Une solution pour Chypre est à portée de main

07/11/16 à 13:23 - Mise à jour à 13:23

Source: Afp

Une solution pour réunifier l'île de Chypre est à portée de main, a estimé lundi en Suisse le secrétaire général de l'ONU, à l'ouverture de négociations de la dernière chance pour tenter de régler l'un des plus vieux conflits politiques dans le monde.

Une solution pour Chypre est à portée de main

© Belga

Chypre est divisée depuis 1974, lorsque l'armée turque a envahi la partie nord de cette île méditerranéenne en réaction à un coup d'Etat visant à rattacher Chypre à la Grèce.

Après plusieurs tentatives de réconciliation et l'échec d'un plan de réunification proposé par l'ONU en 2004, des pourparlers ont repris en mai 2015, sous l'égide de l'ONU, entre le président chypriote (grec) Nicos Anastasiades et le leader chypriote turc Mustafa Akinci.

Des progrès ont été enregistrés sur plusieurs dossiers depuis cette date, mais le sujet le plus épineux, portant sur les différends territoriaux, sera au coeur des discussions qui se sont ouvertes lundi dans un grand hôtel de Mont Pèlerin, un village situé à 1.000 mètres d'altitude, au bord du Lac Léman.

Les deux dirigeants chypriotes, aidés de l'émissaire de l'ONU pour Chypre, Espen Barth Eide, vont tenter d'ici vendredi de dessiner les contours d'une future fédération composée de deux entités -- chypriote grecque et chypriote turque-- sur ce territoire peuplé d'environ un million d'habitants.

"Un certain nombre de questions sensibles et difficiles subsiste", a reconnu le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, à l'ouverture des pourparlers.

"Les deux dirigeants sont parvenus à un moment critique dans leurs discussions (...) la perspective d'une solution pour Chypre est à leur portée", a-t-il dit aux journalistes.

L'invasion turque a provoqué d'importants déplacements de populations, les Chypriotes grecs se réfugiant au sud et les Chypriotes turcs partant s'installer dans le nord, sous la protection de l'armée turque.

Depuis, la République de Chypre, membre de l'UE depuis 2004, n'exerce son autorité que sur les deux-tiers de l'île, tandis qu'une République turque de Chypre du Nord (RTCN) a été autoproclamée au Nord, mais n'est reconnue que par Ankara.

"Les attentes dans les deux communautés sont élevées (...) Je sais que les deux dirigeants sont ici avec un engagement fort et une détermination à travailler pour trouver une solution à toutes ces questions", a souligné M. Ban, qui a donné jusqu'à la fin de l'année pour que ce conflit vieux de 42 ans soit enfin réglé.

Morphou, ville symbole

Le dirigeant chypriote turc s'est engagé à respecter ce délai. "Après 50 ans, on ne peut continuer à discuter encore 50 ans. Tout le monde, dont l'ONU, a bien conscience de ça", a dit M. Akinci la semaine dernière.

M. Anastasiades a également exhorté les deux parties à "saisir cette opportunité, non seulement pour éliminer ou réduire les différends (...) mais aussi pour faire des progrès sur le territoire qui puissent mener à un règlement final".

Le processus de restitution, de compensation ou d'échange pour les propriétaires spoliés de leurs biens sera potentiellement coûteux pour le futur Etat.

La ville de Morphou illustre la complexité de ces discussions.

Nichée dans un océan de vergers près de la côte nord de Chypre, Morphou --Güzelyurt en turc-- avait autrefois une population essentiellement chypriote grecque, qui détient toujours des propriétés sur ces riches terres agricoles.

Aujourd'hui, elle est peuplée de 18.000 Chypriotes turcs, dont certains y vivent depuis plus de quatre décennies.

Le gouvernement chypriote grec a assuré à plusieurs reprises que Morphou reviendrait sous son contrôle en cas d'accord. Mais cela impliquerait de nouveaux déplacements de la population chypriote turque de la ville.

Si une réunification promet d'être coûteuse, le Fonds monétaire international (FMI) veut croire qu'elle finira par avoir des conséquences très positives pour Chypre, qui au bord de la faillite en 2013, avait dû recourir à un plan de sauvetage international.

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