Carte blanche

« À toi, jeune réfugié(e)… »

À toi, jeune réfugié(e), qui aujourd’hui te retrouve dans un centre d’accueil ou dormant ici et là.

En ce début d’année, à défaut d’autres moyens, je me permets de t’adresser ces quelques mots, qui je l’espère, t’apporteront un peu de réconfort.

Il y a vingt-trois ans, comme toi, je suis devenue réfugiée. Je n’étais qu’un enfant d’à peine quatorze ans. À seize ans, je suis devenue orpheline. Mon monde et tout ce à quoi je m’accrochais se sont effondrés. Je t’épargne les pleurs, le sentiment d’injustice, la solitude, l’insécurité, l’envie de mourir, le désespoir et autres émotions négatives.

Car vois-tu, j’ai traversé ce désert et j’ai survécu. J’ai rencontré des étoiles ici et là qui m’ont guidé avec bienveillance, des oasis qui ont étanché ma soif, des sourires qui ont soigné mes blessures, j’ai vu l’humanité dans certains regards et j’ai réappris à croire encore, à croire en l’Homme. Je me suis reconstruite aux contacts de mes rencontres mais surtout, j’ai chéri mon rêve de devenir quelqu’un un jour. De ne pas baisser les bras.

Alors à mon tour, humblement, humainement, je viens vers toi avec l’espoir fou d’ajouter un peu de lumière dans ton monde. Accepte ma petite main tendue, invitation à ne jamais abandonner, à puiser la force dans ce grand rêve que tu as jadis osé. Ce rêve de partir, d’abandonner tout ce que tu avais connu, de laisser derrière ton histoire, ton identité et ta dignité, de répartir à zéro avec pour seul espoir de retrouver la sécurité, la paix et un avenir meilleur. Le rêve qui t’a porté et t’a aidé à supporter les dangers de ce voyage dont certains compagnons n’auront pas vu la destination.

Et quand le froid de l’hiver, la longueur des procédures administratives, la solitude et le désespoir s’acharnent à te rappeler ta condition précaire, serre ton bonheur. Oui, car au fond de toi tapit un petit bonheur, le bonheur d’avoir échappé aux bombes, le bonheur ne plus attendre siffler les balles, le bonheur de ne pas voir des corps allongés sans vie, le bonheur d’avoir quitté une terre inhospitalière qu’était devenu ton propre pays. Un pays qui n’arrivait plus à garantir ta sécurité, à nourrir ni ton ventre affamé ni tes rêves ambitieux.

Accroche-toi à la chaleur d’un bonjour, à la solidarité des inconnus et surtout ne laisse jamais ton rêve mourir.

Que 2018 te rapproche encore plus de la réalisation de ton rêve.

Solidairement,

Liliane Bahufite

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