Vous avancez un argument-choc : "un enfant égale un enfant". Ce que personne ne conteste, évidemment. Mais une fois de plus - car vous êtes coutumiers du fait - vous revendiquez un droit sans évoquer les devoirs qui y sont attachés.

Alors, il faut sans doute vous rappeler certaines choses que vous semblez ignorer ou, en tout cas, qu'il est préférable pour vous que le public ne sache pas trop.

Un enfant égale un enfant suppose que tout enfant puisse être accueilli dans toute école dans le respect de ses convictions (ou, tout au moins de celles de ses parents).

Aux partisans de l'école catholique, adeptes de la liberté financée par autrui.

L'article 24 de notre Constitution, dans son premier paragraphe, premier alinéa, est clair : l'enseignement est libre, toute mesure préventive est interdite. Cela justifie l'existence des divers réseaux d'enseignement.

Mais le second alinéa précise : La Communauté assure le libre choix des parents.La Communauté organise un enseignement qui est neutre. La neutralité implique notamment le respect des conceptions philosophiques, idéologiques ou religieuses des parents et des élèves. Remarquez bien que cette obligation d'assurer le libre choix des parents est assignée à la Communauté. Cela signifie deux contraintes que seule la Communauté doit respecter :

- la neutralité de l'enseignement dispensé, telle qu'elle est précisée dans le texte constitutionnel,

- l'obligation d'organiser cet enseignement neutre en assurant une proximité géographique raisonnable. L'alinéa suivant ajoute que les écoles organisées par les pouvoirs publics offrent, jusqu'à la fin de l'obligation scolaire, le choix entre l'enseignement d'une des religions reconnues et celui de la morale non confessionnelle.

Donc, les écoles organisées par les pouvoirs publics (communes et provinces) sont tenues de respecter la neutralité. Elles partagent cette obligation avec la Communauté. Une obligation qui coûte cher puisqu'elle implique l'organisation de cours philosophiques et de religions reconnues.(Article 24, paragraphe trois, deuxième alinéa : Tous les élèves soumis à l'obligation scolaire ont droit, à charge de la communauté, à une éducation morale ou religieuse).

Et l'enseignement catholique, doit-il, lui aussi, respecter ces contraintes ? Absolument pas. Il ouvre des écoles là où il veut et accueille les élèves, non pas dans le respect de leurs convictions et celles de leurs parents, mais pour autant que ces élèves et leurs parents acceptent le projet éducatif du SEGEC. Un projet où la mission d'évangélisation a disparu, certes, pour devenir "la proposition d'un regard sur le monde à travers la parole de Jésus".

Donc, pour vous, un enfant égale un enfant pour autant que ses parents et lui souscrivent à votre vision du monde, ou du moins, fassent l'effort de ne pas la contester. S'agit-il vraiment d'une égalité ou faites-vous preuve ainsi d'une "tolérance avantageuse" ?

Pour renforcer l'argumentation de vos exigences financières, vous invoquez également le fait qu'en tant que contribuables, vous ne bénéficiez pas d'une juste redistribution des moyens accordés à l'enseignement.

Parlons-en de l'argent public. A quel contrôle êtes-vous astreints dans la manière dont vous l'utilisez ?

Des élus, partisans de l'enseignement catholique, siègent dans toutes les assemblées (Parlement, Conseils communaux et provinciaux) et même dans les exécutifs. Ils ne se privent pas de poser des questions sur la gestion de l'enseignement officiel.

Mais qui siège, à part vous, au sein des conseils d'administration de vos A.S.B.L. pour aller voir de plus près ce qui se passe dans vos écoles et ce que vous faites réellement des deniers publics...et autres ? Que diriez-vous si vous deviez recevoir des préfets d'athénée, des directeurs d'écoles communales ou provinciales, par ailleurs mandataires politiques, pour participer à vos réunions et mettre le nez dans vos affaires ? Accepteriez-vous de vous soumettre au contrôle de la Cour des Comptes, comme le doit l'enseignement officiel ?

Vous diriez que votre enseignement est libre ? C'est très bien. Mais quand on revendique la liberté, on accepte aussi de l'assumer pleinement.

Chacun est libre de préférer le taxi aux transports en commun. Mais a-t-il pour autant le droit, en tant que contribuable, de demander à la collectivité de financer ses choix individuels ?