Syrie: le scepticisme grandit sur le bien fondé d'une intervention

29/08/13 à 20:46 - Mise à jour à 20:46

Source: Le Vif

La circonspection s'installait jeudi dans les capitales occidentales face à une éventuelle intervention militaire en Syrie, les classes politiques s'interrogeant sur le bien fondé de frappes contre le régime, en écho à la réticence généralisée des opinions publiques.

Syrie: le scepticisme grandit sur le bien fondé d'une intervention

© Reuters

De Londres à Berlin, bien que révulsés par les images de l'attaque chimique présumée du 21 août près de Damas, les parlementaires refusaient de signer un chèque en blanc aux dirigeants américain, britannique et français pour lancer des frappes punitives contre le régime de Bachar al-Assad.

Londres est l'épicentre de ce scepticisme politique. L'opposition travailliste refuse de voter tout texte proposé par le Premier ministre David Cameron en faveur d'un recours à la force tant que les résultats de l'enquête des Nations unies sur place n'étaient pas connus, retardant d'autant des frappes qui paraissaient encore imminentes il y a quelques jours.

Les Britanniques ne sont pas pressés: seuls 22%, selon un sondage YouGov/The Times publié jeudi, sont favorables à une intervention, contre 51% d'opposition.

Là où des sondages ont été réalisés en Europe, ils révèlent une opinion peu va-t-en-guerre.

Les Allemands, traditionnellement réticents à déployer leurs soldats, étaient 58% à s'opposer à des frappes en Syrie, contre 33%, selon un sondage Politbarometer/ZDF.

L'Allemagne avait contribué à la guerre d'Afghanistan mais s'était distinguée de Paris et Londres en s'abstenant lors du vote du Conseil de sécurité des Nations unies autorisant le recours à la force en Libye, en 2011. Aujourd'hui, la chancelière Angela Merkel insiste sur une résolution onusienne.

En France, où le Parlement est convoqué mercredi prochain pour une session extraordinaire, l'opinion publique est partagée.

Deux sondages sur l'éventualité d'une intervention militaire sous l'égide de l'ONU ont donné respectivement mercredi 55% et 45% d'opinions favorables, contre 45% et 40%.

La classe politique restait globalement circonspecte, sinon hostile, sur la stratégie globale. Les socialistes restent discrets, et beaucoup à droite évoquent le précédent de la guerre d'Irak en 2003.

En Italie, le sujet ne fait pas débat: gauche et droite refusent de participer à une intervention sans l'aval de l'ONU. En Espagne, où des millions de personnes avaient manifesté en 2003 contre la guerre d'Irak, où des soldats espagnols avaient été déployés, la prudence domine et le gouvernement s'en remet aux Nations unies, tout comme en Autriche.

Aux Etats-Unis, Barack Obama fait face à des réserves d'un autre ordre.

Le Congrès américain n'entend pas dépendre des conclusions des Nations unies, une institution qui suscite la méfiance chez les républicains.

Nul doute que le président, décrit jeudi par le magazine Time comme un "guerrier malheureux", élaborera une justification légale pour la "réponse" militaire, vraisemblablement au nom de l'intérêt national et de la violation des normes internationales sur les armes chimiques.

Mais démocrates et républicains le sommaient de décrire son plan pour éviter l'embourbement.

"Quels résultats l'administration cherche-t-elle à obtenir? ", a demandé dans une lettre sévère John Boehner, président républicain de la Chambre des représentants, en soulignant qu'une intervention militaire constituait "un moyen et non une politique".

La presse s'interrogeait sur le rapport du renseignement américain qui devait être rendu public dans les prochains jours. "Étant donné le spectaculaire échec américain en Irak, quand l'administration Bush a déclenché une guerre à cause d'armes nucléaires non existantes, le niveau de preuve est indéniablement plus élevé", insistait un éditorial du New York Times jeudi.

Depuis le début de la crise syrienne, les Américains ont montré peu d'appétit pour une augmentation de l'implication américaine, même sans invasion terrestre, alors que le retrait d'Afghanistan n'était pas encore terminé.

Selon une étude Quinnipiac du 8 juillet, 61% des Américains estimaient qu'il n'était pas dans l'intérêt des États-Unis de "s'impliquer" dans le conflit, bien que 49% se soient dits favorables à l'utilisation de missiles de croisières "qui ne risquent aucune vie américaine". En juin, 54% des Américains critiquaient la décision d'armer les rebelles syriens, selon Gallup.

Le fidèle allié canadien a en outre annoncé jeudi qu'il n'envisageait pas de participer à une opération contre la Syrie.

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