Mardi 8 octobre, la nuit tombe sur Anvers. Arborant des rubans jaune et noir, des étudiants traversent gaiement la place Hendrik Conscience. C'est là que trône la statue de l'auteur du roman Le Lion des Flandres qui relate la bataille des Eperons d'or, un symbole du nationalisme flamand. Ces jeunes habillés aux couleurs de la Flandre se dirigent vers le café De Zwaan. Il est 20 heures, une bonne dizaine d'autres boivent une bière en terrasse. Ils se retrouvent pour célébrer la naissance d'une nouvelle association étudiante nationaliste flamande à Anvers : Jong N-VA StuAnt. " Nous réunissons les étudiants partisans de la N-VA, qu'ils viennent d'une université ou d'une haute école anversoise ", explique Sven, le porte-parole du comité. " Kom binnen ! " Les étudiants sont priés d'entrer pour écouter le mot du président. Le rez-de-chaussée est plein à craquer. Perché sur l'escalier, Sven chauffe la salle : " Ne vous inquiétez pas, le président ne va pas parler longtemps. Nous allons accrocher l'écu et, surtout, nous allons boire une bière ! " La cinquantaine d'étudiants présents crient et applaudissent.
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Mardi 8 octobre, la nuit tombe sur Anvers. Arborant des rubans jaune et noir, des étudiants traversent gaiement la place Hendrik Conscience. C'est là que trône la statue de l'auteur du roman Le Lion des Flandres qui relate la bataille des Eperons d'or, un symbole du nationalisme flamand. Ces jeunes habillés aux couleurs de la Flandre se dirigent vers le café De Zwaan. Il est 20 heures, une bonne dizaine d'autres boivent une bière en terrasse. Ils se retrouvent pour célébrer la naissance d'une nouvelle association étudiante nationaliste flamande à Anvers : Jong N-VA StuAnt. " Nous réunissons les étudiants partisans de la N-VA, qu'ils viennent d'une université ou d'une haute école anversoise ", explique Sven, le porte-parole du comité. " Kom binnen ! " Les étudiants sont priés d'entrer pour écouter le mot du président. Le rez-de-chaussée est plein à craquer. Perché sur l'escalier, Sven chauffe la salle : " Ne vous inquiétez pas, le président ne va pas parler longtemps. Nous allons accrocher l'écu et, surtout, nous allons boire une bière ! " La cinquantaine d'étudiants présents crient et applaudissent. Les jeunes assoiffés doivent encore faire preuve d'un peu de patience avant de se désaltérer à l'oeil. Lenn, le président à la mèche de côté et le blazer beige, retrace rapidement l'historique de ce club : " Après les élections du 26 mai dernier, les partis extrêmes ont progressé, à gauche comme à droite. C'est à ce moment-là que nous nous sommes dit qu'il fallait plus que jamais créer un club étudiant partisan de la N-VA à Anvers où nous pourrions partager nos opinions autour d'une bière de manière décomplexée. " Les Anversois s'inspirent ainsi de leurs camarades gantois qui ont lancé en 2007 le Jong N-VA UGent. Maxim, le responsable public relations, constate : " A Gand, ça existe depuis plus de dix ans. On s'est dit : pourquoi ne pas faire la même chose à Anvers ? " La tradition des clubs nationalistes flamands ne date pas d'hier : en 1911, l'association étudiante catholique et flamingante, la Katholiek Vlaams Hoogstudentenverbond (KVHV), a vu officiellement le jour. En 1976, la Nationalistische Studentenvereniging (NSV), plus radicale, est fondé à Anvers. Plus de quarante ans plus tard, une dizaine d'étudiants anversois pro-N-VA ont eux aussi décidé de créer leur propre club flamingant. " Nous voulons occuper le vide entre le NSV et le KVHV. Le NSV est vraiment très à droite et le KVHV est de tendance catholique et conservatrice ", justifie Maxim. En costume bleu bien chic à carreaux blancs sur une chemise blanche, l'étudiant poursuit : " Nous voulons rendre le nationalisme flamand libéral. " Contrairement aux deux autres clubs, Jong N-VA StuAnt revendique son affiliation à un parti politique. Des personnalités politiques flamandes de différentes orientations politiques viennent du KVHV : les présidents de partis Wouter Beke (CD&V) ou Bart De Wever (N-VA) ou le libéral Vincent Van Quickenborne. Le NSV, mouvement étudiant d'extrême droite, reste essentiellement le vivier du Vlaams Belang, même si la N-VA compte aussi d'anciens membres du NSV dans ses rangs. A la différence du KVHV et du NSV, les jeunes étudiants N-VA n'organisent pas de baptême et ne portent pas de casquettes. Responsable médias, public relations, porte-parole... les fonctions des treize membres du comité s'apparentent plutôt à un parti politique ou à une entreprise. L'ouverture vers les autres est importante pour le porte-parole, étudiant en master 1 de droit : " Tout le monde est le bienvenu pour venir boire une bière, même des membres du KVHV ou du NSV, tant qu'il n'y a pas de comportements ou d'idéologies extrémistes. " Dans le café, certains étudiants portent le ruban bleu et jaune du club étudiant de sciences de gestion de la haute école Karel de Grote, nommé Eligia. D'autres sont là par hasard ou simplement alléchés par les bières gratuites. " Notre but est d'attirer des jeunes vers la N-VA, sans qu'ils ne doivent acheter une carte de membre. A terme, ils en prendront probablement une ", espère Sven. " Accrochons l'écu et entamons le fût ! " conclut le président. Le barman accroche solennellement ce bouclier au milieu du mur derrière le comptoir entre les verres à Kwak et les verres à pils. Il est composé de quatre blasons bicolores, à nouveau jaune et noir. On y retrouve entre autres des griffes de lion, symbole des Jeunes N-VA, le château représentant Anvers et le drapeau du lion noir flamand. C'est le brasseur du café qui offre. " Cent bières, svp ", commande le délégué " patron de café ". Le barman refuse. Même le fils du tenancier se voit rationner ses bières... Les règles sont les mêmes pour tout le monde. Parmi les étudiants, on retrouve deux hommes plus âgés : le député fédéral N-VA Wim Van der Donckt et son bras droit. Ils viennent soutenir la génération future. Contrairement à Gand, Jong N-VA StuAnt n'a pas de parrain officiel. " Nous n'avons pas encore contacté de personnalité politique ", signale Sven, également membre des Jeunes N-VA Saint-Nicolas. Le fût se vide dangereusement, les étudiants repartent au compte-gouttes. La première soirée, qui a réuni une cinquantaine de personnes, aura été une réussite, selon les organisateurs : " Personne ne pensait qu'il y aurait autant de monde ! " Le Jong N-VA StuAnt n'en est qu'à ses débuts, nuance toutefois le porte-parole : " Nous avons pour l'instant peu de membres, nous sommes en train d'imprimer les cartes d'adhérent. " Pour Tom Van Grieken, président du Vlaams Belang et ancien président du NSV, le projet de la N-VA est voué à l'échec : " Quand j'étais président du NSV, les jeunes N-VA d'Anvers avaient déjà tenté de constituer un club étudiant, mais ça n'a duré que quelques années. Je vous prédis que c'est un enfant mort-né. " Le prochain rendez-vous est fixé au 6 novembre dans une salle de l'université avec un invité de marque : Theo Francken. Après la conférence de l'ancien secrétaire d'Etat à l'Asile et à la Migration, un nouveau fût sera aussi offert dans le café De Zwaan. Les bières gratuites et le soutien de ténors de la N-VA suffiront-ils à séduire le coeur des étudiants anversois, flamingants en devenir ?