Otages tués au Nigeria : l'Italie furieuse de ne pas avoir été avertie

09/03/12 à 19:02 - Mise à jour à 19:02

Source: Le Vif

L'Italie a exprimé sa colère de n'avoir pas été avertie à l'avance d'une tentative de libération d'otages au Nigeria par les forces locales appuyées par des agents britanniques, qui a échoué et abouti à la mort de deux otages, un Italien et un Britannique, jeudi.

Otages tués au Nigeria : l'Italie furieuse de ne pas avoir été avertie

© Reuters

Rome a haussé le ton par la voix du président Giorgio Napolitano. Celui-ci a jugé "inexplicable le comportement du gouvernement britannique qui n'a ni informé ni consulté l'Italie" avant de déclencher l'opération pour essayer de libérer les ingénieurs Franco Lamolinara, 48 ans, et Chris McManus, 28 ans.

"Une clarification (de la situation) est nécessaire sur le plan politico-diplomatique", a déclaré M. Napolitano, dont les fonctions se limitent en Italie à un rôle de représentation, mais qui jouit d'une forte autorité morale.

Londres a tenté de relativiser l'incident en soulignant n'avoir "été en mesure d'informer le gouvernement italien que lorsque l'opération était en cours". "Nous avons eu très peu de temps pour agir et cela a été une contrainte pour pouvoir informer" Rome, a expliqué, de Copenhague, le chef de la diplomatie britannique William Hague. Selon un porte-parole officiel britannique, "la priorité était de répondre à la situation sur le terrain et de faire tout ce que nous pouvions pour assurer la libération des otages".

Le chef du gouvernement italien Mario Monti a réuni vendredi un comité de sécurité nationale, rassemblant notamment ses ministres des Affaires étrangères, de la Défense, de la Justice et les services secrets, sur le "tragique évènement qui s'est produit au Nigeria". Une cellule réunissant des représentants des ministères et des services secrets restera dorénavant active "en permanence".

La classe politique et la presse italienne ont dénoncé un "couac" diplomatique de Londres, le journal Corriere della Sera parlant d'"humiliation de l'Italie" tandis que le quotidien Repubblica évoquait "un revers pour la crédibilité internationale retrouvée" de Rome. L'ex-chef de gouvernement de gauche Massimo D'Alema qui dirige le Copasir, commission parlementaire chargée des services secrets, a été l'un des premiers hommes politiques à dénoncer le fait que l'Italie n'ait pas été avertie du raid et a exigé dès jeudi que "la lumière soit pleinement faite". Vendredi, il est revenu sur l'affaire, qualifiant de "peu convaincantes les réponses du gouvernement britannique", et ajoutant que, "comme l'a dit le chef de l'Etat, les faits restent inexplicables".

Le maire de Gattinara, le village natal de M. Lamolinara près de Turin (nord), a également réclamé des explications. "Le ministère italien des Affaires étrangères a d'excellents experts et médiateurs. Si l'Italie n'était pas au courant, nous avons besoin de savoir pourquoi", a dit Daniele Baglione. Selon des sources proches du gouvernement citées par le journal Il Sole 24 Ore, "il y a vraiment un gel entre Rome et Londres".

Raffaello Matarazzo, chercheur à l'Institut des affaires internationales de Rome, a parlé de "grave incident diplomatique (...) au moment où l'Italie améliore son image sur la scène internationale". Mais, selon lui, l'affaire n'aura "pas d'impact durable" sur les relations bilatérales et M. Monti "pourrait saisir l'occasion pour demander à Cameron de l'aide dans la crise diplomatique avec l'Inde" provoquée par l'arrestation de deux soldats italiens embarqués sur un pétrolier italien accusés d'avoir tué deux pêcheurs locaux pris pour des pirates.

Selon le journal romain Messaggero, la réaction "prudente" de M. Monti à l'annonce de la mort de l'otage italien "vise à ne pas se lancer dans une bataille contre Cameron", au moment où Londres "dialogue avec le gouvernement indien pour chercher à faire libérer les deux militaires italiens". C'est pour cela, selon le Messaggero, que M. Monti a appelé le président nigérian Goodluck Jonathan et pas M. Cameron, pour réclamer "au plus vite une reconstitution détaillée des circonstances ayant conduit à la mise à mort des deux otages".

LeVif.be, avec Belga.

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