Référendum aux Pays-Bas : derrière un vote symbolique, l'avenir de l'UE

06/04/16 à 10:53 - Mise à jour à 10:52

Les électeurs néerlandais doivent se prononcer ce mercredi sur l'accord d'association entre l'Union européenne et l'Ukraine. Ce référendum consultatif a pris la forme d'un vote symbolique sur la légitimité de l'UE.

Référendum aux Pays-Bas : derrière un vote symbolique, l'avenir de l'UE

Des étudiants ukrainiens avec le drapeau européen. © AFP

"Etes-vous pour ou contre la ratification de l'accord d'association entre l'Union européenne et l'Ukraine ?" Voilà la question qui est posée aujourd'hui aux citoyens néerlandais lors d'un référendum. Cet accord vise à renforcer le dialogue politique ainsi que les échanges économiques et commerciaux entre l'UE et l'Ukraine.

Les Pays-Bas sont le dernier pays de l'UE à ne pas avoir ratifié l'accord, qui a cependant été approuvé par le parlement et le sénat. Le vote ne sera valide qu'avec une participation supérieure à 30% et n'est pas contraignant.

Au niveau des sondages, "les idées sont très divisées et en même temps, il y a un grand groupe qui n'a pas formé d'opinion", a affirmé l'institut de sondage Ipsos. Si 37% des sondés étaient hier en faveur du "Nee", 33% pensaient voter "Ja". Le reste des sondés étaient indécis.

Une "nouvelle ère" pour l'Ukraine

Le vote est suivi avec inquiétude en Ukraine, où le refus en 2013 de l'ancien président pro-russe Viktor Ianoukovitch de signer cet accord avait provoqué le soulèvement pro-européen du Maïdan, et la chute de son gouvernement. Pour Kiev, qui a envoyé des ministres mener campagne aux Pays-Bas, cet accord représente une "nouvelle ère" pour le pays, tandis que Moscou le considère comme un empiétement des Européens dans sa sphère d'influence.

Pour Marc Jansen, chercheur à l'Université d'Amsterdam, interviewé par nos confrères de Knack, "Ce référendum est une mauvaise idée. Un tel accord d'association est un traité très compliqué impliquant de nombreux partenaires internationaux. Ces traités sont trop techniques pour être laissés à un vote populaire". Pour lui, ratifier cet accord "est un moyen d'agir en faveur de l'Ukraine, sans pour autant être obligé de leur promettre une adhésion à l'Union européenne ".

Le président ukrainien Petro Poroshenko s'est dit confiant quant au choix des Néerlandais en faveur de l'accord, mais a mis en garde contre la prise en otage de son pays "par une discussion interne aux Pays-Bas sur le futur de l'Union européenne".

Ce référendum est en effet devenu le coeur de discussions sur l'avenir des Pays-Bas au sein de l'Union européenne. Marc Jansen confirme : "Pour les partisans du 'non', ce référendum ne porte pas réellement sur l'Ukraine. La plupart des électeurs ne savent même pas où se trouve ce pays. Leur motivation principale est leur aversion pour l'Union européenne".

La relation UE/Pays-Bas sous tension

"Pour nous, l'Ukraine ne fait aucune différence", ont admis la semaine dernière les associations eurosceptiques. Cet accord n'est qu'un exemple de plus, assure ce groupe, d'un Bruxelles bureaucratique et technocratique ayant perdu le contact avec ses citoyens.

Côté politique, les partis du gouvernement, le VVD (Parti populaire libéral et démocrate) et le PVDA (parti travailliste), ont approuvé l'accord et sont, par conséquent, plutôt du côté du 'oui'. "Le VDD reste cependant prudent et n'a pas encore osé s'exprimer sur le sujet", explique Jansen. La plupart des partis d'opposition sont également pour cet accord. Le 'non' politique provient "des partis eurosceptiques, le PVV de Geert Wilders et le SP, parti d'extrême gauche".

Si le vote est valide et que le "Non" l'emporte largement, le gouvernement sera mis dans l'embarras, affirment les analystes, alors que le pays assure la présidence tournante de l'Union européenne jusque fin juin. Un non "pourrait ouvrir la voie à une crise européenne", avait prévenu le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

Une victoire du "Non" pourrait également servir de baromètre pour les Britanniques, qui doivent voter en juin sur une éventuelle sortie de l'Union européenne. Nigel Farage, chef du mouvement pro-Brexit UKIP, s'est rendu à Amsterdam lundi : une victoire du "Non" enverra un "message fort à l'électorat britannique que nous ne sommes pas les seuls à penser que l'UE a pris une direction fondamentalement mauvaise".

(OL avec AFP)

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