Un homosexuel présumé tabassé au Maroc : la nouvelle controverse qui choque

01/07/15 à 10:50 - Mise à jour à 11:51

Source: Belga

La diffusion d'une vidéo montrant un homme violemment agressé à Fès, dans le centre du Maroc, par une foule en raison de son homosexualité présumée a suscité l'émoi des médias dans ce pays où l'homosexualité est toujours passible d'une peine de prison.

Un homosexuel présumé tabassé au Maroc : la nouvelle controverse qui choque

© Capture d'écran YouTube

Diffusée par le site Goud, la vidéo de 3 minutes, montre un homme présenté comme homosexuel tenter, en vain, de se réfugier dans un taxi, alors qu'il est poursuivi par plusieurs jeunes en colère.

"La façon dont il est habillé" - il porte ce qui ressemble à une robe blanche - "et sa façon de marcher ont déplu à de jeunes passants", explique le site d'information marocain.

L'homme est roué de coups par une petite foule qui grossit et l'encercle. Il finit par s'écrouler au sol. Après une quarantaine de secondes, il se relève, vêtements déchirés, s'enfuit et cherche à trouver refuge dans un commerce. Un policier apparaît alors et se voit "contraint de brandir son arme pour repousser la foule", rapporte Goud.

La vidéo a rapidement été relayée sur internet, de nombreux médias en ligne exprimant leur choc face aux images.

La victime risque des poursuites

Goud indique en outre que la personne agressée pourrait faire l'objet de poursuites, dans un pays où l'homosexualité est passible de prison. Un responsable local de l'Association marocaine des droits humains (AMDH), Mustapha Jebbour, a affirmé qu'une audience était même prévue ce mardi devant un tribunal de la ville. Sollicité, le ministère de l'Intérieur n'a, pour l'heure, pas donné suite.

Une série de controverses liées aux moeurs

Le Maroc a enregistré ces dernières semaines une série de controverses liées aux moeurs. L'homosexualité y est passible d'une peine de trois ans de prison, selon l'article 489 du Code pénal.

Deux hommes ont été condamnés le 19 juin à quatre mois de prison fermes. Arrêtés le 5 juin, les deux hommes étaient accusés de s'être embrassés devant la Tour Hassan, un des principaux monuments de la capitale, au lendemain d'une action menée par deux militantes des Femen sur ce même site pour dénoncer la pénalisation de l'homosexualité au Maroc. Un des avocats de la défense a par ailleurs réclamé que des accusations de mauvais traitements à l'encontre de ses clients soient étudiées devant la cour d'appel.

Lancée par l'association Aswat, en collaboration avec l'ONG All Out, une pétition visant à réclamer la libération de Lahcen et Mohsine a recueilli plusieurs dizaines de milliers de signatures.

Récemment, un hebdomadaire a dû modifier sa Une après avoir titré "Faut-il brûler les homos?". Le titre était agrémenté d'un commentaire : "Le ministère de la Santé appelle à la dépénalisation de l'homosexualité au Maroc. Certes, c'est un droit individuel. Mais, quid de la morale et des valeurs religieuses ?"

La société civile se mobilise en outre en faveur de deux jeunes femmes prises à partie mi-juin alors qu'elles se promenaient en robe. Plusieurs centaines de personnes ont manifesté le week-end dernier à Casablanca et à Rabat sous le slogan "Mettre une robe n'est pas un crime". Accusées "d'outrage à la pudeur", les deux jeunes femmes risquent d'un mois à deux ans de prison, selon l'article 483 du Code pénal. Leur sort a profondément choqué une partie de l'opinion publique marocaine.

Des responsables politiques figuraient parmi la foule, en plus des membres d'associations féministes et d'ONG. Sur internet, une pétition de soutien a de son côté recueilli près de 18.000 signatures.

Dans leur combat contre les inégalités, les militants des droits de femmes s'appuient sur la constitution de 2011, adoptée dans le contexte du Printemps arabe, qui exhorte l'État à oeuvrer à la parité.

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