La voiture électrique démarre au ralenti

24/09/12 à 16:45 - Mise à jour à 16:45

Source: Le Vif

Alors qu'elle devrait enfin décoller un peu partout en Europe en 2012, la voiture électrique restera discrète à Bruxelles. La capitale de l'Europe ne s'est pas (encore) dotée des infrastructures nécessaires pour l'accueillir. Question de temps ? Pas sûr : la volonté politique reste au point mort.

La voiture électrique démarre au ralenti

© Bénédicte Mandiaux/Isopix

Elle n'émet pas de CO2, ne sent pas mauvais et murmure à l'oreille. A première vue, la voiture électrique a tout pour séduire homo urbanus, le citadin. Dans les faits, elle est encore loin de ronronner dans la cité. En 2011, l'administration de la mobilité a enregistré 601 immatriculations de véhicules électriques. En Région de Bruxelles-Capitale, seules 73 voitures de ce type sont immatriculées au nom de particuliers. Pour à peine 77 en Flandre et 12 en Wallonie (chiffres du SPF Economie au 1er août 2011). C'est peu face aux millions d'automobiles abreuvées à l'essence et au diesel.

L'année 2012 sera-t-elle celle de son essor ? Depuis vingt ans, la technique de la propulsion électrique a sérieusement progressé et les modèles de voitures se répandent, mais les mêmes interrogations demeurent. L'autonomie - moins de 150 kilomètres - confine la voiture électrique aux zones urbaines et son coût d'acquisition plancher, qui dépasse les 30 000 euros, en limite l'accès aux garages des particuliers. Surtout, sans bornes de recharge facilement accessibles et disponibles partout, elle pourra difficilement connaître le succès que lui prédisent les constructeurs. Et pour l'instant, le site ChargeMap, qui liste les bornes déjà installées dans le monde, n'en répertorie que 30 dans les 19 communes bruxelloises, dont une majorité réservées aux entreprises.

20 % de voitures en moins d'ici à 2018

"Qu'est-ce qui vient d'abord ? La voiture ou l'infrastructure ? Cela synthétise tout le problème actuel", avance Tony Deruyter, responsable des véhicules électriques chez Renault Belux. A ce titre, Bruxelles est à la traîne. Et pour cause : la ville n'est plus adaptée à la circulation moderne. A moins que ce ne soit l'automobile qui n'est plus adaptée à l'évolution urbaine ? Le problème de Bruxelles, en termes de mobilité, reste sa congestion automobile. Actuellement, 70 % de l'espace public bruxellois est occupé par les voitures. Le gouvernement prévoit de réduire la pression de 20 % d'ici à 2018. L'Union européenne voit même plus loin. Dans un Livre blanc sur les transports urbains (publié en mars 2011), elle préconise une coupe de 50 % dans le parc automobile traditionnel et l'abandon total des voitures conventionnelles (essence, diesel) dans les villes d'ici à 2050. But : réduire les émissions de CO2 de 60 % avant 2030.

Seulement voilà : "Remplacer un véhicule thermique par un véhicule électrique de même taille ne résoudra pas le problème de congestion du trafic", observe Pierre Arnould, conseiller scientifique au Centre interuniversitaire d'étude de la mobilité (Ciem). Seules alternatives possibles : davantage d'intermodalité avec les transports collectifs et plus de facilités accordées aux cyclistes. "A budget égal, investir dans les transports en commun aura certainement davantage d'effets positifs sur le plan de la mobilité ou de l'environnement, considère la ministre bruxelloise de l'Environnement Evelyne Huytebroeck (Ecolo). Cela ne signifie pas que les pouvoirs publics ne doivent pas favoriser le développement des véhicules électriques, mais des priorités doivent clairement être établies."

Des taxis électriques

Des priorités dont le Plan Iris 2, adopté en septembre 2011, trace la voie : les besoins des piétons, cyclistes et transports publics occupent une place centrale dans les projets à venir. Pour preuve, 464 millions d'euros seront investis en nouveau matériel roulant pour les transports publics, et l'automatisation du métro est à l'étude. Et la voiture électrique ? La Région ambitionne les 5 000 véhicules d'ici à 2015, mais de nombreuses inconnues entourent son développement. Qui se chargera de la distribution d'électricité dans le domaine public ? Les bornes doivent-elles être accessibles sur la voirie ? Beaucoup de normes devront être fixées. Et d'énormes investissements consentis. Par qui ?

En Flandre, le gouvernement a investi dans cinq terrains expérimentaux (un budget total de 16,25 millions d'euros), tandis que Bruxelles a choisi de cofinancer l'initiative de Zen Car : des véhicules électriques en autopartage (lire l'encadré). La Wallonie, elle, reste aussi silencieuse... qu'une voiture électrique. Au plan fédéral, le secrétaire d'Etat bruxellois à la Mobilité, Bruno Delille (Groen), doit présenter un plan d'action, "dans les prochaines semaines", assure sa porte-parole. Et la ministre Huytebroeck insiste : "Je suis favorable à l'implantation de bornes dans les entreprises, les stations-service et les réseaux de distributeurs de voitures. Mais à ce stade, les pouvoirs publics ne peuvent raisonnablement stimuler par des aides publiques le développement d'un réseau de bornes sur l'espace public." Les initiatives reposent donc essentiellement sur le secteur privé et certains acteurs parapublics qui, timidement, se mobilisent. En mars, Bruxelles devrait se doter de ses premiers taxis électriques, selon le cabinet de la ministre Brigitte Grouwels (CD&V). En juin, la SNCB prévoit d'équiper les gares bruxelloises de bornes de rechargement pour les batteries.

Le démarrage est donc lent, mais une tendance se dessine. A Bruxelles, la citadine électrique devrait être la voiture... que l'on ne possède pas. "Le prix de ces véhicules va sans doute inciter les habitants à opter pour des modes de transport plus doux ou des systèmes de voitures partagées", observe Xavier Tackoen, chargé de mission chez Espaces-Mobilités, un bureau d'étude qui conseille régulièrement la Stib. La Région ne s'en cache pas. Elle voit le carsharing comme le moteur d'une succession d'effets vertueux : réduction du parc de véhicules en circulation, baisse des émissions de CO2 et inclinaison à prendre les transports en commun dès lors qu'on s'attache moins à sa voiture personnelle. Tel pourrait bien être le modèle de voiture urbaine dominant à Bruxelles à moyen terme. Rendez-vous en 2018, pour voir si, effectivement, elle aura atteint l'âge de raison.

Rafal Naczyk

Zen Car, l'autopartage branché

Se rendre à la station, scanner la carte sur le pare-brise, tourner les clés et démarrer au volant d'un véhicule électrique. Ces gestes, Friede Van Peer les effectue chaque semaine depuis cinq mois. "Cela fait vingt ans que je me déplace à vélo à Bruxelles, explique-t-il. Mais lorsqu'il s'agit de quitter la ville ou de faire des courses, il me faut un transport motorisé." Pour ce patron d'entreprise de 38 ans, l'autopartage s'est imposé comme une évidence. Adepte du système depuis le lancement de Cambio, la voiture en partage de la Stib, Friede a immédiatement été séduit par l'électrique.

"C'est la voiture sans contrainte : tout est compris dans la tarification, la recharge de la batterie, le stationnement, l'assurance, l'entretien, le nettoyage." Au-delà des avantages économiques, ce concept présente des atouts écologiques. "Chaque jour, je vois des milliers de voitures individuelles à l'arrêt. A Bruxelles, l'espace public est totalement engorgé. C'est la raison pour laquelle je n'ai jamais voulu posséder de voiture." Une voiture en partage remplace 8 à 10 voitures individuelles, selon les études. Quant à la gestion des batteries, elle n'a pas eu d'incidence sur ses circuits. "Je vais régulièrement à Hasselt, Puurs et Wavre. Sur l'autoroute, il faut juste veiller à enclencher le mode sprint. Sans quoi, on ne dépasse pas 80 km/h."

Lancé par Cambio, le carsharing gagne du terrain à Bruxelles. Créée il y a un an, avec un prêt de 250 000 euros de la Société régionale d'investissement de Bruxelles (SRIB), la start-up Zen Car est encore la seule à proposer des véhicules électriques. Sans exploser les compteurs, elle a déjà fidélisé 500 utilisateurs réguliers. Son coût ? Un droit d'inscription de 40 euros, un abonnement mensuel de 6 euros, une tarification de 7 euros/heure. Et un système de réservation en ligne ou par téléphone. Pour l'heure, Zen Car offre une flotte de 20 véhicules, disponibles dans 6 Interparkings, ainsi qu'à des endroits clés de Bruxelles, 11 au total. Une offre est également proposée aux entreprises : 14 bornes dédiées et des véhicules plus musclés.

En comparaison, le plus gros réseau actuel, à Strasbourg, compte une centaine de véhicules, pour plus de 150 stations. "L'objectif de Zen Car était de disposer de 40 stations, explique Régis Leruth, fondateur et patron de l'enseigne. Neuf autres doivent entrer en service dans quelques mois." Ce développement est synonyme d'investissements. A Bruxelles, chaque borne de ravitaillement coûte 16 000 euros. "Jusqu'ici, nous nous sommes développés sur des voiries appartenant à la Région, qui soutient fermement le projet. Pour la suite, les emplacements portent sur des voiries communales." Les négociations sont en cours.

Zen Car lorgne déjà hors de Bruxelles. D'ici à juin, le service devrait s'implanter à Louvain-la-Neuve et à Liège. En décembre, ce sera au tour de la Flandre "où les négociations sont moins compliquées". A terme, ce pionnier table sur 125 véhicules et 150 bornes de rechargement. De quoi concurrencer le train ?

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