Le mois de juillet a débuté et une certaine forme de torpeur semble avoir endormi la classe politique belge, engluée dans ses oppositions de principe, ses méthodes approximatives et son identité chancelante.
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Le mois de juillet a débuté et une certaine forme de torpeur semble avoir endormi la classe politique belge, engluée dans ses oppositions de principe, ses méthodes approximatives et son identité chancelante.Deux catastrophes sont à nos portes, et le manque d'anticipation a de quoi furieusement inquiéter. La crise sanitaire a causé la mort de dix mille personnes, avec des responsabilités qui restent à déterminer, et une seconde vague est peut-être en vue avec les retours de vacances qui pourraient réaccélérer la diffusion du virus. Les signaux envoyés au sujet de la préparation du pays pour gérer une telle situation sont pour le moins contradictoires: aucun plan digne de ce nom n'a été mis en place et les suggestions des experts divisent les niveaux de pouvoir sur leurs compétences. Comme le dit Philippe Devos (Absym): "C'est comme si on se rendait compte le 6 juillet que les vacances commencent le 1er."L'autre catastrophe, socio-économique, a été annoncée par une série de restructurations d'entreprises, dont Brussels Airlines. Le gros de la crise est attendu à la rentrée. Un soutien a été octroyé aux secteurs en difficulté grâce aux pouvoirs spéciaux, mais ceux-ci se sont envolés le 3 juin. Aujourd'hui, notre stratégie de relance reste dans les limbes, suspendue à un gouvernement fédéral majoritaire dont l'avènement semble toujours aussi utopique au vu des comportements des uns et des autres.La tempête gronde et les citoyens belges doivent quand même se pincer pour ne pas rêver en posant ces constats.Institué comme étant l'organe majeur de gestion de la crise sanitaire, le Conseil national de sécurité est parti en vacances. A l'issue de sa dernière séance, le 24 juin, aucune date d'une prochaine réunion n'a été donnée. Les groupes d'experts veillent, c'est vrai, comme en témoigne les recommandations émises lundi par le Risk Management Group sur les retours en vacances, mais l'imbroglio entre niveaux de pouvoir qui s'en est suivi témoigne de la nécessité de maintenir le dialogue politique. Il est indispensable de donner des signaux clairs sur la façon de gérer la suite de la crise sanitaire et on ne peut pas dire que ce soit le cas.Les négociations gouvernementales, elles, patinent en direct sur les réseaux sociaux et dans les médias. Le trio de missionnaires autoproclamés Bouchez (MR - Coens (CD&V) - Lachaert (Open VLD) fait ce qu'il peut en menant des discussions faisant fi des exclusives. D'où l'option majoritaire Arizona qui réunirait N-VA, MR, CD&V, Open VLD, SP.A et CDH. Mais ces deux derniers partis, indispensables, ont fait la politique de la chaise vide en début de semaine, faute de confiance entre partenaires et de méthodologie convaincante. Comme des enfants gâtés, cette génération biberonnée aux réseaux sociaux s'étripe en direct, multipliant les accusations puériles et les déclarations irritées pour dénoncer le double discours de l'autre. A la télévision flamande, Conner Rousseau, président du SP.A, a souligné qu'il ne pouvait expliquer à ses amis au café pourquoi il n'y avait toujours pas de gouvernement. "J'essaie pourtant", ajoute-t-il... alors qu'il vient de refuser de participer à une réunion importante. Goerges-Louis Bouchez, président du MR, fait feu de tout bois en faisant preuve d'une réelle envie d'avancer autant que d'une volonté de se positioner fortement.Le résultat, c'est un blocage persistant et des appels venus d'autres partis (PS, DéFi, Ecolo.. ne fut-ce que par la bande) à envisager à nouveau d'autres possibles sans la N-VA, mais avec les écologistes qui avaient progressé lors des élections de mai 2019 - de même que le Belang et le PTB, qui sont hors-jeu.Le 21 juillet est traditionnellement une date symbolique pour la Belgique politique, un moment de rendez-vous pour faire atterrir des solutions. L'espoir que "quelque chose" d'important ne se passe autour de cette fête nationale semble s'évanouir chaque jour au rythme des tweets et des incompréhensions fondamentales.Au secours, Jean-Luc Dehaene, ils sont devenus fous. Feul le Premier ministre CD&V avait pris une double habitude pour tenter de régler les crises. Un: le silence est d'or. Pas de déclarations intempestives, mais des "geen commentaar" marmonnés en filant devant les caméras de télévision. Deux: pour forcer les partis à faire bouger les lignes, rien de tel que des réunions sans fin au château de Val Duchesse, quitte à les prolonger au bout de la nuit afin que certains cèdent en raison de l'épuisement. Ce n'était peut-être pas la plus glorieuse des politiques, mais cela donnait des résultats. Avec les smartphones dans les tiroirs.