L'homme qui recueille les expériences de mort imminente

01/11/14 à 10:20 - Mise à jour à 10:20

Source: Le Vif/l'express

Que penser des visions liées à une expérience de mort imminente ? Steven Laureys et son équipe ont recueilli et analysé 200 témoignages.Interview.

L'homme qui recueille les expériences de mort imminente

© iStockphoto

Dix pourcent des personnes qui font un arrêt cardiaque connaissent une expérience de mort imminente. Les témoignages sur ces EMI (NDE en anglais, pour near-death experience) s'accumulent et les scientifiques ne peuvent plus les ignorer. Depuis 2012, plus de 200 témoignages de personnes qui ont vécu une EMI ont été collectés par le Coma Science Group, l'équipe que dirige Steven Laureys, neurologue belge de renommée mondiale à l'ULg et au CHU de Liège. Ils évoquent la lumière blanche, le tunnel, la sensation de survoler son corps... Interview.

Le Vif/L'Express :Qu'ont vu ou ressenti ces patients au cours de leur expérience ?

Steven Laureys : Pour mesurer ces expériences, nous posons seize questions, qui figurent dans un questionnaire appelé "l'échelle de Greyson". Nous recueillons aussi des éléments non repris dans ce questionnaire, comme le fameux tunnel décrit par certains. Plus de 85 % des personnes évoquent une sensation de bien-être et pas moins de 75 % décrivent une expérience de "décorporation" : l'impression de flotter au-dessus du sol, hors de soi, et d'apercevoir son corps à distance. La perte de la notion du temps et la présence d'une lumière blanche sont mentionnées par sept personnes sur dix. Les sensations d'unité, de point de non-retour, de rencontre avec des personnes défuntes sont également fréquentes. Plus rares sont les récits de traversée des murs, de perception extrasensorielle. Une personne sur dix à peine raconte avoir vu défiler le cours de sa vie, thème pourtant si présent dans les films de fiction ! L'origine culturelle des patients peut avoir une influence sur leur récit : chez nous, certains disent avoir vu Jésus lors de leur expérience de mort imminente. En Inde, d'où je reviens, on parlera plutôt de Shiva.

Serait-il possible que ces personnes aient eu une hallucination ou que leur récit sorte de leur imagination ?

Les visions de ces gens sont une réalité physiologique, comme le rêve, même si c'est difficile à accepter. D'ailleurs, partout sur la planète on rapporte le même genre de récit, avec la lumière blanche, le tunnel, l'impression de survoler son propre corps... Nous ne pouvons, en tant que scientifiques, ignorer ces témoignages, de plus en plus nombreux. Imaginons qu'un habitant seulement sur dix de la planète soit capable de rêver et vous verriez que les 90 % restant mettraient en doute l'existence du rêve. Les expériences que nous avons collectées sont riches en détails, en émotions, ce qui n'est pas le cas lors d'un récit inventé. Une personne sur dix qui fait un arrêt cardiaque connaît une expérience de mort imminente. Grâce aux techniques modernes de réanimation, plus de patients survivent et peuvent donc raconter ce qu'ils ont vu ou ressenti.

Si ces visions sont un phénomène physique bien réel, d'où viennent-elles, comment sont-elles produites ?

Au Coma Science Group, nous considérons que chaque type de description - bien être, tunnel, lumière blanche... - est provoqué par l'atteinte d'une région cérébrale spécifique, en raison du manque d'oxygène qui survient lors d'un arrêt cardiaque. C'est l'explication la plus simple. Mais nous n'avons pas de certitude tant que nous n'aurons pas compris le fonctionnement de la conscience. Celui qui expliquera comment la subjectivité émerge d'un phénomène physique aura un prix Nobel !

Vos recherches vous incitent-elles à croire à une vie après la mort ?

Encore une fois, la seule preuve d'une vie après la mort est le don d'organes. La mort est irréversible, c'est l'une de nos frontières absolues, et il n'est pas souhaitable qu'on crée un élixir de vie éternelle !

Les personnes qui souhaiteraient raconter leur expérience de mort imminente peuvent contacter le Coma Science Group de l'ULg/CHU de Liège par email (coma@ulg.ac.be).

>>> Le dossier intégral dans Le Vif/L'Express de cette semaine.

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