Pourquoi le typhon Haiyan a-t-il fait autant de morts ?

12/11/13 à 11:26 - Mise à jour à 11:26

Source: Le Vif

Un cyclone annoncé qui fait autant de morts laisse perplexe. Surtout qu'avec le réchauffement climatique, l'exception risque de devenir la règle. Le point sur la situation.

Pourquoi le typhon Haiyan a-t-il fait autant de morts ?

© Reuters

Haiyan n'était pas une surprise. Il était annoncé depuis plusieurs jours et l'on savait qu'il serait particulièrement violent. Alors que le décompte des morts ne cesse de grimper, on peut s'interroger sur le nombre important de victimes.

Un typhon monstre

Le typhon a atteint les côtes à une vitesse de 313 kms/h avec des pointes à 378kms/h. Pour certains experts, c'est tout simplement l'un des typhons les plus puissants depuis des décennies. Le vent a entrainé dans son sillage des vagues hautes de plusieurs mètres qui ont tout balayé sur leur passage. Ce n'est donc pas, a priori, les vents qui ont tué le plus de gens, mais bien les inondations. Les premiers témoignages décrivent des vagues géantes de cinq mètres de haut à certains endroits rappelant les images du tsunami de 2004 et des vents évoquant "celui d'un Boeing 747 au décollage".

Le cyclone a particulièrement dévasté six des 7 000 îles de l'archipel philippin. Les plus touchées étant celles de Leyte, de Samar et la partie nord de Cebu. Tacloban, la capitale de Leyte qui compte 220 000 habitants et située à quelque 700 km au sud de Manille a été pratiquement rayée de la carte.

Aurait-on pu empêcher un tel désastre ?

Le typhon a déjoué les précautions des dirigeants de ce pays qui compte 100 millions d'habitants. Des dirigeants pourtant habitués à l'exercice puisque l'archipel est touché par une vingtaine de tempêtes tropicales par an, dont une douzaine de typhons. C'est même l'un des pays les plus touchés au monde par ce phénomène après le Japon. Pour preuve des conditions climatiques particulièrement violente qui règne sur l'archipel, on a dénombré, en 2012, 2400 victimes de catastrophes climatiques, plus que dans n'importe quel autre pays.

Si 9.7 millions de Philippins ont été touchés d'une manière ou d'une autre par le typhon, les autorités philippines n'auraient pourtant pas pu faire grand-chose d'autre qu'évacuer en masse, car contre un typhon- l'un des phénomènes les plus puissants de la nature- il n'y a pas grand-chose à faire. C'est aussi l'avis du ministre philippin de l'Écologie, Jericho Petilla, pour qui la seule façon de protéger tout le monde aurait été d'évacuer des provinces entières. Or les autorités n'avaient pas les moyens matériels et humains pour mener à bien ce genre d'opération. Selon les autorités, la majorité des habitants ont pourtant suivi les instructions d'évacuation. Cependant, pour Mario Aurelio, géologue à l'université de Manille cité dans Le Monde, la situation serait plus complexe : "il semble que les populations locales aient encore beaucoup de mal à apprécier la dangerosité de ces phénomènes".

Enfin l'important nombre de victimes serait également dû selon Norman Cheung, un expert en risques environnementaux à la Kingston University de Londres à des problèmes structurels d'urbanisme et de construction propre aux pays les plus pauvres qui ont du matériel de mauvaises qualités et des constructions bancales. Comme ce fut le cas en Haïti suite au tremblement de terre en 2010.

Après le déluge, la misère et la maladie

Le sort s'acharne sur l'archipel puisque les Philippines se remettent à peine d'un tremblement de terre de 7.2 sur l'échelle de Richter qui a frappé le centre du pays il y a un mois. C'est donc avec des moyens déjà affaiblis que les autorités tentent de venir en aide à sa population. Certaines îles philippines ont été à ce point ravagées, qu'il n'existe plus aucune trace de modernité. Sans route, eau, ou électricité, le chaos règne. Une situation encore envenimée par les pillages et la violence attisés par la faim. Une misère qui risque encore de s'aggraver puisque, sans infrastructure et baignant dans les décombres, les secours arrivent péniblement. Il est donc fort probable qu'un drame sanitaire vienne s'ajouter au drame humanitaire.

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