"Indignez-vous", nous avait dit Stéphane Hessel.

Son message était celui de ne pas accepter des situations qui, malgré qu'elles perdurent depuis trop longtemps, restent profondément injustes. À en croire les atermoiements vécus mercredi matin au sujet de l'Agence Bruxelles Propreté (ABP), la majorité (PS-Ecolo-Défi-Groen-sp.a-Open VLD) n'a pas fait siens les préceptes de Stéphane Hessel qui appelle à refuser la passivité face à une situation révoltante.

La mauvaise gestion dont est victime l'ABP est pourtant l'exemple-même de ce qui devrait nous indigner en tant que politiques et en tant que citoyennes et citoyens. En effet, alors que les Bruxellois n'ont cessé de faire des efforts pour se plier aux nombreux changements des régimes de collecte, qu'ils ont réduit d'année en année leur quantité de déchets, les dépenses de l'ABP ont explosé pour un service public qui n'a pas ou peu évolué. C'est le cas par exemple en matière de recyclage ou de transformation des déchets en énergie, puisque Bruxelles attend toujours et depuis 10 ans son centre de biométhanisation. Sans même parler de l'état général de la propreté publique qui tend plutôt à se dégrader. Cherchez l'erreur.

Des chiffres qui font chavirer

Les constats sont effarants :

- une dotation qui a augmenté de 244% ces 25 dernières années pour atteindre 186,5 millions d'euros pour l'année 2020. Cela représente une croissance du budget de 5% en moyenne par an ; - un déficit de 25 millions d'euros dont 7,5 millions d'euros de déficit structurel ; - une augmentation des dépenses en matière de personnel de +22% en 5 ans. En chiffres absolus, le cadre du personnel est passé de 2.400 à 2.925 agents entre 2014 et 2019, soit un engagement de 500 agents supplémentaires ;

À cela s'ajoute la condamnation en 2018 de l'ABP pour aide d'État illégale avec pour conséquence la suspension immédiate d'une partie de ses subsides versés par la Région bruxelloise. Une décision de justice arrivée finalement sans grande surprise, puisqu'elle épingle la gestion désastreuse de l'Agence durant les deux décennies qui viennent de s'écouler. Dans une ultime tentative de sauvetage d'un paquebot laissé à la dérive, le gouvernement bruxellois a accordé une provision de 9 millions d'euros pour pouvoir garantir in extremis le paiement des salaires des agents.

Une gouvernance défaillante

Comme si le tableau n'était pas encore assez noir, le catalogue des mauvaises pratiques en matière de bonne gouvernance et de transparence au sein de l'ABP aurait dû en principe faire pâlir les partis s'affichant comme les plus tenaces en la matière.

Mais là encore, personne dans la majorité ne semble plus s'indigner réellement du fait que l'ABP fonctionne sans conseil d'administration, ni contrat de gestion ou encore de l'absence de limitation dans le temps des mandats pour les membres de la direction, ni d'évaluation des cadres en place, etc. Les audits tant attendus ont appuyé là où ça fait mal depuis des années, en rappelant une situation connue de l'exécutif bruxellois.

Et pourtant, il faudra encore attendre avant de passer à l'action. La force du changement semble s'être déjà un peu dégonflée. Le même groupe qui levait les armes sous la législature précédente, demande du temps. Encore plus de temps. Leur Ministre, Alain Maron, devrait saisir sous peu la barre. Dont acte. Pas question, cela étant, pour les plus déterminés d'entre nous de ranger notre indignation au placard.

Tout cela, le saviez-vous, chers Bruxelloises et Bruxellois, vous qui financez l'ABP chaque année au travers de votre contribution aux impôts ?

Pas de scoop, circulez

La majorité Bruxelloise a répondu ce matin, à notre proposition de résolution pour une révision en profondeur de la gestion de l'ABP qu'il n'y avait pas de scoop. Faut-il un scoop pour s'indigner d'un scandale qui persiste ? Et puis surtout, cette situation est-elle vraiment connue et acceptée des Bruxelloises et des Bruxellois en dehors du petit microcosme politique ?

Ces Bruxellois qui ont subi de plein fouet la crise du Covid-19 et qui ont dû limiter leurs dépenses à tout bout de champ pour permettre à leur entreprise ou leur commerce de survivre ? Ces Bruxellois qui paient toujours plus pour la qualité d'un service qui fait défaut, malgré le travail soutenu de nombreux agents de la propreté au quotidien.

Ces Bruxellois qui se serrent la ceinture pour boucler leurs fins de mois acceptent-ils la gestion défaillante de longue durée d'un de leurs organismes publics?

Ce matin, la majorité bruxelloise nous a répondu que notre proposition était à contre-temps parce que l'audit avait mis tout cela en lumière et que le Ministre avait annoncé des réformes, que la déclaration de politique régionale allait aussi dans ce sens. Or tout comme l'accord de gouvernement, notre proposition est déposée depuis maintenant presque un an. Autre manquement, il n'y aucun audit "financier" à proprement parler, ni d'analyse des modes de gestion, ni de comparaison des différents modes de gestion et d'efficience avec d'autres villes.

Trois audits et aucun acte concret pour réformer l'Agence. Dans le secteur privé, une telle gestion aurait obligé n'importe quel organisme à réagir immédiatement mais pas l'ABP.

Alors oui, face à ces constats nous continuerons à nous indigner devant un scandale qui dure depuis trop longtemps et à réclamer les réformes qui s'imposent sans perdre davantage de temps. Mais peut-être les paroles de Stéphane Hessel ont-elles perdu de leur poids face à la tâche auprès de celles et ceux qui les revendiquent tant dans d'autres sphères....

Nous ne demandons pas l'impossible mais simplement l'évidence en matière de bonne gestion, c'est-à-dire : une maîtrise des coûts, l'amélioration du service, investir dans l'innovation pour plus d'efficience et une gouvernance exemplaire. La propreté est l'affaire de tous. Espérons que cette phrase résonne jusqu'à l'exécutif bruxellois.

Alexia Bertrand, députée bruxelloise et cheffe de groupe MR

Viviane Teitelbaum, Anne-Charlotte d'Ursel et Aurélie Czekalski, députées bruxelloises MR

"Indignez-vous", nous avait dit Stéphane Hessel.Son message était celui de ne pas accepter des situations qui, malgré qu'elles perdurent depuis trop longtemps, restent profondément injustes. À en croire les atermoiements vécus mercredi matin au sujet de l'Agence Bruxelles Propreté (ABP), la majorité (PS-Ecolo-Défi-Groen-sp.a-Open VLD) n'a pas fait siens les préceptes de Stéphane Hessel qui appelle à refuser la passivité face à une situation révoltante. La mauvaise gestion dont est victime l'ABP est pourtant l'exemple-même de ce qui devrait nous indigner en tant que politiques et en tant que citoyennes et citoyens. En effet, alors que les Bruxellois n'ont cessé de faire des efforts pour se plier aux nombreux changements des régimes de collecte, qu'ils ont réduit d'année en année leur quantité de déchets, les dépenses de l'ABP ont explosé pour un service public qui n'a pas ou peu évolué. C'est le cas par exemple en matière de recyclage ou de transformation des déchets en énergie, puisque Bruxelles attend toujours et depuis 10 ans son centre de biométhanisation. Sans même parler de l'état général de la propreté publique qui tend plutôt à se dégrader. Cherchez l'erreur. Des chiffres qui font chavirerLes constats sont effarants :- une dotation qui a augmenté de 244% ces 25 dernières années pour atteindre 186,5 millions d'euros pour l'année 2020. Cela représente une croissance du budget de 5% en moyenne par an ; - un déficit de 25 millions d'euros dont 7,5 millions d'euros de déficit structurel ; - une augmentation des dépenses en matière de personnel de +22% en 5 ans. En chiffres absolus, le cadre du personnel est passé de 2.400 à 2.925 agents entre 2014 et 2019, soit un engagement de 500 agents supplémentaires ; À cela s'ajoute la condamnation en 2018 de l'ABP pour aide d'État illégale avec pour conséquence la suspension immédiate d'une partie de ses subsides versés par la Région bruxelloise. Une décision de justice arrivée finalement sans grande surprise, puisqu'elle épingle la gestion désastreuse de l'Agence durant les deux décennies qui viennent de s'écouler. Dans une ultime tentative de sauvetage d'un paquebot laissé à la dérive, le gouvernement bruxellois a accordé une provision de 9 millions d'euros pour pouvoir garantir in extremis le paiement des salaires des agents. Une gouvernance défaillante Comme si le tableau n'était pas encore assez noir, le catalogue des mauvaises pratiques en matière de bonne gouvernance et de transparence au sein de l'ABP aurait dû en principe faire pâlir les partis s'affichant comme les plus tenaces en la matière. Mais là encore, personne dans la majorité ne semble plus s'indigner réellement du fait que l'ABP fonctionne sans conseil d'administration, ni contrat de gestion ou encore de l'absence de limitation dans le temps des mandats pour les membres de la direction, ni d'évaluation des cadres en place, etc. Les audits tant attendus ont appuyé là où ça fait mal depuis des années, en rappelant une situation connue de l'exécutif bruxellois. Et pourtant, il faudra encore attendre avant de passer à l'action. La force du changement semble s'être déjà un peu dégonflée. Le même groupe qui levait les armes sous la législature précédente, demande du temps. Encore plus de temps. Leur Ministre, Alain Maron, devrait saisir sous peu la barre. Dont acte. Pas question, cela étant, pour les plus déterminés d'entre nous de ranger notre indignation au placard. Tout cela, le saviez-vous, chers Bruxelloises et Bruxellois, vous qui financez l'ABP chaque année au travers de votre contribution aux impôts ?Pas de scoop, circulez La majorité Bruxelloise a répondu ce matin, à notre proposition de résolution pour une révision en profondeur de la gestion de l'ABP qu'il n'y avait pas de scoop. Faut-il un scoop pour s'indigner d'un scandale qui persiste ? Et puis surtout, cette situation est-elle vraiment connue et acceptée des Bruxelloises et des Bruxellois en dehors du petit microcosme politique ?Ces Bruxellois qui ont subi de plein fouet la crise du Covid-19 et qui ont dû limiter leurs dépenses à tout bout de champ pour permettre à leur entreprise ou leur commerce de survivre ? Ces Bruxellois qui paient toujours plus pour la qualité d'un service qui fait défaut, malgré le travail soutenu de nombreux agents de la propreté au quotidien. Ces Bruxellois qui se serrent la ceinture pour boucler leurs fins de mois acceptent-ils la gestion défaillante de longue durée d'un de leurs organismes publics?Ce matin, la majorité bruxelloise nous a répondu que notre proposition était à contre-temps parce que l'audit avait mis tout cela en lumière et que le Ministre avait annoncé des réformes, que la déclaration de politique régionale allait aussi dans ce sens. Or tout comme l'accord de gouvernement, notre proposition est déposée depuis maintenant presque un an. Autre manquement, il n'y aucun audit "financier" à proprement parler, ni d'analyse des modes de gestion, ni de comparaison des différents modes de gestion et d'efficience avec d'autres villes. Trois audits et aucun acte concret pour réformer l'Agence. Dans le secteur privé, une telle gestion aurait obligé n'importe quel organisme à réagir immédiatement mais pas l'ABP.Alors oui, face à ces constats nous continuerons à nous indigner devant un scandale qui dure depuis trop longtemps et à réclamer les réformes qui s'imposent sans perdre davantage de temps. Mais peut-être les paroles de Stéphane Hessel ont-elles perdu de leur poids face à la tâche auprès de celles et ceux qui les revendiquent tant dans d'autres sphères....Nous ne demandons pas l'impossible mais simplement l'évidence en matière de bonne gestion, c'est-à-dire : une maîtrise des coûts, l'amélioration du service, investir dans l'innovation pour plus d'efficience et une gouvernance exemplaire. La propreté est l'affaire de tous. Espérons que cette phrase résonne jusqu'à l'exécutif bruxellois.Alexia Bertrand, députée bruxelloise et cheffe de groupe MRViviane Teitelbaum, Anne-Charlotte d'Ursel et Aurélie Czekalski, députées bruxelloises MR