2015, annus horribilis pour les syndicats. Depuis un peu plus d'un an, ils luttent pied à pied contre un gouvernement qui penche à droite et s'attaque à leurs valeurs sacrées : pensions et sécurité sociale, d'une manière générale. La tâche est rude : seul le CD&V relaie certains des points de vue syndicaux jusqu'au sein du gouvernement fédéral. Et les organisations patronales jouent sur du velours, sûres que la majorité de leurs revendications sont soutenues par l'équipe de Charles Michel. La CSC, la FGTB et la CGSLB savent qu'il leur faudra encore guerroyer au moins jusqu'à la fin de la législature en limitant ce qui apparaît à leurs yeux comme de la c...

2015, annus horribilis pour les syndicats. Depuis un peu plus d'un an, ils luttent pied à pied contre un gouvernement qui penche à droite et s'attaque à leurs valeurs sacrées : pensions et sécurité sociale, d'une manière générale. La tâche est rude : seul le CD&V relaie certains des points de vue syndicaux jusqu'au sein du gouvernement fédéral. Et les organisations patronales jouent sur du velours, sûres que la majorité de leurs revendications sont soutenues par l'équipe de Charles Michel. La CSC, la FGTB et la CGSLB savent qu'il leur faudra encore guerroyer au moins jusqu'à la fin de la législature en limitant ce qui apparaît à leurs yeux comme de la casse sociale.Le 7 octobre, les quelque 80 000 à 100 000 personnes qui ont participé à la manifestation organisée pour fêter le 1er anniversaire du gouvernement Michel 1er apportent certes de l'eau au moulin syndical, leur confirmant le soutien d'une partie, au moins, de la population. Mais le 19 octobre, dans le cadre des actions régionales en tournante, des grévistes installent un barrage routier sur la E40, bloquant la circulation pendant des heures. Deux décès sont déclarés dans la foulée, un médecin et une ambulance n'ayant pu arriver à temps, du fait du barrage, pour intervenir. L'hôpital où une patiente qui devait être opérée est décédée a introduit une action en justice pour homicide involontaire et la Région wallonne, une autre pour dégradation du domaine public.Pointée du doigt, la FGTB Liège recadre aussitôt ses militants, rappelant que ceux qui dérapent en assumeront la responsabilité et assurant que la circulation des services de secours sera à l'avenir assurée, même en cas de blocage routier. De nombreuses voix, exaspérées par la succession des mouvements syndicaux, s'élèvent pourtant, arguant du droit au travail et à la mobilité de chacun. D'autres s'étonnent que les polices locales ne soient pas intervenues. Marc Goblet, secrétaire général de la FGTB, refuse de condamner l'action. L'affaire rebondit sur le plan politique. La députée N-VA Zuhal Demir dépose une proposition de loi visant à imposer la personnalité juridique aux syndicats. Objectif : pouvoir les poursuivre au civil et au pénal pour des préjudices consécutifs à leurs actions. Inimaginable. Cela reviendrait à empêcher tout mouvement de grève à l'avenir puisque, par définition, celui-ci s'opère au détriment d'une activité économique. Depuis 2002, un accord conclu entre interlocuteurs sociaux est pourtant censé baliser le droit de grève. Il prévoit d'éviter le recours à la violence, de garantir la préservation de l'outil de travail et de n'autoriser que les barrages routiers filtrants. Mais treize ans se sont écoulés depuis lors. Le ministre de l'Emploi, le CD&V Kris Peeters, a délicatement proposé aux partenaires sociaux d'actualiser ce gentleman's agreement. C'est prévu. Parallèlement, les libéraux Denis Ducarme et Olivier Chastel (MR) ont déposé une proposition de loi visant à bétonner le droit d'accès au lieu de travail et le droit au travail. Le sujet est explosif, car de telles balises limitent de facto le droit de grève. Un droit contre un autre, on en est toujours là...