Sotchi, le cadeau d'un oligarque à l'état russe ?

06/02/14 à 11:31 - Mise à jour à 11:31

Source: Le Vif

Une station olympique sortie de nulle part par la magie d'un oligarque russe, faits étranges et couacs retentissants ont émaillé la préparation de ces Jeux. La preuve que le comité olympique n'a pas choisi la facilité en optant pour cette petite ville du bord de la mer Noire.

Sotchi, le cadeau d'un oligarque à l'état russe ?

© Reuters

"Rosa Khoutor", la station de ski des Jeux olympiques de Sotchi n'est plus un pauvre petit village de montagne. On y trouve hôtels de luxe, restaurants chics et boutiques de fourrure et des dizaines de kilomètres de pistes sur 1500m de dénivelé. Il y a quelques années il n'y avait rien ou pas grand-chose. Merci qui ? Merci à Vladimir Potanine. Sauf que ce dernier risque de trouver la note salée selon Rue89 .

Vladimir Potanine est le président de Interros - un conglomérat construit autour d'une banque et de compagnie d'extraction minière - qui représente à lui seul 1.4% du PIB de la Russie. Or la septième fortune russe est aussi adepte de ski alpin. Cette petite lubie de "Rosa Khoutor" lui aura coûté près de 2.5 milliards de dollars. Un cadeau somptueux, alors que de son propre aveu, il ne pensait pas dépenser plus de 70 millions au début du projet. " Quand des conseillers m'ont dit qu'on avait ici la place pour un complexe comprenant une centaine de kilomètres de pistes et pouvant accueillir plus de 6000 touristes, il m'est apparu clair qu'on s'approchait d'un budget de 350 millions de dollars. Mais quand la candidature russe a été retenue pour organiser les JO d'hiver de 2014, j'ai compris que ça me coûterait des milliards. " Raconte-t-il dans Rue89.

Il est vrai que pour construire un domaine olympique à partir de rien, l'argent public russe n'aurait pas suffi. Moscou va donc créer Olympstroï, une entreprise publique sans statut juridique ni mandats clairement établis et dont la gestion fut pour le moins alambiquée, voire opaque. Surtout que très vite les investisseurs se rendent compte que Sotchi n'avait rien de la poule aux oeufs d'or. Du coup, pour motiver les troupes, l'état met la pression sur les investisseurs privés. Avec l'argument "Si ton investissement te rapporte, tant mieux. Si tu y perds, tant pis". À la lumière des derniers développements, il semble que peu d'investisseurs vont récupérer leurs billes. À titre d'exemple : si l'état n'intervient pas, Potanine pourrait perdre jusqu'à 700.000 millions de dollars.

D'autres Couacs et faits étranges

Dans la région de Sotchi, les années qui ont précédé les Jeux ont vu les expropriations abusives monter en flèches. Pour reloger les habitants dans des immeubles sans âmes et construits dans l'anarchie complète, mais pas seulement. Par exemple, le pionnier des sports d'hiver en Russie a dû revendre sa station en 2008 à Gazprom. S'il n'a pas été exproprié en tant que tel, Piotr Fedine a reçu une offre de 15 millionsqu'il n'a pu refuser. Une offre pourtant trois fois inférieures à sa valeur.

Poutine a aussi placé un fidèle à la tête de Sotchi. Suite à ce que d'aucuns qualifieront de parodie d'élections, Anatoli Pakhomov sera réélu à 77% en 2009. Le seul opposant, le libéral Boris Nemtsov, originaire de Sotchi a été salis dans des clips diffusés par la télévision locale. De même que fonctionnaires, enseignants, médecins, employés furent incités à voter par anticipation.

La construction des infrastructures n'est pas en reste. Citons par exemple l'affaire des tremplins de saut à Ski qui ont couté 200 millions et repris par Rue89. Le chantier, qui ne devait coûter que 28 millions d'euros, commence en 2008 sans étude géologique préalable. Au printemps 2012, ce sont des millions de tonnes de boue qui coulent là où devrait se dresser le tremplin. Un fiasco qui explosera le budget et poussera les deux frères, chefs du projet, à l'exil. Mais l'affaire qui décroche la timbale reste tout de même la route et le chemin de fer qui relie la banlieue de Sotchi aux montagnes de Krasnaïa Poliana. Ce chantier aura coûté 6,5 milliards de dollars, soit autant que les JO de Vancouver.

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