"En fait, les sacrifices demandés à la Belgique étaient beaucoup plus considérables qu'à aucun autre pays. " En ce samedi 6 janvier, le gouvernement belge tient une réunion de crise à Bruxelles. Georges Theunis est de retour de Paris, où il a participé à une conférence chargée d'organiser le paiement des réparations de guerre. Le Premier ministre est grave : si la Belgique veut encore obtenir de l'argent de la part de l'Allemagne, elle va devoir se battre. Et prendre les armes.
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"En fait, les sacrifices demandés à la Belgique étaient beaucoup plus considérables qu'à aucun autre pays. " En ce samedi 6 janvier, le gouvernement belge tient une réunion de crise à Bruxelles. Georges Theunis est de retour de Paris, où il a participé à une conférence chargée d'organiser le paiement des réparations de guerre. Le Premier ministre est grave : si la Belgique veut encore obtenir de l'argent de la part de l'Allemagne, elle va devoir se battre. Et prendre les armes. Retour en arrière. En 1919, le Traité de Versailles considère Berlin comme l'unique responsable de la guerre. Et lui impose le versement d'énormes réparations de guerre. L'Allemagne, qui trouve la chose intolérable, ne manifeste pas beaucoup de bonne volonté : au 1er mai 1921, elle n'a payé que 7,5 des 20 milliards de marks-or qu'elle était censée verser. " Scandaleux ", estime-t-on à Paris, à Bruxelles et ailleurs. Où l'on considère que si l'Allemagne ne paie pas, ce n'est pas parce qu'elle ne peut pas. Mais parce qu'elle ne veut pas. Alors que Berlin multiplie les demandes de moratoire, les Alliés réagissent en sens divers. A Paris, en janvier 1923, deux camps se dégagent. D'un côté, les Britanniques. Particulièrement souples, ils se montrent prêts à réduire la hauteur des montants dus par les Allemands, et à assouplir les modalités de versement. En face, les Français. Convaincus de la mauvaise foi de Berlin, ils ne sont guère disposés à lui faire une fleur. Et les Belges ? A Paris, Theunis exprime " le chagrin " de voir s'éloigner les deux grands alliés de la Belgique, et " l'espoir que ce désaccord sera limité et passager ". Le 5 janvier, la délégation belge est reçue au quai d'Orsay par le président français Poincaré. Qui indique son intention d'occuper la Ruhr. En fin d'entretien, il confie " qu'il serait très heureux si, dans cette question, la Belgique pouvait être aux côtés de la France. " On en arrive à la réunion de crise du 6 janvier. Occuper la Ruhr ? L'opération n'est ni sans risques ni une garantie de succès. " Il est possible que des troubles surgissent ", prévient Henri Jaspar, ministre des Affaires étrangères. Il n'empêche, un consensus se dégage. La Belgique enverra des hommes. Surtout parce que l'état de ses finances publiques la rend très sensible sur les questions pécuniaires. Mais aussi pour éviter de laisser à son cher allié français le libre champ dans une région avec laquelle elle entretient d'importants liens économiques. " Il faut que le gouvernement se rallie à la proposition du Premier ministre, car il n'y a rien d'autre à faire ", conclut Aloys Van De Vyvere, en charge des affaires économiques. Le 11 janvier, 60 000 soldats - dont 7 500 belges - entrent en Allemagne. L'opération sera-t-elle un succès ? Pas vraiment. Elle rendra nécessaire l'allongement du service militaire, sera fermement condamnée par la communauté internationale et fera monter les extrémismes en Allemagne. Dès 1925, les troupes franco-belges doivent regagner leurs pays. Dans les années qui suivent, si les Alliés obtiendront encore quelques gains, c'est à la négociation qu'ils le devront.