Tibet: Disparu il y a 20 ans, qu'est devenu le plus jeune prisonnier politique au monde ?

07/09/15 à 13:59 - Mise à jour à 14:28

En 1995, alors âgé de 6 ans, Gedhun Choekyi Nyima avait été déclaré comme la réincarnation du Panchen Lama par le Dalai lama, prix Nobel de la paix et bête noire de Pékin. Il avait été aussitôt arrêté par les autorités et n'a pas été revu depuis.

Tibet: Disparu il y a 20 ans, qu'est devenu le plus jeune prisonnier politique au monde ?

© Reuters

Un jeune Tibétain, emprisonné par les autorités chinoises après avoir été choisi par le Dalai lama il y a 20 ans pour succéder au Panchen lama, numéro deux de la hiérarchie bouddhiste tibétaine, "se porte bien et mène une vie normale", mais ne veut pas être "dérangé", a assuré Pékin. Il "suit des études, vit normalement et grandit en bonne santé", a encore déclaré un responsable tibétain du "Département du front uni", un organe dépendant du Parti communiste chinois (PCC), cité dimanche soir par l'agence officielle Chine nouvelle. Sa désignation par le Dalai Lama était "illégale et invalide", a ajouté le responsable, alors que la Chine célèbre le 50è anniversaire de la création de la Région autonome du Tibet, où les troupes communistes sont entrées en 1951.

Pékin avait immédiatement désigné à la place son propre Panchen lama, onzième du titre. Le jeune Gyaincain Norbu, un moine aujourd'hui âgé de 25 ans est membre de la Conférence politique consultative du peuple chinois (CPCPC). Peu de Tibétains le reconnaissent, la plupart vouant toujours une grande ferveur au Dalai lama, en exil depuis 1959. Son prédécesseur, le 10è Panchen lama, est mort en 1989 après une relation tumultueuse avec les autorités communistes, qui l'avaient jeté un temps en prison.

Le 28 janvier 1989, le 10e panchen-lama, Choekyi Gyaltsen, meurt d'une crise cardiaque. Il a 50 ans et les rumeurs tenaces pensent qu'il aurait en réalité été assassiné suite à son discours critiquant la politique chinoise. Le dalaï-lama et les autorités tibétaines organisent alors les recherches, comme le veut la tradition, pour trouver sa réincarnation. C'est Gendhun Choekyi Nyima, né le 25 avril 1989 et fils de nomades tibétains, qui sera l'élu le 14 mai 1995. Il aurait déclaré à ses parents " Je suis le panchen-lama. Mon monastère est le Tashilhunpo." Trois jours plus tard, soit le 17 mai 1995, le garçon et ses proches disparaissent. Un an plus tard, Pékin avoue détenir le panchen-lama. C'est l'un des plus jeunes prisonniers politiques au monde. Il serait donc aujourd'hui toujours détenu par les autorités chinoises.

Dans un "livre blanc" sur le Tibet publié ce week-end, le gouvernement chinois, officiellement athée et communiste, a réaffirmé son droit à contrôler le processus de réincarnation, une tradition au coeur du bouddhisme tibétain et des choix de succession des grands lamas. "La réincarnation du Bouddha vivant se déroule bien", a assuré le livre blanc, publié lundi dans la presse, ajoutant qu'il s'agit d'"un système de succession unique au bouddhisme tibétain", "respecté par l'État", qui a publié des "Mesures sur la gestion de la réincarnation des Bouddhas vivants et du Bouddhisme tibétain". Le Dalaï lama, qui aura 80 ans cette année, a émis l'éventualité qu'il soit le dernier de sa lignée et qu'après sa mort, le clergé bouddhiste n'entreprenne pas de recherches pour lui trouver un successeur "réincarné".

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