Il faut immortaliser le moment. Le maillot n°46 court dans la direction du photographe le plus proche de lui et, un rien malhabile, écarte les bras, croise les doigts, pointe son index vers l'objectif puis frappe le poing sur son torse. Ce dimanche 7 février, après seize apparitions sous le maillot du Sporting d'Anderlecht, Anouar Ait El Hadj vient d'inscrire face au Racing Genk le premier but de sa carrière professionnelle. Le couronnement d'une série de grosses prestations qui ont fait de lui le joueur en vue du moment du côté du Lotto Park, stade des mauve et blanc.
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Il faut immortaliser le moment. Le maillot n°46 court dans la direction du photographe le plus proche de lui et, un rien malhabile, écarte les bras, croise les doigts, pointe son index vers l'objectif puis frappe le poing sur son torse. Ce dimanche 7 février, après seize apparitions sous le maillot du Sporting d'Anderlecht, Anouar Ait El Hadj vient d'inscrire face au Racing Genk le premier but de sa carrière professionnelle. Le couronnement d'une série de grosses prestations qui ont fait de lui le joueur en vue du moment du côté du Lotto Park, stade des mauve et blanc. Anouar Ait El Hadj n'a que 18 ans mais compte parmi ces symboles du nouvel Anderlecht cher à Vincent Kompany. Son âge est un premier élément, son origine le suivant: le milieu offensif est un pur Bruxellois, élevé à Koekelberg et constamment fourré à Molenbeek. Loin des clichés régulièrement associés à la commune bruxelloise, Anouar Ait El Hadj n'a ni connu la précarité ni échappé de justesse à la délinquance. Son père, vendeur de voitures d'occasion, aurait pu passer la main à son fils, capable d'estimer le prix des véhicules à peine sorti des maternelles, mais Idriss a préféré le soutenir entièrement dans sa formation footballistique. D'abord à Molenbeek, puis à Gand et enfin à Anderlecht, où il est parfois le seul papa à suivre l'équipe lors de tournois à l'étranger. Présents mais pas envahissants, les parents d'Anouar lui offrent le cadre et l'accompagnement nécessaires à son épanouissement sportif chez les jeunes Anderlechtois. Suffisant pour lui faire oublier une petite taille, 1 m 74 aujourd'hui, que certains lui prédisaient incompatible avec une grande carrière. Son temps libre, il le passe dans une agora du parc Pierron, à Molenbeek. C'est là qu'il perfectionne une technique qui le profile aujourd'hui comme un des éléments clés de l'effectif de Vincent Kompany. "Anouar fait partie de ces jeunes formés au club qui sont capables de tout faire avec le ballon", pose un de ses anciens entraîneurs. "Son truc en plus, c'est qu'il parvient à reproduire chez les professionnels le jeu ultratechnique qu'il a toujours aimé chez les jeunes." Si Anouar Ait El Hadj se fond parfaitement dans la philosophie de Vincent Kompany, c'est aussi parce que ce dernier travaille exactement comme les formateurs du Sporting d'Anderlecht, en privilégiant un jeu chatoyant, au sol, offensif et ouvert aux initiatives. Anouar est dans un fauteuil, libre comme dans son agora du parc Pierron. Dans ce quartier-là, les récentes performances d'Anouar ne sont pas passées inaperçues. "Anderlecht est toujours la référence aux yeux des jeunes Bruxellois", explique Abdel Hadnan, éducateur de rue à Molenbeek depuis vingt-sept ans et ami d'Idriss El Hadj. "Ils se réfèrent aux origines des grands joueurs pour se dire qu'ils peuvent également réussir. Par le passé, plusieurs footballeurs maghrébins ont marqué les esprits à Anderlecht, comme Mbark Boussoufa, mais ils n'étaient pas Belges. Anouar est un ketje de Bruxelles, un pur produit d'ici et ça, ça inspire." Celui que ses amis surnomment El Maestro n'est pas du genre à flamber: il sait que s'il n'a pas bouclé son parcours scolaire, c'est pour se donner toutes les chances de réussir sur le terrain. Alors il se donne, il bosse, prend tous les conseils qu'on lui donne, accepte le cadre fixé. Puis il fait parler son talent. Et immortalise le moment.