Des mathématiciennes noires au coeur de la conquête spatiale américaine

19/09/16 à 07:43 - Mise à jour à 07:43

Source: Afp

Des mathématiciennes noires géniales ont joué un rôle très important dans les grands succès du programme aérospatial américain, faisant aussi éclater préjugés et barrières sociales au temps de la ségrégation raciale.

Des mathématiciennes noires au coeur de la conquête spatiale américaine

© Reuters

L'histoire remarquable et largement inconnue de ces femmes est révélée dans un livre publié en septembre, intitulé "Hidden Figures" (Figures de l'ombre), dont l'auteure, Margot Lee Shetterly, connaissait dans sa jeunesse plusieurs d'entre elles sans soupçonner qu'elles avaient contribué à la conquête spatiale.

Un film éponyme a déjà été réalisé avec Taraji Henson, Octavia Spencer et Kevin Costner, qui sortira en janvier.

Mme Shetterly raconte à l'AFP que ces afro-américaines n'avaient en apparence rien qui sortait de l'ordinaire. Elles étaient des Noires de la classe moyenne de Hampton, en Virginie, qui travaillaient au centre de recherche de la Nasa tout proche, comme son père, un ingénieur.

Il a fallu des années avant qu'elle découvre l'histoire ignorée de ces héroïnes au détour d'une conversation avec son père, ce qui l'a poussée à faire des recherches et écrire ce livre sur quatre de ces femmes.

L'une d'elles a par exemple calculé les trajectoires de la fusée d'Alan Shepard, qui a effectué le premier vol sub-orbital en 1961, et pour John Glenn, premier Américain à voler en orbite en 1962.

Des dizaines de Noirs des deux sexes travaillaient alors comme mathématiciens et physiciens pour le programme spatial, tout en étant victimes des lois ségrégationnistes qui les forçaient à utiliser des toilettes séparées de celles des Blancs, à ne pas manger dans les mêmes restaurants ou à fréquenter d'autres écoles.

Les quatre héroïnes du livre, Dorothy Vaughan, Katherine Johnson, Mary Jackson et Christine Darden, ont commencé pour certaines à travailler à Langley, le premier centre de recherche aéronautique américain, dès le début des années 1940.

C'est l'entrée des Etats-Unis dans la guerre en 1941 qui leur a ouvert la porte, explique Margot Lee Shetterly.

Besoin urgent de mathématiciens

Le pays avait alors un besoin pressant d'ingénieurs et de mathématiciens pour concevoir de nouvelles technologies permettant aux avions comme les "Superforteresses" de voler plus vite et plus haut.

Mais là encore la ségrégation persistait. Ces femmes noires baptisées "Colored computers" (ordinateurs de couleur) travaillaient à l'écart dans l'unité de calcul de l'aile ouest du bâtiment.

A la fin de la guerre il y avait environ 25 afro-américaines et deux responsables blancs dans cette unité.

Ensuite vint la guerre froide avec l'URSS qui lança le premier satellite, Spoutnik, en 1957, accroissant la pression sur les Etats-Unis pour gagner la course spatiale.

En 1958, la Nasa est créée, regroupant toutes les activités spatiales. Le centre Langley est chargé du projet Mercury, premier programme américain de vol spatial habité.

Les mathématiciennes noires de l'aile ouest sont alors réparties et intégrées dans les autres divisions pour effectuer les calculs complexes de lancement de fusées.

En 1959, Katherine Johnson et un collègue blanc sont les premiers à faire les calculs d'un tel vol, pour le premier lancement suborbital d'Alan Shepard.

Licence de maths à 18 ans

Selon ce livre, en 1962, John Glenn a demandé avant son premier vol orbital que Kathrine Johnson vérifie elle-même une dernière fois les calculs de sa trajectoire.

Plus tard, ses talents mathématiques l'ont conduite à déterminer la trajectoire du vol Apollo 11 vers la Lune en juillet 1969, dont la descente de Neil Armstrong et Buzz Aldrin sur le sol lunaire.

En novembre 2015, Barack Obama lui a remis la Médaille présidentielle de la liberté, plus haute distinction civile américaine. Agée de 98 ans, cette brillante physicienne et mathématicienne avait obtenu sa licence de mathématiques à 18 ans.

Dorothy Vaughan, aujourd'hui décédée, avait été la première personne noire dans les années 1950 à diriger une équipe.

Mary Jackson est devenue ingénieure aéronautique et Christine Darden, 74 ans, est considérée comme l'une des meilleures expertes mondiales des vols supersoniques.

Pour Margot Lee Shetterly, l'histoire de ces femmes est "une puissante inspiration" et "montre que nous pouvons tirer les leçons du passé pour ouvrir les portes".

Environ 80 femmes noires mathématiciennes et physiciennes ont travaillé pour les programmes aérospatiaux entre 1943 et 1980, et un millier de femmes blanches.

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