Pologne: les conservateurs prennent le contrôle des médias publics

30/12/15 à 19:56 - Mise à jour à 19:56

Source: Afp

Les conservateurs de Jaroslaw Kaczynski au pouvoir en Pologne prendront le contrôle des médias publics en confiant au ministre du Trésor la nomination de leurs nouveaux responsables, en vertu d'une loi adoptée mercredi malgré "l'indignation" de plusieurs organisations internationales.

Pologne: les conservateurs prennent le contrôle des médias publics

Jaroslaw Kaczynski, président du parti Droit et justice (PiS). © AFP/JANEK SKARZYNSKI

Approuvé par 232 députés contre 152 et 34 abstentions, le nouveau texte n'a été soumis aux députés que lundi et débattu dans la précipitation, tout comme la loi très controversée sur la réforme du Tribunal constitutionnel.

Les nouvelles dispositions font expirer avec effet immédiat les mandats des membres des directions et des conseils de surveillance de la télévision et de la radio publiques.

C'est le ministre du Trésor qui aura désormais la compétence de nommer, et de révoquer, les nouveaux chefs des médias publics, jusqu'à présent choisis par voie de concours organisés par le Conseil national de l'audiovisuel (KRRiT).

Plusieurs organisations de médias, comme l'Union Européenne de Radio-Télévision (UER/EBU), l'Association des journalistes européens (AEJ) et Reporters sans frontières (RSF), ont exprimé leur "indignation" face à ces dispositions "introduites à la hâte, sans aucune consultation", selon le site internet de l'UER.

Le vice-président de la Commission européenne Frans Timmermans "a demandé une information au gouvernement polonais" sur ce projet de loi, selon un tweet mercredi de son porte-parole Margaritis Schinas.

Dans une lettre au ministre polonais de la Culture, l'AEJ s'est déclarée "profondément préoccupée" par les changements proposés.

Ils "placeront la télévision et la radio publiques sous contrôle direct du gouvernement, impliquant le licenciement pour des raisons politiques de journalistes respectés, et conduiront à une ingérence éditoriale systématique dans le contenu des émissions, en faveur de l'actuel gouvernement", a affirmé l'association, une ONG reconnue par l'UNESCO et le Conseil de l'Europe.

- Un 'premier pas' -

"Dans un premier pas, nous modifions les principes d'élection des responsables de la télévision publique (TVP) et de la Radio polonaise (PR)", a indiqué aux journalistes le vice-ministre de la Culture Krzysztof Czabanski chargé de réformer le secteur des médias polonais.

"A l'étape suivante, nous allons adopter une loi sur les médias nationaux qui va changer le régime de fonctionnement des médias publics et les principes de leur financement", a-t-il précisé.

Le parti Droit et Justice (PiS) de M. Kaczynski a déjà annoncé que la télévision et la radio publique, ainsi que l'agence nationale d'informations PAP, qui sont actuellement des sociétés de droit commercial contrôlées par l'Etat, seront transformées en institutions culturelles parrainées par un Conseil des médias nationaux, à mettre en place par le nouveau pouvoir.

Selon PiS, ces changements conduiront "à rationaliser et à baisser les frais de la gestion des sociétés de radio et télévision publiques, ainsi qu'à retrouver les standards professionnels et éthiques nécessaires pour réaliser la mission publique".

Pour l'opposition polonaise toutes tendances confondues, il s'agit tout simplement d'une prise de contrôle direct de ces médias par les conservateurs au pouvoir depuis deux mois.

Pour entrer en vigueur, la nouvelle loi doit obtenir l'approbation du Sénat, dominé par le parti de M. Kaczynski, et celle du président Andrzej Duda, proche de ce parti.

Le parti PiS a déjà fait entrer en vigueur lundi une réforme très controversée du Tribunal constitutionnel, malgré les fortes réserves de la Commission européenne et les critiques de l'opposition qui craint une paralysie de cette cour.

Le nouveau pouvoir polonais a par ailleurs adopté ou préparé des lois modifiant le fonctionnement de l'administration, de la police, et du parquet actuellement indépendant, qui va dépendre désormais du ministre de la Justice.

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