Syrie : "le régime est désormais aussi dangereux qu'un loup blessé"

19/07/12 à 06:53 - Mise à jour à 06:53

Source: Le Vif

Trois hauts responsables en première ligne dans la répression de la révolte en Syrie, dont le beau-frère du président Bachar al-Assad, ont été tués mercredi à Damas dans un attentat spectaculaire qui porte un coup terrible à l'appareil sécuritaire syrien.

Syrie : "le régime est désormais aussi dangereux qu'un loup blessé"

© Reuters

Washington a estimé que le régime était en train de "perdre le contrôle de la Syrie", en soulignant l'urgence d'une transition politique pour "éviter une guerre civile longue et sanglante".

Le roi Abdallah II de Jordanie a estimé pour sa part que l'attentat de mercredi constituait "un coup terrible" pour le régime du président Bachar al-Assad. Le souverain jordanien a également dit redouter que le réseau Al-Qaïda ne profite du chaos en Syrie pour s'emparer de l'arsenal chimique du régime de Bachar al-Assad, estimant que le président syrien avait devant lui "la dernière chance d'éviter une guerre civile" dans son pays, dans un entretien mardi soir sur la chaîne de télévision américaine CNN.

L'attentat, le premier ayant visé des ministres depuis le début de la révolte en mars 2011, a été revendiqué par l'Armée syrienne libre (ASL, composée en majorité de déserteurs) qui avait annoncé la veille "la bataille pour la libération de Damas", où des combats, les plus violents dans la capitale depuis mars 2011, faisaient toujours rage mercredi soir.

Contrairement aux attentats précédents en Syrie, aucune image n'a été diffusée par les médias officiels. "Le vice-ministre de la Défense, le général Assef Chawkat, a été tué dans (un) attentat terroriste qui a visé le bâtiment de la Sécurité nationale à Damas", a affirmé la télévision d'Etat.

Ultra-protégé, cet édifice situé dans le centre-ville abritait mercredi une réunion de hauts responsables de la sécurité. Le ministre de la Défense, le général Daoud Rajha, et le général Hassan Turkmani, chef de la cellule de crise mise en place pour mater la révolte, ont également péri, selon la chaîne.

L'attentat a aussi blessé le ministre de l'Intérieur, Mohammad Ibrahim al-Chaar, et le chef de la Sécurité nationale, Hicham Ikhtiar, a indiqué à l'AFP une source au sein des services de sécurité.

Plusieurs versions sur le modus operandi de l'attentat Des versions contradictoires circulaient cependant sur le modus operandi de l'attentat. Une première source de sécurité a indiqué que le garde du corps d'un participant à la réunion avait fait exploser sa ceinture d'explosifs. Une seconde a parlé d'une mallette remplie d'explosifs introduite par un garde du corps qui avait réussi à quitter la salle puis à actionner la bombe.

L'annonce de l'attentat a été saluée dans plusieurs fiefs rebelles, notamment à Jabal Chahchabou, où un journaliste de l'AFP a fait état de tirs de kalachnikov, de cris et de rires.

L'ASL a affirmé qu'il s'agissait de "la première d'une série de grandes opérations visant à faire chuter Assad et l'ensemble des piliers et symboles du régime".

Les rebelles ont réitéré que ceux "qui n'ont pas de sang sur les mains" avaient jusqu'à fin juillet pour faire défection, sous peine sinon d'être considérés, selon le communiqué, comme "des complices des meurtres d'Assad".

Un nouveau ministre de la Défense

Le régime a rapidement annoncé la nomination d'un nouveau ministre de la Défense, le général Fahd al-Freij, jusque-là chef d'état-major. "Nos forces armées sont solides et leur moral est au plus haut. Elles continueront à poursuivre les terroristes jusqu'à ce que le complot visant la Syrie soit écrasé", a-t-il dit lors de sa première intervention. Les autorités qualifient les rebelles de "terroristes" financés par l'étranger.

La Turquie a assuré mardi soir n'avoir rien à voir avec l'attentat spectaculaire de Damas. Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan réfutait ainsi la mise en cause de son pays - ainsi que la Qatar et l'Arabie saoudite - par le ministère syrien de l'Information.

Pour l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), la mort du général Chawkat est un "coup sévère pour le régime car il assumait le tout premier rôle dans les opérations pour écraser la révolution". "Le régime est désormais aussi dangereux qu'un loup blessé", ont réagi les Frères musulmans, influente composante de l'opposition.

Sur le terrain, l'armée a pilonné les quartiers de Qaboune et de Barzé à Damas, et des hélicoptères mitraillaient ceux de Jobar, Hajar el-Aswad et Kafar Soussé. Des combats entre rebelles et armée se poursuivaient dans les quartiers de Midane et Kafar Soussé.

Les violences à travers le pays ont fait au moins 118 morts, dont 48 civils, 18 rebelles, 52 soldats et les trois hauts responsables à Damas, selon l'OSDH. Dix-sept personnes ont péri à Damas.

La Russie condamne l'attentat de Damas

A l'étranger, l'Iran et la Russie, fidèles alliés de Damas, ont condamné l'attentat ainsi que la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton qui a appelé à une "action concertée" du Conseil de sécurité de l'ONU et de la communauté internationale.

Les ministres américain et britannique de la Défense, Leon Panetta et Philip Hammond, ont mis en garde contre une situation "incontrôlable". Paris a jugé que la lutte de M. Assad pour conserver le pouvoir était "vaine" et appelé ses soutiens "à se dissocier de la répression".

Berlin et Londres ont souligné "l'urgence" pour l'ONU d'adopter une résolution menaçant de sanctions. Ce vote prévu mercredi à l'ONU a été reporté à jeudi matin à la demande de l'émissaire Kofi Annan qui espère encore un compromis avec Moscou, selon des diplomates.

L'ambassadeur français Gérard Araud a affirmé que le cadre des négociations devait être "une résolution sous chapitre VII avec une menace de sanctions".

Le Kremlin a fait état d'une conversation téléphonique entre le président russe Vladimir Poutine et son homologue américain Barack Obama, parlant de divergences qui "persistent", tandis que Washington a assuré qu'ils étaient tous deux d'accord sur une nécessaire "transition politique".

Les Etats-Unis ont allongé leur liste noire des individus et entités syriens faisant l'objet de sanctions.

Le Vif.be, avec Belga

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