La fonction de Premier ministre, en Belgique, est davantage de jouer l'arbitre que d'exercer un pouvoir absolu: il s'agit avant tout de veiller à l'équilibre des partis de la majorité, en maîtrisant l'agenda. Dans le cas de l'actuelle Vivaldi, ce n'est pas une mince affaire pour Alexander De Croo, qui doit gérer les humeurs et susceptibilités des sept partis de sa coalition.
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La fonction de Premier ministre, en Belgique, est davantage de jouer l'arbitre que d'exercer un pouvoir absolu: il s'agit avant tout de veiller à l'équilibre des partis de la majorité, en maîtrisant l'agenda. Dans le cas de l'actuelle Vivaldi, ce n'est pas une mince affaire pour Alexander De Croo, qui doit gérer les humeurs et susceptibilités des sept partis de sa coalition.Lundi, il est donc sorti seul, entouré des experts et d'un mathématicien, pour exposer les quatre scénarios auxquels la Belgique pourrait être confrontée ces prochains mois, en tenant compte de l'augmentation du variant britannique et d'une vaccination qui reste trop lente. Leitmotiv: restons très prudents en mars, avant d'avoir un peu de latitude en avril et davantage, enfin, en mai. Une opération de com' impromptue et un message... très socialiste.Ce faisant, le pourtant très libéral Alexander De Croo - il incarne une version plutôt à droite de l'Open VLD - défendait l'option défendue ce week-end par son ministre de la Santé, le très socialiste Frank Vandenbroucke (SP.A). Le premier à réagir à sa conférence de presse ne fut autre que Paul Magnette, président du PS, en appelant à éviter désormais les "surenchères". Via un tweet, un mode de communication dont il n'est pourtant guère friand. Le locataire du Seize donne l'impression, depuis son arrivée, d'être particulièrement à l'écoute des socialistes, au risque d'irriter par moments ses collègues de parti et singulièrement le MR version Bouchez. Cette fois encore, alors que libéraux et écologistes réclamaient des assouplissements, sa communication sonnait comme un rappel à l'ordre à leur encontre. Le libéral francophone ne s'est d'ailleurs pas privé de taper à nouveau sur le clou de son message, dès ce mardi matin.Cette prudence s'explique. Arrivé au Seize alors que la deuxième vague s'élevait, le locataire du Seize veut absolument éviter les erreurs commises au début de l'épidémie, lorsque le virus n'était, il est vrai, pas encore connu. Voilà pourquoi il plaide en faveur d'une stabilité des mesures et un dispositif susceptible d'éviter un troisième vague : c'était le mot d'ordre principal, lundi.Politiquement, aussi, il doit garder l'église au milieu du village. C'est sa mission.Alexander De Croo est devenu "fréquentable" pour le PS, davantage que quand il défendait des vues très 'thatchériennes": le vice-Premier PS, Pierre-Yves Dermagne, insistait là-dessus dans une récente interview.Ce constat doit toutefois être nuancé. Il reste un libéral et son discours de cette semaine consiste aussi à dire que l'on ne gardera pas les mesures de restriction une minute de plus qu'il ne le faudrait. Sur le mode de "nous ne sommes pas un régime autoritaire" : ce n'est pas un hasard car un autre sujet très sensible arrive, celui de la loi pandémie pour encadrer les mesures de restriction des libertés, à l'avenir. Le MR, là encore, a déjà dit qu'il n'en voulait pas.Alexander De Croo a endossé le costume de Premier ministre et son travail d'équilibriste le démontre. Il doit rester au-dessus de la mêlée. Toute la difficulté, dans ce cas, consiste à ne pas perdre son âme.