Pour une fois, la Belgique n'a pas suivi la majorité des pays européens. En décidant de poursuivre la vaccination avec les doses AstraZeneca alors que nos principaux pays voisins - Allemagne, France et Pays-Bas - ont suspendu leur administration "à titre péventif", en attendant l'avis de l'Agence européenne du médicament (EMA), la Vivaldi se distingue du reste de l'Union européenne. Et déroge, pour une fois, avec le fameux "principe de précaution" qui sous-tend pourtant la plupart de ses décisions. La décision est ortée par tous les ministres de la Santé du pays et a été prise après une réunion d'urgence du Conseil supérieur de la santé.
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Pour une fois, la Belgique n'a pas suivi la majorité des pays européens. En décidant de poursuivre la vaccination avec les doses AstraZeneca alors que nos principaux pays voisins - Allemagne, France et Pays-Bas - ont suspendu leur administration "à titre péventif", en attendant l'avis de l'Agence européenne du médicament (EMA), la Vivaldi se distingue du reste de l'Union européenne. Et déroge, pour une fois, avec le fameux "principe de précaution" qui sous-tend pourtant la plupart de ses décisions. La décision est ortée par tous les ministres de la Santé du pays et a été prise après une réunion d'urgence du Conseil supérieur de la santé."Sachant qu'il y a tellement de circulation du virus", on ne peut pas se permettre d'interrompre la vaccination avec le produit d'AstraZeneca, a justifié Frank Vandenbroucke (SP.A), ministre fédéral de la Santé. "C'est un très bon vaccin qui protège contre cette maladie qui est terrible, (...) et qui entraine souvent la mort". En dérogeant avec le "principe de précaution", le gouvernement suit en réalité la ligne de conduite qu'il s'est fixée sous la houlette du Premier ministre, Alexander De Croo (Open VLD): tout faire pour éviter une troisième vague. "Tous les spécialistes nous disent de maintenir la vaccination", soulignat ce mardi matin Christie Morreale (PS), ministre wallonne de la Santé, au micro de RTL Info. l réduit de 94 % le risque d'hospitalisation des personnes atteintes d'une infection et les avantages pour la santé publique de la poursuite de la vaccination "l'emportent largement" sur les inconvénients. "On ne doit pas prendre de décisions émotionnelle ou politique, c'est une question de sécurité", prolonge-t-elle. Si jeudi on nous dit qu'il faut suspendre la vaccination avec ce vaccin, on suspendra."En négligeant le "principe de précaution", la Belgique prend-elle un risque mal calculé? La suspension du vaccin AstraZeneca dans les autre pays a été décidé après une trentaine de cas de thromboses, c'es-tà-dire des formations de caillots sanguins, sur l'ensemble de l'Europe, chez des personnes récemment traitées. Aucun lien causal n'a encore été démontré, mais de nombreux experts s'en inquiètent-"Y a-t-il un lien causal ou s'agit-il d'une coïncidence? Il faut y répondre avec la plus grande rigueur et dans la plus grande transparence, estime Catherine Fonck, médecin et cheffe de file du CDH, dans l'opposition. Aux neuf ministres de la santé de communiquer clairement et rapidement à ce sujet vu l'inquiétude des citoyens." Catherine Fonck précise encore: "Les nouvelles données allemandes doivent aussi être prises en considération. Personnellement, je n'ai que les infos publiques. Les autorités ont toutes les infos à dispo. Si ces données sont non problématiques alors elles peuvent communiquer clairement."Dans Le Soir, l'épidémiologiste Antoine Flahault, directeur de l'Institut de santé globale et professeur à la faculté de médecine à Genève, estime que les pays européens qui ont suspendu le vaccin AstraZeneca ont eu raison de le faire. "Parce qu'il faut qu'en toute sérénité, on puisse évaluer le lien de causalité entre ces cas graves et rares de CIVD (coagulation intravasculaire disséminée, une thrombose accompagnée de baisse des plaquettes), explique-t-il. A priori, il n'y a rien qui saute aux yeux, mais je pense qu'il faut que des experts puissent comprendre, en regardant les dossiers de chacun de ces patients, pourquoi ça s'est passé, qu'ils puissent avoir une expertise conjointe et qu'ils confrontent leurs opinions sur ces dossiers-là. C'est une démarche très médicale de pharmacovigilance, qui dure quelques jours et permet de formuler des hypothèses".François De Smet, président de DéFI, est quant à lui plus ferme dans son soutien à la décision belge et critique à l'égard de la suspension décodée par ailleurs. "En France, la suspension durant trois jours d'AstraZeneca va priver de protection 450.000 personnes et entraîner, en simple logique mathématique, la mort de dizaines de personnes. Cette histoire est tout simplement délirante."En Allemagne, les réactions sont assez critiques au sujet de la décision de suspendre le vaccin "à titre préventif". "Sans stratégie et sans AstraZeneca: le gouvernement au bout du rouleau", titre notamment le Tagespiel.L'Agence européenne du médicament, qui a lancé une enquête dès la semaine dernière et devrait communiquer à ce sujet à partir de jeudi, s'est montrée rassurante et "reste actuellement d'avis que les avantages du vaccin AstraZeneca dans la prévention du Covid-19, avec son risque associé d'hospitalisation et de décès, l'emportent sur les risques d'effets secondaires", a-t-elle fait savoir. "Le nombre d'évènements thrombolytiques constatés au sein de la population vaccinée ne semble pas plus élevé que dans l'ensemble de la population.".La Commission européenne, qui a négocié les contrats, reste quant à elle silencieuse, "dépassée par ses Etats membres", soulignent de nombreux analystes. Dans cette crise sanitaire, le nationalisme a souvent l'art de prendre le dessus sur la logique communautaire.