Dans la série française En thérapie (Arte), Reda Kateb interprète magistralement Adel Chibane, chef d'équipe de la Bri (Brigade anticommando) intervenue au Bataclan le 13 novembre 2015. Sa manière d'entrer dans une pièce tous les sens aux aguets, l'arme dont il ne se sépare qu'à regret, ses réflexes de "mâle alpha", son stress post-traumatique qu'il vient déposer sur le divan du psychanalyste, cela pourrait être Lionel D., ancien des unités spéciales belges, raconté dans Chasseur de terroristes (1), avec la journaliste Annemie Bulté.
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Dans la série française En thérapie (Arte), Reda Kateb interprète magistralement Adel Chibane, chef d'équipe de la Bri (Brigade anticommando) intervenue au Bataclan le 13 novembre 2015. Sa manière d'entrer dans une pièce tous les sens aux aguets, l'arme dont il ne se sépare qu'à regret, ses réflexes de "mâle alpha", son stress post-traumatique qu'il vient déposer sur le divan du psychanalyste, cela pourrait être Lionel D., ancien des unités spéciales belges, raconté dans Chasseur de terroristes (1), avec la journaliste Annemie Bulté. En 300 pages bluffantes, il déroule sa formation à l'Escadron spécial d'intervention, avec une semaine de test comparable à celle des Seals américains ; la fraternité et la cohésion qui en découlent, les premières missions à forte décharge d'adrénaline: prises d'otage, perquisitions renforcées, arrestations de gangsters. L'irruption du terrorisme islamique va faire basculer sa vie et celle de ses camarades. Les "Iris", comme ils s'appellent entre eux, c'est-à-dire moins de cinquante hommes hyperentraînés, vont être chargés des missions les plus dangereuses face à des adversaires qui ne craignent pas la mort, voire la recherchent. Leur baptême du feu a lieu à Verviers, le 15 janvier 2015, sous la mitraille de deux jeunes hommes formés aux techniques de guerre en Syrie et sur le point de commettre un attentat au nom de l'Etat islamique. Ils ne connaîtront pas de répit pendant ces deux longues années qui ont, chez certains, laissé d'importantes séquelles. Guetté par le burnout, Lionel D. a quitté l'Esi à l'aube de la quarantaine, pour un poste dans le privé. Il donne la parole à ses compagnons d'arme, dont Lerre, membre des Unités spéciales depuis 1995, qui a servi de bouclier humain à ses collègues lors de l'assaut de la rue du Dries, à Forest. Blessé lui-même, l'Algérien Mohamed Belkaïd couvrait la fuite de ses complices Salah Abdeslam et Sofien Ayari. Atteint d'une balle dans la tête malgré un casque réputé à toute épreuve, Lerre doit prendre sa retraite à l'âge de 46 ans. Sa dernière bataille, il l'a livrée contre son propre employeur qui refusait de rembourser ses frais médicaux. C'est pour lui rendre justice, à lui et à d'autres partis vers d'autres horizons, que Lionel D. a écrit Chasseur de terroristes. Pour dénoncer l'indifférence des hautes sphères du commandement et de la politique à l'égard de ces "salopettes noires" qui, après avoir presté des heures innombrables, enduré le bruit infernal des Kalachnikov, arrêté des dizaines d'individus dangereux, dont l'ennemi public numéro un, doivent, après l'exploit, se débrouiller pour trouver leur pitance. Car l'intendance ne suit pas toujours. A la caserne d'Etterbeek, c'est le dénuement. "Depuis le temps que nous réclamons un environnement plus adapté où passer la nuit, nous continuons de dormir à même le sol devant nos armoires. Nous ne disposons toujours que de quatre W.-C. pour 180 hommes", raconte l'ancien flic. En 2019, la Belgique a fait l'objet d'un rapport très sévère sur la manière dont elle a traité les victimes du terrorisme. Visiblement, ses soldats d'élite n'ont pas été mieux lotis.