On raconte que les Espagnols excellaient, en la matière. Au point qu'à Châteaulin et tout autour, racontait l'archéologue et historien breton Louis Le Guennec, " l'usage demeura longtemps, pour désigner la mère d'un petit bâtard qu'elle avait reçu un "baiser d'Espagne" ".
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On raconte que les Espagnols excellaient, en la matière. Au point qu'à Châteaulin et tout autour, racontait l'archéologue et historien breton Louis Le Guennec, " l'usage demeura longtemps, pour désigner la mère d'un petit bâtard qu'elle avait reçu un "baiser d'Espagne" ". Les réalités étaient bien moins poétiques que le langage populaire. On doit s'en rendre compte, et le déplorer, une fois de plus, au sein de la famille royale belge. Sans qu'il soit question de viol ou de moment d'égarement. Mais quoi qu'il advienne désormais, Albert II de Belgique a rejoint pour toujours la liste des célébrités dont la justice a exigé, de leur vivant ou non, un test ADN pour une recherche de paternité, finalement avérée ou exclue : Salvador Dali, Yves Montand, l'ancien président argentin Juan Perón, l'homme d'affaires français Dominique Desseigne (reconnu comme le père de l'enfant de l'ancienne ministre Rachida Dati), le maître d'échec Bobby Fischer, le champion automobile Juan Manuel Fangio, les footballeurs Mario Balotelli, Marcel Desailly, Ronaldo (le Brésilien), Diego Maradona... A Albert II, 84 ans, d'affronter sa conscience, et sa famille. Mais l'arrêt de la cour d'appel sonne comme la fin de la partie : Jacques Boël n'est pas le père biologique de Delphine, c'est une certitude. Et un refus de l'ancien roi de se soumettre au test ADN peut (doit ?) être retenu comme un élément de preuve de sa paternité. L'impact de l'affaire, en termes d'image, sur la famille royale ? Pas sûr que là soit l'essentiel. Les avantages qu'en tirerait Delphine (héritage, titre) ? Pas certain qu'ils constituent une priorité à ses yeux. Non, l'important réside dans les enseignements fournis par la procédure, entamée en 2013. D'abord, l'indépendance de la justice belge et des recours qui y sont prévus. Preuves qu'un combat vaut toujours d'être mené, même contre plus fort et plus influent. Ensuite, la grande dignité de Jacques Boël. Jamais prise en défaut jusqu'ici, et dont on pourrait s'inspirer au Palais. La prédominance du droit des enfants sur toute autre considération. Ce que, dans les dossiers des centres fermés, par exemple, un Theo Francken, soutenu par l'ensemble du gouvernement fédéral actuel, ferait bien de ne plus ignorer. Le rejet de la notion de prescription des faits, en la matière. La mise à mal de la toute-puissance des hommes, enfin. Couronnés ou non. Comme le rappellent Irène Théry et Anne-Marie Leroyer dans Filiation, origines, parentalité (Odile Jacob, 2017), " le droit paraît désormais entériner une prépondérance de la volonté de la mère dans l'établissement ou le non-établissement de la filiation paternelle ". De même, désormais aussi, " un homme ne peut plus s'opposer à l'établissement de sa paternité en disant qu'il n'a pas voulu la naissance de l'enfant. Pouvoir faire une recherche en paternité permet de contraindre un géniteur à payer une pension, dans l'intérêt de l'enfant et des femmes. La conception d'un enfant doit rester une responsabilité partagée : l'homme, lui aussi, peut prendre ses précautions pour ne pas enfanter ". C'est nettement moins joli que l'histoire du baiser d'Espagne. Mais c'est beaucoup plus universel. Pour tout ça, aussi, le combat de Delphine Boël doit être salué.