Russie : Medvedev ordonne une enquête sur les fraudes électorales

11/12/11 à 13:50 - Mise à jour à 13:50

Source: Le Vif

Pour la première fois, les télévisions officielles ont parlé des manifestations de l'opposition, qui proteste contre les fraudes électorales. Alors qu'approche la présidentielle de mars, Vladimir Poutine semble lâcher du lest.

Russie : Medvedev ordonne une enquête sur les fraudes électorales

© REUTERS

Le régime de Vladimir Poutine était sous pression ce dimanche, au lendemain des manifestations sans précédent de l'opposition russe contestant la victoire aux législatives de son parti Russie Unie, des experts y voyant un véritable défi pour les dirigeants du pays. Le président Dmitri Medvedev a ordonné ce dimanche l'ouverture d'une enquête sur les allégations de violations des règles électorales, rapportent des agences de presse.

Ce mouvement d'une ampleur jamais vue depuis l'arrivée au pouvoir en 2000 de l'ex-agent du KGB a réuni samedi à Moscou de 50.000 à 80.000 personnes selon des estimations indépendantes (25.000, selon la police) et plusieurs milliers de manifestants dans une cinquantaine de villes du pays.

Ces manifestations ont été organisées pour dénoncer les fraudes qui, selon l'opposition, ont permis au parti au pouvoir de remporter les législatives du 4 décembre.

Dmitri Peskov, porte-parole du Premier ministre Vladimir Poutine, a qualifié ces actions de "protestation démocratique d'une partie de la population qui est mécontente des résultats officiels", selon un communiqué diffusé dans la nuit de samedi à dimanche.

"Nous respectons le point de vue des manifestants, nous entendons ce qu'ils disent et nous allons continuer à les écouter", a-t-il ajouté, soulignant que les droits de citoyens russes d'exprimer leur opinion, quelle qu'elle soit, seraient garantis aussi longtemps qu'ils agissent dans la légalité.

La mobilisation a été exceptionnelle à la manifestation à Moscou où les rassemblements d'opposants - pour la plupart non autorisés - réunissaient jusqu'à présent en général quelques centaines de personnes.

Alors qu'elles avaient observé un black-out depuis le début de la contestation, des chaînes de télévision contrôlées par l'Etat russe ont ouvert leurs journaux sur ce sujet samedi soir.

"Je n'arrive pas à y croire! Ont-ils vraiment décidé de parler de ça'", a posté un internaute sur le compte Twitter de la chaîne publique Pervyi Kanal.

Selon une source au Kremlin citée par le principal site russe d'informations en ligne gazeta.ru, cette décision aurait été prise par le président Dmitri Medvedev qui aurait également donné pour instruction à la police de Moscou de se comporter avec modération.

La manifestation dans la capitale s'est achevée sans la moindre interpellation alors que des dizaines de personnes ont été appréhendées dans dans d'autres villes du pays.

L'un des leaders de l'opposition qui organise la contestation, l'ancien ministre Boris Nemtsov, a indiqué dimanche à la radio Kommersant FM que de nouvelles manifestations étaient prévues les 17, 18 et 24 décembre.

"Nous allons poursuivre notre mouvement de protestation tant que nos exigences ne seront pas satisfaites", a déclaré M. Nemtsov.

L'opposition réclame l'organisation de nouvelles élections et la libération des personnes condamnées à des peines allant jusqu'à 15 jours de prison après avoir été interpellées lors des premières manifestations organisées à Moscou et Saint-Pétersbourg au lendemain du vote.

Ces élections sont "la goutte d'eau qui a fait déborder le vase", après le mécontentement grandissant de la population face aux injustices et à la corruption, estime Evgueni Gontmakher, de l'Institut du développement contemporain.

"Les gens ont pris goût aux manifestations de masse et sont prêts à se mobiliser à nouveau à tout moment et pour n'importe quel prétexte", ajoute l'expert.

Cette mobilisation intervient à moins de trois mois de la présidentielle du 4 mars, à laquelle Vladimir Poutine a annoncé son retour au Kremlin où il pourrait rester théoriquement jusqu'en 2024 après avoir y avoir déjà passé huit ans (2000-2008).

"Il n'y a plus aucune confiance envers les dirigeants, c'est une crise politique grave", avertit Alexeï Malachenko, expert au Centre Carnegie de Moscou. "Si l'élection présidentielle avait lieu demain, Poutine aurait très peu de voix".

Levif.be, avec Lexpress.fr

En savoir plus sur:

Nos partenaires