Les "super éruptions" volcaniques plus fréquentes qu'on ne le pensait

30/11/17 à 15:50 - Mise à jour à 15:49

Source: Afp

Les "super éruptions" volcaniques, pouvant menacer notre civilisation en rejetant des milliards de tonnes de cendres dans l'air, sont susceptibles de se produire plus fréquemment qu'on ne le pensait, affirme une étude basée sur des données statistiques.

Les "super éruptions" volcaniques plus fréquentes qu'on ne le pensait

Illustration. © Getty Images/iStockphoto

Une équipe de l'université d'Oxford a calculé que le laps de temps estimé entre deux "super éruptions" serait en moyenne d'environ 17.000 ans. "C'est substantiellement plus court que les estimations précédentes", souligne cette étude parue mercredi dans la revue Earth and Planetary Science Letters. Cela "indique que les volcans représentent pour notre civilisation humaine un risque plus grand qu'on ne le pensait", ajoute le texte.

Les précédentes estimations de fréquence de ces cataclysmes réalisées en 2004, considéraient que les super éruptions se produisaient en moyenne tous les 45.000 à 714.000 ans, indique Jonathan Rougier, professeur de sciences statistiques à l'Université d'Oxford et principal auteur de l'étude. "Nous avons réévalué cet intervalle que nous situons désormais entre 5.000 et 48.000 ans, la fréquence la plus probable étant de 17.000 ans", ajoute-t-il. Les super éruptions sont donc "beaucoup plus fréquentes qu'on ne le pensait précédemment tout en restant très rares", déclare ce chercheur à l'AFP.

C'est quoi, une "super éruption" ?

Les volcanologues qualifient de "super éruptions" les gigantesques éruptions explosives, capables de rejeter au moins 1.000 gigatonnes (mille milliards de tonnes) de matière volcanique dans l'atmosphère. Soit assez pour recouvrir de cendres un continent, assombrir le ciel durablement et refroidir le climat de la planète pour des décennies.

La dernière super éruption recensée sur la planète est celle du Taupo en Nouvelle-Zélande, il y a environ 25.000 ans. Il y a eu également celle de Aira au Japon il y a quelque 27.000 ans. Chacune avait éjecté environ 1.000 gigatonnes de débris et de cendres dans l'air. "D'une certaine façon, nous avons eu de la chance de ne pas avoir connu de super éruption depuis", relève Jonathan Rougier. "Mais cela ne veut pas dire pour autant que la prochaine super éruption est en retard. La nature n'est pas si régulière", tient-il à souligner.

"Robuste"

Les scientifiques ont travaillé à partir d'une base de données géologiques portant sur les derniers 100.000 ans. Au cours de cette période, l'éruption la plus importante a été celle du Toba en Indonésie il y a environ 75.000 ans. Le volcan, en explosant, a éjecté 10.000 gigatonnes de matière. Cela a provoqué un hiver volcanique suivi d'un refroidissement global de la planète extrêmement long. La plupart des "super volcans" de la planète sont éteints. Mais ce n'est pas le cas du Yellowstone aux Etats-Unis, qui a connu plusieurs super éruptions dont la dernière date d'il y a 630.000 ans.

Le Mont Agung, à Bali, qui vient d'entrer en éruption, est un volcan de type "explosif", mais il n'est pas considéré comme un super volcan. Il a connu deux grandes explosions en 1843 et en 1963, rejetant environ 1 gigatonne de matière (1 milliard de tonnes). Son éruption il y a 54 ans avait fait 1.600 morts et provoqué une baisse des températures de 0,2 à 0,3 degrés Celsius pendant environ un an. "Le Mont Agung possède une chambre magmatique qui est trop petite pour produire une super éruption", relève David Rothery, professeur de géosciences à Open University (Royaume Uni). Dans un commentaire sur l'étude, il se dit "d'accord" avec le fait que les super éruptions "sont plus fréquentes qu'on ne le pensait".

Marc Reichow, de l'Université de Leicester, souligne que l'article est signé par des scientifiques respectés. Leur approche est "robuste" et "va certainement nous aider à comprendre et à prédire de futures éruptions". "Toutefois, la nature, y compris pour les éruptions volcaniques, ne fonctionne pas forcément comme une horloge". David Pyle, professeur de Sciences de la Terre à l'université d'Oxford, tient à souligner qu'après cette étude, "Yellowstone n'est pas plus proche d'entrer en éruption aujourd'hui qu'il ne l'était hier". "Le plus probable, c'est qu'il n'y aura pas d'autre super éruption sur Terre avant des milliers d'années", selon lui.

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