Un mythe s'effondre: la fourmi est une glandeuse

01/10/15 à 11:03 - Mise à jour à 11:16

Source: Le Monde

Une récente étude réalisée par des biologistes américains casse le mythe de la fourmi travailleuse face à la cigale insouciante comme aimait à les décrire Jean de La Fontaine dans ses célèbres fables.

Un mythe s'effondre: la fourmi est une glandeuse

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Des biologistes de l'université d'Arizona remettent en cause le mythe de la fourmi travailleuse dans un article qui vient de paraître dans la revue Behavioral Ecology and Sociobiologyet relayé par Le Monde. Ces chercheurs sont partis du constat posé par plusieurs travaux antérieurs: dans des fourmilières analysées, environ la moitié des fourmis semblaient inactives. Ils se sont mis en tête de vérifier si c'était bien le cas en testant plusieurs hypothèses qui pourraient donner une explication à leur "oisiveté". Ont-elles besoin de plus de repos dicté par leur horloge interne ou parce qu'elles sont fatiguées du travail accompli ?

Le journal français explique leur expérimentation. Les chercheurs ont ainsi collecté près de Tucson (Arizona) cinq petites colonies de Temnothorax rugatulus, une espèce de fourmi nord-américaine. Ils les ont ensuite installées dans des nids artificiels imitant les fissures de rochers affectionné comme environnement par cette espèce. Afin de pouvoir identifier chaque insecte et analyser leur comportement, les chercheurs se sont d'abord attelés à déposer sur toutes les fourmis une combinaison de quatre points de peinture - un sur la tête, un sur le thorax et deux sur l'abdomen. Ils les ont ensuite observées à travers une plaque de verre. Les fourmis avaient à leur disposition de l'eau, de la nourriture ainsi que des grains de sable qu'elles utilisent pour construire des murs dans leurs colonies. Ils ont filmé les cinq colonies non pas en continu, mais sur dix-huit épisodes de cinq minutes chacun, six par jour pendant trois jours eux-mêmes répartis sur une période de trois semaines.

Une armée de réservistes ?

Les chercheurs ont analysé le comportement de chaque fourmi, en notant leurs activités, comment elles aménageaient leur nid, prenaient soin des oeufs/larves, quand elles faisaient leur toilette personnelle...Ils ont aussi repéré toutes les périodes pendant lesquelles les fourmis étaient inactives.

Verdict : sur les 225 insectes observés, ils ont pu établir quatre grandes catégories: celle des puéricultrices (34 fourmis), celle des ouvrières travaillant hors du nid (26), celle des généralistes faisant un peu de tout (62) et enfin celle des oisives (103!) qui ne faisaient rien de leur temps ou presque, et cela, de jour comme de nuit. Les fourmis actives, pour leur part s'activaient dans leurs tâches quotidiennes, qu'elles soient de courtes ou plus longues, et n'étaient pas relayées par les autres.

Les biologistes ont alors désiré comprendre la raison de l'inactivité de leurs comparses. Repose-t-elle sur leur rythme circadien? Interrogé par le New Scientist, Tomer Czaczkes (université de Ratisbonne) a émis l'idée que ces fourmis pouvaient être une sorte d'armée de réservistes, attendant que l'on ait besoin d'elles soit pour défendre la colonie, soit pour aller chercher de l'aide, de force, dans une autre fourmilière.

Daniel Charbonneau, un des deux auteurs de l'étude, penche pour d'autres hypothèses. Vu que les fourmis oisives ont moins d'interactions avec les autres, elles pourraient tout simplement ne pas être au courant que du travail les attend ou, plus subtil, faire en sorte de l'éviter.

Dans une seconde publication parue dans le Journal of Bioeconomics, Daniel Charbonneau et sa collègue Anna Dornhaus se demandent aussi si la paresse, ou du moins le fait qu'une partie de la population choisisse l'inactivité n'est pas la conséquence naturelle d'une organisation du travail complexe. L'oisiveté se révélerait en réalité être une activité comme une autre.

Les chercheurs notent aussi que toutes les études d'entomologie qui s'intéressent aux tâches "actives" des fourmis sont dorénavant biaisées puisqu'elles oublient que près de la moitié de la population s'adonne au farniente. Les auteurs reconnaissent toutefois que trois semaines d'observation ne sont peut-être pas suffisantes pour identifier une fonction mystérieuse et encore mal comprise par les entomologistes.

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