"Sans être la base arrière du djihadisme européen, la Belgique comptait des réseaux terroristes sur son sol. Quand l'État islamique (EI) se met en tête de commettre des attentats en Europe, il est confronté à une réalité opérationnelle: s'il faut idéalement frapper là où cela fait le plus de bruit - dans de grands pays comme la France ou le Royaume-Uni, par exemple -, ses commandos comptent de nombreux Belges en leur sein qui, eux, connaissent le terrain belge, savent où frapper et où se cacher", expose le chercheur.

Zaventem et Maelbeek étaient-elles dès lors les cibles initiales ou le sont-elles devenues "par accident"? Pour répondre à cette question, "on pourrait avancer l'argument selon lequel la Belgique a payé son implication militaire en Syrie, au sein de la Coalition internationale contre Daesh (l'acronyme arabe du groupe État islamique, NDLR), menée par les États-Unis", note le spécialiste. "L'EI appelait à commettre des attentats visant la Coalition. La Belgique faisant partie de cette dernière, elle a pu être considérée comme une cible 'légitime'."

Deux éléments viennent toutefois contrebalancer cet argument. D'une part, la Coalition contre Daesh a démarré en septembre 2014. Or, déjà quelques mois plus tôt, le 24 mai 2014, la Belgique avait été la cible d'une attaque terroriste perpétrée contre le Musée juif de Belgique, situé rue des Minimes à Bruxelles, par Mehdi Nemmouche. Ce Roubaisien de 35 ans appartenait en Syrie à la même unité spéciale de l'EI que les terroristes des attentats de Paris, du Thalys et du 22 mars à Bruxelles. Cette cellule djihadiste entraînait des combattants étrangers, majoritairement français et belges, dans l'optique de commettre une vague d'attaques en Europe.

D'autre part, lorsque Salah Abdeslam, un Français résidant en Belgique et principal suspect des attentats du 13 novembre 2015 à Paris, est interpellé le 18 mars 2016 à Bruxelles, "on observe une certaine précipitation des événements" puisque la capitale belge est frappée à son tour quatre jours plus tard.

Najim Laachraoui, Khalid El Bakraoui et Mohamed Abrini, l'" homme au chapeau " de Zaventem., SDP
Najim Laachraoui, Khalid El Bakraoui et Mohamed Abrini, l'" homme au chapeau " de Zaventem. © SDP

Les frères Ibrahim et Khalid El Bakraoui ainsi que Najim Laachraoui, les trois kamikazes du 22 mars, "sont peut-être passés à l'acte en Belgique par opportunisme: ils étaient déjà sur place et", en raison de la traque de Salah Abdeslam, "les frontières étaient surveillées, donc plus difficiles à franchir", sous-pèse Thomas Renard. "Ils ont pu précipiter les choses pour éviter leur propre arrestation. En effet, ils avaient été en contact avec les terroristes des attentats de Paris et ont pu craindre que les enquêteurs ne fassent le lien avec eux, via Abdeslam ou tout autre élément disponible."

Un doute subsiste donc toujours quant à l'objectif original du double attentat bruxellois. Le procès des attentats du 22 mars 2016, qui se profile vers septembre 2022 et se tiendra dans les anciens bâtiments de l'Otan à Evere, "apportera peut-être des réponses car, pour le moment, le flou demeure", conclut l'expert en terrorisme.

  • 20/03/2021 06:02 Un risque d'attaque terroriste en Belgique aujourd'hui moins élevé mais plus diffus
"Sans être la base arrière du djihadisme européen, la Belgique comptait des réseaux terroristes sur son sol. Quand l'État islamique (EI) se met en tête de commettre des attentats en Europe, il est confronté à une réalité opérationnelle: s'il faut idéalement frapper là où cela fait le plus de bruit - dans de grands pays comme la France ou le Royaume-Uni, par exemple -, ses commandos comptent de nombreux Belges en leur sein qui, eux, connaissent le terrain belge, savent où frapper et où se cacher", expose le chercheur. Zaventem et Maelbeek étaient-elles dès lors les cibles initiales ou le sont-elles devenues "par accident"? Pour répondre à cette question, "on pourrait avancer l'argument selon lequel la Belgique a payé son implication militaire en Syrie, au sein de la Coalition internationale contre Daesh (l'acronyme arabe du groupe État islamique, NDLR), menée par les États-Unis", note le spécialiste. "L'EI appelait à commettre des attentats visant la Coalition. La Belgique faisant partie de cette dernière, elle a pu être considérée comme une cible 'légitime'." Deux éléments viennent toutefois contrebalancer cet argument. D'une part, la Coalition contre Daesh a démarré en septembre 2014. Or, déjà quelques mois plus tôt, le 24 mai 2014, la Belgique avait été la cible d'une attaque terroriste perpétrée contre le Musée juif de Belgique, situé rue des Minimes à Bruxelles, par Mehdi Nemmouche. Ce Roubaisien de 35 ans appartenait en Syrie à la même unité spéciale de l'EI que les terroristes des attentats de Paris, du Thalys et du 22 mars à Bruxelles. Cette cellule djihadiste entraînait des combattants étrangers, majoritairement français et belges, dans l'optique de commettre une vague d'attaques en Europe. D'autre part, lorsque Salah Abdeslam, un Français résidant en Belgique et principal suspect des attentats du 13 novembre 2015 à Paris, est interpellé le 18 mars 2016 à Bruxelles, "on observe une certaine précipitation des événements" puisque la capitale belge est frappée à son tour quatre jours plus tard. Les frères Ibrahim et Khalid El Bakraoui ainsi que Najim Laachraoui, les trois kamikazes du 22 mars, "sont peut-être passés à l'acte en Belgique par opportunisme: ils étaient déjà sur place et", en raison de la traque de Salah Abdeslam, "les frontières étaient surveillées, donc plus difficiles à franchir", sous-pèse Thomas Renard. "Ils ont pu précipiter les choses pour éviter leur propre arrestation. En effet, ils avaient été en contact avec les terroristes des attentats de Paris et ont pu craindre que les enquêteurs ne fassent le lien avec eux, via Abdeslam ou tout autre élément disponible." Un doute subsiste donc toujours quant à l'objectif original du double attentat bruxellois. Le procès des attentats du 22 mars 2016, qui se profile vers septembre 2022 et se tiendra dans les anciens bâtiments de l'Otan à Evere, "apportera peut-être des réponses car, pour le moment, le flou demeure", conclut l'expert en terrorisme.