Ewald Pironet
Ewald Pironet
Ewald Pironet est rédacteur du Knack.
Opinion

25/02/15 à 11:06 - Mise à jour à 11:56

"Poutine pourrait bien détacher la Grèce de l'Europe"

Le président russe Vladimir Poutine pourrait bien utiliser la situation actuelle pour détacher la Grèce de l'Europe. "La Grèce pourrait devenir un genre de cheval de Troie pour les Russes".

"Poutine pourrait bien détacher la Grèce de l'Europe"

Vladimir Poutine © REUTERS

"Entre le rêve et la réalité, il y a les lois et les objections pratiques" écrivait Willem Elsschot, il y a plus d'un siècle. Pour les Grecs, s'y ajoute la troïka, soit l'Union européenne, la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds Monétaire International (FMI).

Le gouvernement grec, dirigé par Alexis Tsipras, a promis de mettre fin à une politique d'économie "humiliante" que la troïka a imposée aux Grecs en échange de soutien financier. Le ministre des Finances grec, Yanis Varoufakis, faisait le fier tout en défiant ses collègues ministres devant les caméras. Même s'il enflamme l'imagination de certaines femmes ("Angela Merkel a de la chance de pouvoir négocier pendant des heures avec Varoufakis" écrit l'écrivaine Kristien Hemmerechts sur sa page Facebook), le nouveau sexe-symbole a dû rentrer à Athènes la queue entre les jambes. La Grèce continuera encore de bénéficier de soutien financier pendant quatre mois à condition d'instaurer les réformes imposées par l'Europe, la BCE et le FMI - plus appelés "troïka" dans les textes, mais "instances", un résultat très maigre pour les joueurs de poker Tsipras et Varoufakis qui auront du mal à expliquer ça chez eux.

Yanis Varoufakis

Yanis Varoufakis © Reuters

Pourtant, les déboires avec la Grèce ne constituent qu'un premier test pour l'unité de l'Union européenne. Le philosophe politique Luuk van Middelaar, qui a écrit les discours du président européen Herman Van Rompuy, souligne dans le quotidien De Tijd qu'il est primordial de concilier les intérêts du nord de l'Europe avec ceux du Sud. Dans le Nord, on parle de gouvernements irresponsables, de corruption et de fraude, dans le sud on trouve que le nord applique une logique financière impitoyable qui précipite les gens dans la pauvreté. Les gens du Nord oublient toutefois que l'argent du sauvetage de la Grèce a servi à 90% à garder leurs propres banques à flot. De leur côté, les habitants du Sud ne veulent pas comprendre que les réformes imposées étaient en grande partie inévitables, même sans troïka.

Les problèmes en Grèce, et par extension dans toute l'Europe du Sud, nous affectent aussi, qu'on le veuille ou non. Si on ne résout pas la situation grecque correctement, toute l'Union européenne risque d'en pâtir. Elle peut entraîner une instabilité importante dans les Balkans et donner une nouvelle impulsion aux mouvements anti-européens . Elle peut même "être le coup mortel pour l'image et le poids de l'Europe et le reste du monde" estime Van Middelaar.

Vladimir Poutine

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Poutine pourrait abuser de la situation pour détacher la Grèce de l'Europe.

Il indique un autre danger, contre lequel de plus en plus d'observateurs privilégiés mettent en garde: le président russe Vladimir Poutine pourrait abuser de la situation pour détacher la Grèce de l'Europe. "La Grèce peut devenir un genre de cheval de Troie pour les Russes". Si la Russie n'est pas de taille contre une Europe unie, la donne change si l'Europe se désagrège. Dans quatre mois la Grèce et l'Union européenne négocieront à nouveau à propos des économies nécessaires en échange d'argent. Cette concertation acquiert de plus en plus une dimension géopolitique internationale où les quelques milliards de dettes publiques ne sont plus ce qu'il y a de plus important.

Les mois prochains, l'unité de l'Europe sera donc en jeu. Entre-temps, l'insatisfaction ne grandit pas seulement en Grèce, mais dans de nombreux états membres. Il ne s'agit pas seulement de la politique de crise et de la solidarité avec des pays qui n'ont jamais très bien géré leurs finances, mais également du déficit démocratique, de l'Europe qui juge des finances publiques et des efforts d'assainissement et aussi d'une BCE toute-puissante.

Cependant, le malaise le plus vif règne à propos d'une Europe qui tourne autour d'équilibres budgétaires et d'autres objectifs financiers. Elle s'occupe beaucoup trop peu d'objectifs sociaux, tels que la diminution de la pauvreté, la création d'emplois et un meilleur enseignement. Tant que l'Europe n'y accorde pas plus d'attention, la différence entre rêve et réalité restera considérable.

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