Soudan du Sud : Kiir et Machar, deux frères ennemis

12/02/16 à 13:41 - Mise à jour à 13:40

Source: Afp

Le président Salva Kiir et son vice-président Riek Machar, sont liés par un combat commun au sein de la rébellion contre Khartoum, qui a débouché sur l'indépendance du Soudan du Sud en juillet 2011, mais aussi par d'anciennes et profondes inimitiés.

Soudan du Sud : Kiir et Machar, deux frères ennemis

© Reuters

Reconnaissable à son chapeau de cowboy coiffant sa haute taille, Salva Kiir, a passé de longues années de maquis avec la rébellion sud-soudanaise combattant l'armée de Khartoum. Chef militaire, il devient dirigeant politique avec réticence en 2005, à la mort du chef historique de la rébellion, John Garang, dans un accident d'hélicoptère.

Il lui succède en tant que président de la région semi-autonome du Sud-Soudan, avant de devenir le premier chef de l'État du Soudan du Sud indépendant, le 9 juillet 2011. Il hérite d'une tâche colossale: bâtir un pays ravagé par 22 ans de guerre civile, extrêmement pauvre et dépourvu de la moindre infrastructure, malgré de considérables réserves pétrolières.

Né en 1951 dans l'État reculé et pastoral de Warrap, dans l'ethnie Dinka, Salva Kiir a passé l'essentiel de sa vie les armes à la main et porte toujours son épaisse barbe des années de maquis.

Il a combattu aussi bien durant la première guerre civile (1956-1972) que durant la seconde (1983-2005), qui a mené à l'indépendance du Soudan du Sud dont il a toujours été un ardent défenseur.

Avare de sourires, le regard dur sous son chapeau offert par l'ancien président américain George W. Bush, peu flamboyant et pas très communicatif, Salva Kiir est un catholique pratiquant qui prend régulièrement la parole pendant les offices dans la cathédrale de Juba.

Le 24 mars 2015, son mandat a été prolongé jusqu'en 2018.

Le conflit avec Riek Machar, son vice-président depuis l'indépendance, éclate en juillet 2013 quand M. Kiir le limoge en l'accusant de fomenter un coup d'état. Machar redevient un chef rebelle et les violences, à forte connotation ethnique, font des dizaines de milliers de morts et plus de 2,3 millions de déplacés.

Rebelle et putschiste

Charismatique, Riek Machar a charmé nombre de responsables de la communauté internationale avec son large sourire et son éloquence. Mais il est très controversé au Soudan du Sud où ses retournements d'alliances lui valent la méfiance de nombreux Sud-Soudanais.

Né en 1953 dans l'État pétrolier d'Unité, il est issu d'une branche du peuple Nuer, à la fois éleveur et agriculteur, dont il ne porte pas la traditionnelle scarification sur le front.

Intellectuel, il s'est élevé par l'éducation. Après un diplôme d'ingénieur à Khartoum, il obtient un doctorat d'une université britannique. Alors qu'éclate la Seconde guerre civile soudanaise, il rejoint, suivi par de nombreux Nuer, la rébellion de l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA) jusque là essentiellement constituée de Dinka.

Il s'oppose à John Garang et à ses proches, dont Salva Kiir, et tente un putsch en 1991. La rébellion se fracture le long de lignes ethniques et il est accusé d'avoir ordonné le massacre par ses troupes de milliers de Dinka à Bor cette année-là.

Il crée un groupe rival qui s'allie à Khartoum. Ses troupes servent alors de supplétifs contre la SPLA, qu'il réintègre au début des années 2000.

Salva Kiir le nomme vice-président en 2005, d'abord de la région semi-autonome du Sud-Soudan, puis en juillet 2011 du Soudan du Sud indépendant.

Riek Machar va tenter de se refaire une réputation, ternie lors de la guerre civile, notamment en menant des négociations - finalement infructueuses - pour persuader le chef de la cruelle rébellion ougandaise de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA), Joseph Kony, de déposer les armes.

Le 23 juillet 2013, Salva Kiir limoge l'ensemble de son gouvernement ainsi que Riek Machar, qui dénonce l'attitude "dictatoriale" du président, étalant pour la première fois au grand jour les graves dissensions au sein du régime.

Le contrôle qu'exerce Riek Machar sur la rébellion est discutable, plusieurs hauts commandants ayant fait défection. Il a salué sa nomination comme "un pas en avant" dans l'application de l'accord de paix signé en août 2015.

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