitulé Égalité & Inclusivité, pour mener des discussions et des projets reliés notamment aux violences sexistes et sexuelles, mais plus largement pour lutter contre toutes les formes de discriminations et violence sur nos campus, et dans notre folklore. L'objectif est de travailler ensemble à un campus et des fêtes plus safe, respectueuses de toutes et tous", explique la présidente, Sarah Rousseau. D'autres cercles ont également adopté ce poste, et tous les cercles devraient suivre lors de l'année qui vient.Un groupe de travail, assemblé par le Vice-Rectorat aux Affaires Etudiantes, a également vu le jour. Il est devenu une commission au sein de l'ULB, à laquelle ces délégués participent. "Cette commission travaille sur plusieurs projets, notamment des formations pour des membres des associations étudiantes (aussi pour les baptêmes), des formations du personnel de sécurité qui travaille sur le campus, une campagne de sensibilisation à grande échelle, des chartes, etc.", continue Sarah Rousseau.Au sein même des cercles, de nombreux chantiers sont en cours. "On travaille sur des formations adaptées pour les personnes qui participent aux baptêmes, mais on a également mis en place une commission en interne pour se coordonner entre cercles folkloriques. On travaille pour le moment sur une charte commune, et les prochaines étapes seront des procédures de sanctions". De nombreux témoignages sur la page Instagram pointent notamment l'impunité des cercles face aux personnes accusées, qui peuvent être des personnes à des postes à responsabilités. Mais tous les cercles seraient ouverts au changement et à l'évolution, et aucun n'a manifesté d'oppostion aux projets, note Sarah Rousseau.La présidente note que son conseil d'administration et elle n'ont pas attendu les témoignages pour prendre des initiatives. Ces projets ont tous été pensés dès juin 2020, et même depuis plus longue date. Mais les témoignages leur ont donné encore plus d'importance. S'il y a un risque de voir augmenter les comportements avec le retour des activités, Sylvie Boët estime qu'il y aura avant tout une augmentation des signalements. La Docteure en psychologie constate un changement des mentalités. Les personnes qui sont victimes, témoins ou tiers à qui la personne raconte ce qui s'est passé, sont plus promptes à dénoncer les faits. "Elles ne sont plus prêtes à se taire. Il y a un éveil des consciences.""Ce n'est pas vraiment la libération de la parole qui a initié ces changements, mais plutôt la libération de l'écoute. Les victimes ont toujours parlé, dans le folklore aussi. Les témoignages du type Balance ton folklore ont toujours existé, mais avant ils étaient peu considérés. Ce qui a changé, ce sont les mentalités. Aujourd'hui, on reconnaît que des comportements comme ça ne sont plus acceptables, et c'est ça qui a tout initié. Puis ça a été l'effet boule de neige, et les victimes se sont senties de plus en plus libres de parler, et de plus en plus entendues", analyse Sarah Rousseau, présidente de l'Association des Cercles Etudiants de l'ULB.Sylvie Boët voit un impact positif des témoignages. "Cela montre que ces faits existent. On ne peut plus ne pas voir ou ne pas croire. Avant, il n'y avait pas de honte du côté des agresseurs, aujourd'hui elle est en train de changer de camp. La honte des victimes diminue. Elles se sentent aujourd'hui légitimes."Ce changement des mentalités arrivera-t-il jusque dans l'esprit même du folklore, pointé du doigt comme étant une des sources des violences dans de nombreux témoignages?Des étudiants et étudiantes forcés à s'embrasser lors des activités de baptême, à vendre leurs corps sur une scène, de mimer des fellations en buvant de l'alcool versé le long d'un pénis... Des témoignages visent ces pratiques, les personnes s'estiment victimes de cet esprit qui ne représenterait qu'un sexisme ambiant, dégradant la femme et faisant fi du principe du consentement. En cas de refus, la pression du groupe exercerait, ou la ridiculisation des personnes, alors acusées d'être faibles. Les chants sont également pointés du doigt comme étant sexistes. Les étudiants rétorquent, à la défense de ce rituel d'initiation, que les activités sexuelles ne sont pas la norme, et ne sont pas problématiques en soi, tant que les personnes sont consentantes. Pour eux, il est censé apprendre les valeurs de l'ULB aux étudiants. Le libre-examen, l'esprit critique, la capacité à refuser de suivre aveuglément l'autorité, et à dire non. Des initiatives existent également pour réécrire les chants."Le folklore n'est selon moi pas intrinsèquement sexiste. Le côté politiquement incorrect et irrévérencieux a pu laisser des dérives visibles, mais en tout cas l'esprit du folklore n'est pas sexiste. Il faudra des adaptations et du changement, mais c'est en bonne voie, et tout le monde a l'air d'accord ! Il y a déjà un gros travail sur les bleusailles (autre mot pour période de baptême, ndlr), comme des remises en question des activités, ou des formations des comitards et comitardes", explique Sarah Rousseau.Sylvie Boët se demande s'il s'agit juste du folklore, ou de toute la société. "Est-ce que c'est vraiment plus dans le folklore que ailleurs dans la société? Est-ce que certains comportements font juste grossir le trait ?"