Poutine s'en prend à Obama dans le New York Times

12/09/13 à 10:55 - Mise à jour à 10:55

Source: Le Vif

Vladimir Poutine plaide contre une intervention militaire en Syrie dans une opinion parue dans le quotidien The New York Times. "Nous devons cesser d'utiliser le langage de la violence et reprendre le chemin du compromis diplomatique et politique civilisé."

Poutine s'en prend à Obama dans le New York Times

© Reuters

L'opinion de Poutine sort 24 heures après le discours télévisé du président américain Barack Obama dans lequel ce dernier a plaidé pour une intervention américaine armée en Syrie et annoncé qu'il se déclarait d'accord avec l'initiative russe de placer les armes chimiques syriennes sous surveillance internationale. Le vote du parlement américain sur l'attaque de la Syrie, qu'Obama aurait sans doute perdu, a été postposé. Entre-temps, le Conseil de sécurité des Nations unies cherche une façon de mener à bien le projet russe.

Victimes innocentes et escalade

Poutine plaide en faveur d'une solution diplomatique au sein des Nations Unies. "Une solution différente serait inacceptable et constituerait une agression". Il met également les Américains en garde contre une intervention militaire".

"L'attaque potentielle américaine de la Syrie alors que de nombreux pays et leaders politiques et religieux éminents, dont le pape, y sont opposés, fera plus de victimes. Elle pourrait faire dégénérer le conflit bien au-delà des frontières syriennes. Une attaque attiserait la violence et causerait une nouvelle vague de terrorisme. Elle minerait les efforts multilatéraux pour résoudre le problème nucléaire iranien ainsi que le conflit israélo-palestinien et déstabiliserait encore davantage le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord".

Poutine met également en garde contre les éléments extrémistes au sein de l'opposition syrienne. "Il y a peu de défenseurs de la démocratie en Syrie, mais il y a plus qu'assez de combattants d'Al Qaeda et d'extrémistes de toutes sortes" affirme-t-il. "Les mercenaires des pays arabes qui participent au combat avec des centaines de militants de pays occidentaux et même de Russie constituent une source de profonde inquiétude. Se pourrait-il qu'ils reviennent dans nos pays avec l'expérience vécue en Syrie ?"

"Personne ne met en doute qu'on ait utilisé des gaz toxiques en Syrie" écrit Poutine. "Mais il y a une bonne raison pour croire qu'ils n'ont pas été employés par l'armée syrienne, mais par l'opposition pour déclencher une intervention de leurs puissants alliés étrangers qui choisiraient le camp des fondamentalistes. Les rapports qui font état d'une autre attaque préparée par les militants - en Israël cette fois - ne peuvent être ignorés."

Il est pour le moins inhabituel qu'un dirigeant étranger se mêle à un débat américain en publiant une opinion dans le journal principal du pays. En outre, Poutine n'épargne pas les critiques à l'égard des États-Unis.

"Il est alarmant que les interventions militaires d'autres pays soient devenues banales pour les États-Unis. Servent-elles les intérêts américains à long terme ? J'en doute. Des millions de personnes dans le monde ne considèrent pas les Américains comme un modèle de démocratie, mais comme un pays se servant exclusivement de sa force brute et bricolant des coalitions sous prétexte de la devise : soit vous êtes avec nous, soit vous êtes contre nous. "

Poutine accueille favorablement le fait qu'Obama soit prêt à continuer le dialogue avec la Russie et la Syrie. Mais entre-temps - et cela risque de mal tomber parmi de nombreux milieux américains - il fustige "l'exceptionnalisme américain", l'idée profondément ancrée aux États-Unis que l'Amérique diffère fondamentalement des autres pays et qu'elle a une tâche particulière à accomplir dans le monde.

Obama a également cité cet exceptionnalisme dans son discours pour motiver l'intervention américaine en Syrie. Poutine contredit le président américain: "Il est extrêmement dangereux d'encourager les gens à se considérer comme exceptionnels, quelle que soit la motivation. Il y a de grands pays et de petits, riches et pauvres, dotés de longues traditions démocratiques et d'autres pays en train de trouver leur chemin vers la démocratie. Nous sommes complètement différents, mais lorsque nous demandons la bénédiction de Dieu, il ne faut pas oublier qu'il nous a tous créés égaux."

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