Le 1er octobre dernier, lors d'une opération policière à la gare de Landen, une vingtaine de migrants qui se trouvaient à bord d'un train sont interpellés et menottés par les forces de l'ordre. Diego Dumont, qui attendait sa fille sur le quai, se met à filmer la scène avec son smartphone. Quand les policiers lui demandent d'arrêter de filmer, il refuse en leur expliquant qu'il a le droit de filmer une intervention policière dans un espace public. Son refus de se plier à leurs exigences fait qu'il est plaqué au sol et subit des violences.

Le nez en sang, Diego est amené à l'hôpital, où il doit subir une série d'examens pour exclure des pathologies importantes. "Je l'ai trouvé dans un état assez lamentable, pas uniquement physique, mais aussi psychique...", témoigne Luc Bawin, le médecin généraliste qui l'a examiné ce soir-là. "Il n'a pas dormi, il est craintif, il a peur et il est tout à fait bouleversé. Je pense qu'il va être en incapacité de travail pour un moment ".

© LDH (montage)

Jan Jambon devant le Parlement

Dans les images prises par Diego Dumont, on comprend que l'homme ne cherchait qu'à exercer son droit de citoyen de filmer une intervention policière. Pourtant, lors d'une séance plénière au Parlement, Jan Jambon - qui, pour rappel, n'était pas présent au moment des faits -, lit une description erronée des événements : "L'homme commence alors immédiatement à hurler qu'il a le droit de filmer. [...]L'intéressé crie très fort, de même que le deuxième homme qui l'accompagne.", commence-t-il. "Il avait clairement bu. L'équipe sur place l'a établi ".

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Le texte lu par le ministre de l'Intérieur accuse donc Diego Dumont d'être sous l'emprise de l'alcool. Mais le rapport médical mis en avant par la Ligue des Droits de l'Homme dans sa récente vidéo prouve le contraire : l'homme n'a que 0,20 gr d'alcool dans le sang, alors que la limite du taux légal d'alcool pour conduire un véhicule est de 0.50 gr. "L'idée de montrer le rapport était de pouvoir apporter un élément de preuve", a déclaré le directeur de la Ligue des Droits de l'Homme, Pierre Arnaud Perrouty, qui affirme que ce dossier médical leur a été transmis par le médecin généraliste et Diego Dumont lui-même.

Dans le texte lu en séance plénière, on y rapporte également que Diego Dumont ne cessait de crier sur les policiers. Or, la vidéo montre bien qu'à aucun moment, il n'élève la voix. Il est pourtant traîné de force sur le quai, et lorsqu'il cherche à comprendre pourquoi il est arrêté, un policier rétorque : "parce que tu es un Wallon ".

La LDH demande une enquête sérieuse

Aujourd'hui, D. Dumont a décidé de confirmer sa plainte auprès du procureur du Roi. La Ligue des Droits de l'Homme s'est jointe à la plainte : "au-delà de la situation individuelle de D. Dumont, cette affaire pose la question du droit de filmer les interventions policières dans l'espace public, droit essentiel en démocratie", explique l'organisme dans un communiqué.

Selon la Ligue, ce cas n'est pas isolé. Elle reçoit très souvent ce type de témoignages. "Ce comportement illégal touche parfois même les journalistes professionnels." Pourtant, il n'y a aucune loi qui interdit de filmer une action de la police. "Selon la Commission européenne pour la démocratie par le droit du Conseil de l'Europe ("Commission de Venise"), les États ne doivent pas "empêcher les participants et les tiers de photographier ou de filmer l'opération de police (...) ", ajoute la LDH.

La Ligue appelle désormais la justice à mener une enquête sérieuse et indépendante afin que les responsables soient identifiés et, si les faits dénoncés par Diego Dumont sont établis, sanctionnés.