L'amiante peut-elle aider à produire une énergie propre et moins chère?

11/12/13 à 14:26 - Mise à jour à 14:26

Source: Le Vif

Xavier Py, professeur en génie des procédés à l'UPVD (université de Perpignan Via Domitia) prend les clichés à contrepied et trouve des vertus à ce matériau maudit.

L'amiante peut-elle aider à produire une énergie propre et moins chère?

© Reuters

Comment valorisez-vous les déchets issus de l'amiante?

Ils servent à passer le rendement des nouveaux systèmes de stockage d'énergie de moins de 50% à 70%, en utilisant la technologie CAES (pour Compress Air Energy Storage).
Le système est simple: quand on produit trop d'électricité, on s'en sert pour comprimer de l'air dans une cavité géante. Puis, en période de grande consommation, on décompresse le gaz, qui fait tourner des turbines. Comprimer un gaz dégage de la chaleur, vous l'expérimentez quand vous utilisez une pompe à vélo. À l'inverse, libérer un gaz refroidit. Nous avons donc besoin de matériaux capables d'endurer de grands écarts de température afin d'améliorer le rendement de la structure.

Et les déchets issus de l'amiante résistent particulièrement bien à la chaleur...

Nous avons travaillé pour leur donner ces qualités. L'amiante est dangereuse par sa structure microfibreuse. Quand elle n'est pas simplement stockée dans une décharge contrôlée, elle est fondue afin de la déstructurer complètement. Le processus est simple. On la chauffe à 1400°C - à cette température, le matériau ressemble à de la lave. Nous avons travaillé sur l'étape suivante, le refroidissement, afin d'obtenir une céramique qui présente ces propriétés qui nous intéressent.

Quelles sont ces propriétés?

Nous orientons la cristallisation afin d'obtenir un matériau réfractaire, capable de résister à de grands écarts de température et de stocker la chaleur. Par ailleurs, il nous faut aussi mouler le matériau selon la forme voulue et vérifier la compatibilité avec les fluides utilisés par les industriels.

A quoi servent les déchets industriels de ce type, après chauffage, quand vous ne les utilisez pas?

Si on les refroidit vite, on obtient des roches inertes, sans danger pour la santé, de type basalte. On s'en sert classiquement pour faire les remblais sur les routes. Ceci est vrai de l'amiante, mais aussi d'autres déchets industriels, comme les cendres volantes issues des centrales thermiques au charbon.

Vos recherches portent également sur le solaire concentré, un domaine dans lequel l'université de Perpignan est à la pointe. Quelle est cette technologie?

On connaît bien le photovoltaïque, mais il ne s'agit pas de l'unique filière solaire. Il existe aussi le solaire concentré. Le concept est simple, on oriente plusieurs miroirs au même endroit, concentrant ainsi beaucoup d'énergie en un point, où la température peut atteindre jusqu'à 3000°C. On utilise cette énergie pour chauffer un fluide. Celui-ci va ensuite servir à vaporiser de l'eau. La vapeur va à son tour faire tourner des turbines et produire de l'électricité. C'est quasiment le principe d'une centrale à charbon, sauf qu'on remplace le charbon par le soleil.

A quoi servent vos céramiques issues de l'amiante dans cette installation?

À stocker la chaleur, là encore. Grâce à elle, on peut lisser la production d'énergie et développer la même puissance, de nuit comme de jour. De plus, les céramiques recyclées reviennent à 8¤ la tonne, quand l'équivalent sur le marché est à 8000¤ la tonne, voire, avec les matériaux actuels (sel solaire à base de nitrates naturels), à 800¤ la tonne. L'intérêt est donc à la fois environnemental, sociétal - car on supprime des déchets dangereux pour la santé humaine - et de développement durable - car on évite d'exploiter des ressources naturelles pour les laisser aux générations futures.

Propos recueillis par Olivier Monod

Parcours de chercheur.

Xavier Py se destinait à l'ingénierie. Diplômé de l'ENSIC, il est embauché chez Rhône-Poulenc, qui l'envoie pendant un an et demi dans son centre de recherche aux États-Unis. Il découvre alors la recherche et décide de suivre une thèse. Il rentre en France et passe le concours des enseignants-chercheurs. Il choisit l'UPVD (Université de Perpignan Via Domitia) car "ils sont leaders sur le solaire à haute concentration".

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