Les décideurs vous parlent souvent du futur comme si leurs plans allaient tous se concrétiser. Ils peuvent en exposer les détails et les nuances. C'est en partie leur métier. Mais décrire la ville en 2030, pour le commun sceptique des mortels, reste un exercice de pure fiction. De nombreux chantiers peuvent s'interrompre, des affaires locales et soubresauts internationaux faire capoter des projets et en faire émerger d'autres, pires ou meilleurs. Nous ne vous promettons donc pas que tout ce qui suit se réalisera. Mais imaginons...
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Les décideurs vous parlent souvent du futur comme si leurs plans allaient tous se concrétiser. Ils peuvent en exposer les détails et les nuances. C'est en partie leur métier. Mais décrire la ville en 2030, pour le commun sceptique des mortels, reste un exercice de pure fiction. De nombreux chantiers peuvent s'interrompre, des affaires locales et soubresauts internationaux faire capoter des projets et en faire émerger d'autres, pires ou meilleurs. Nous ne vous promettons donc pas que tout ce qui suit se réalisera. Mais imaginons... Imaginons une arrivée aux portes de Liège dans une voiture électrique garée sans difficulté dans le nouveau parking relais apparu au niveau du stade du Standard. De là, nous pourrions emprunter le téléphérique pour monter au Sart- Tilman, mais nous décidons de poursuivre en suivant la Meuse, en tram, à vélo, en navette fluviale - au choix. On aperçoit ici le site du Val-Benoît, laissé à l'abandon pendant quatre décennies et aujourd'hui réhabilité. Ancienne propriété de l'université de Liège, le bâtiment du génie civil a été inauguré dès 2016. Pensé comme un " zoning vertical ", cet immeuble de béton et de verre ultralumineux accueille désormais de multiples entreprises qui profitent de cet emplacement stratégique, à deux pas de la gare TGV. L'ancien bâtiment de chimie-métallurgie a, quant à lui, été transformé en parc d'activité économique, celui de mécanique en immeuble à kots. Quant à l'ancienne centrale thermoélectrique, autrefois couverte de tags, elle accueille désormais une cité des métiers, sorte d'office du tourisme des professions où se rassemblent informations et services liés à la formation et à l'emploi. En longeant les quais réaménagés, on atteint bientôt la Grand Poste. Rachetée en janvier 2017 par Meusinvest, la belle s'affirme désormais comme l'entrée du " quartier numérique " de la Cité ardente, qui comprend également les places Saint-Etienne et Saint-Denis, où le holding liégeois a reconverti le bâtiment dit du Fiacre, ancien relais de la poste impériale du xvie siècle, en " hub créatif ". Au coeur de l'ancienne Grand Poste, on trouve désormais l'accélérateur de start-up LeanSquare, et peut-être le service de communication de l'ULg, l'institution s'étant depuis longtemps déclarée intéressée par le lieu. A l'arrière du bâtiment, face à l'actuel commissariat de police, se pressent des étudiants qui rejoignent un ensemble de 200 nouveaux kots. Un parking de 400 emplacements - vivement controversé par les riverains et commerçants dès 2015 - s'est peut-être subrepticement glissé sous la place Cockerill. Mais nos lunettes futuristes, malheureusement, ne voient pas sous la surface de la terre. Nous franchissons à présent la Meuse pour une pause dans le parc aménagé place de l'Yser, sur le site de l'ancien théâtre de la Place, avant de poursuivre en rive droite en direction de Bavière, qui fut longtemps la plus grande friche urbaine du territoire. L'ancien site de l'hôpital accueille désormais un espace mixte élaboré sous la houlette de SA Bavière développement : un pôle culturel et créatif - et notamment la nouvelle bibliothèque provinciale (Chiroux) -, un pôle académique du CHU/ULg et de la haute école des Barbou, un commissariat de police, une crèche, un centre sportif, du logement, une maison de repos, des kots pour étudiants... " Ce projet dépend certes d'un développement privé, mais grâce aux fonds européens Feder, nous en profitons pour lancer un programme de réaménagement des espaces publics sur le boulevard de la Constitution, la rue des Bonnes-Villes et le carrefour Ransonnet ", argumente Jean-Pierre Hupkens (PS), l'échevin de la culture et de l'urbanisme de Liège, face aux critiques que rencontre le projet. " Nous craignons entre autres la semi-privatisation des espaces publics intérieurs au site, et notamment des espaces verts ", explique Laurent Nisen, président de l'association liégeoise UrbAgora. Si l'on progresse davantage, nous atteignons Coronmeuse et le site de 25 hectares que Liège souhaitait dédier à l'Exposition universelle 2017 avant une réhabilitation en écoquartier. La victoire d'Astana, la capitale kazakhe, décidera du passage direct à la phase 2 du projet. En 2030, le site devrait accueillir dans un cadre vert des commerces, services, bureaux et équipements collectifs, mais surtout du logement (60 % minimum), un des grands enjeux auquel Liège devra faire face d'ici là au vu des perspectives d'accroissement démographique, estimées entre 10 et 15 %. " Nous souhaitons accroître les offres de logements susceptibles d'accueillir des couples avec deux ou trois enfants. Les kots et les maisons de retraite, c'est bien, mais nous avons clairement un déficit de population autour des 35 ans ", souligne Jean-Pierre Hupkens. Au même niveau, sur la rive droite, le quartier de Droixhe a lui aussi renouvelé son offre d'habitat. Après la destruction des tours, le chantier de construction de 108 logements publics a démarré dès février 2017. En 2030, le quartier est desservi par le tram et accueille la foire internationale de Liège, anciennement à Coronmeuse. Toujours munis de nos lunettes du futur, revenons un instant à la gare conçue par Santiago Calatrava (celle des Guillemins) pour traverser la ville de façon perpendiculaire. " Le positionnement sur le réseau TGV a été pour Liège un élément stratégique déterminant, mais la gare est en même temps devenue un emblème urbanistique et un signal pour le développement d'un nouveau quartier ", rappelle Jean-Pierre Hupkens. Dans le prolongement de l'esplanade des Guillemins, on trouve désormais le Paradis Express, non pas une boîte de nuit, comme pourrait le laisser penser cette appellation étrange, mais un ensemble de commerces, bureaux et logements couvrant quelque 35 000 m2. Porté par le bureau A2M, en association avec les bureaux Jaspers et Greisch - déjà à la manoeuvre de la nouvelle tour des Finances - en partenariat avec les entreprises Galère et Duchêne, il sera formé de six bâtiments organisés en double rangée telle une " vague ondulante " qui gagne en hauteur au fur et à mesure qu'elle s'approche de la tour des Finances. " Evocation du relief de la ville, avec sa succession de collines et vallées " - métaphore que les jardins arborés en toitures sont appelés à compléter -, ce projet a été désigné en 2016 " meilleur projet du futur " par le Mipim (Marché international des professionnels de l'immobilier) de Cannes, ce dont les autorités liégeoises ne sont pas peu fières. La société Circus - au départ une salle de jeux de la place des Guillemins qui a racheté les immeubles voisins - a, quant à elle, construit un imposant ensemble de bureaux face au site de l'ancienne gare. Du cirque au paradis, il n'y a qu'un pas... Si l'on traverse le fleuve par la nouvelle passerelle qui se trouve dans le prolongement de l'esplanade, nous voici au musée de la Boverie, construit en 1905, rénové en 2016 par Ruddy Ricciotti, et dont le parc, en 2030, a été réaménagé. Non loin de là, la Médiacité de Ron Arad aura - ou pas - son nouveau complexe de salles de cinéma. Signalons qu'à l'heure actuelle, le projet Médiaciné est vivement contesté par Les Grignoux, qui chapeautent les cinémas Sauvenière, Churchill et Le Parc, mais aussi par UrbAgora pour laquelle il n'apportera aucune plus-value au Longdoz, un quartier déjà souffrant. Plus loin, au niveau du boulevard de l'Automobile, Jean-Pierre Hupkens entrevoit un monde meilleur. " Notre objectif est de le reconquérir progressivement pour le transformer en boulevard urbain. Cela ne veut pas dire qu'il n'y aura plus de commerces, mais il doit aussi y avoir du logement et une mobilité apaisée qui donne l'impression de se trouver en ville et non " en fin d'autoroute " ", précise l'échevin. " Nous avons quelques maîtrises foncières dans le secteur qui pourraient servir de levier pour attirer des investisseurs privés ", assure-t-il en réitérant sa profession de foi : " Accueillir et encadrer les investisseurs mais les accueillir, c'est-à-dire ne pas les décourager. " Enfin, c'est sur le site des Vennes, implantation du concessionnaire Barvaux Mercedes-Benz, que s'érigera la construction la plus spectaculaire du moment : un projet mixte du promoteur Thomas & Piron de quelque 100 000 m2 confié aux mains du Néerlandais Rem Koolhaas qui, comme tout architecte star qui se respecte, devrait y intégrer une tour. Son nom s'ajoutera ainsi en lettres clignotantes à la liste des Calatrava, Arad, Jaspers, Riccioti... En 2030, tout indique donc que Liège aura achevé son relooking métropolitain, entre basics et paillettes. Ce qui ne fera pas automatiquement le bonheur de ceux qui y vivent. " Liège doit être une ville attractive par le niveau de sa qualité de vie, conclut à cet égard Jean-Pierre Hupkens. Nous devons entretenir la proximité conviviale qui la caractérise mais qui n'est jamais acquise pour les siècles des siècles, et qui passe aussi par des politiques publiques. "