Nucléaire iranien: "Une solution complète contribuera à la paix et à la stabilité"

02/04/15 à 20:12 - Mise à jour à 03/04/15 à 08:04

Source: Belga

Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a estimé que le pré-accord trouvé jeudi par les négociateurs à Lausanne, en Suisse, sur le nucléaire iranien ouvrirait la voie à la paix et à la stabilité au Proche-Orient.

Nucléaire iranien: "Une solution complète contribuera à la paix et à la stabilité"

Ban Ki-Moon © Reuters

"Une solution complète, négociée au problème du nucléaire iranien contribuera à la paix et à la stabilité dans la région et permettra à tous les pays de coopérer de manière urgente sur les nombreux et graves défis en matière de sécurité qu'ils doivent affronter", a fait valoir M. Ban, selon un communiqué de son porte-parole.

Le pré-accord signé par l'Iran et les grandes puissances du monde, le groupe 5+1 (Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie, Chine et Allemagne), a vocation à résoudre le dossier du nucléaire iranien, étape fondamentale sur la voie d'un accord final d'ici au 30 juin.

M. Ban a relevé que l'accord décroché jeudi contraindrait le programme nucléaire iranien dans "des limites importantes" et mènerait à la levée de la totalité des sanctions internationales contre Téhéran. L'ONU, à elle seule, a pris quatre séries de sanctions contre l'Iran au sujet de ses activités nucléaires.

M. Ban a également souligné que les besoins de l'Iran seraient respectés dans le cadre de cet accord, tout en donnant les garanties au monde que ses activités nucléaires ont un objectif civil.

Selon les premiers éléments divulgués de ce pré-accord, la capacité d'enrichissement d'uranium de l'Iran devra être réduite. Pour ce faire l'Iran maintiendrait 6.000 centrifugeuses en activité, contre 19.000 actuellement. Les centrifugeuses sont indispensables à l'enrichissement du matériel nucléaire.

L'ambassadrice de Jordanie Dina Kawar, dont le pays préside le Conseil de sécurité ce mois-ci, a qualifié cet accord de "bonne nouvelle". "Nous espérons qu'il débloquera d'autres problèmes dans notre région", a-t-elle ajouté.

Moscou salue la "reconnaissance" du droit de l'Iran à un programme civil

La Russie a également salué l'accord trouvé par les négociateurs à Lausanne sur le nucléaire iranien, estimant qu'il constituait une reconnaissance du droit "inconditionnel" de l'Iran à développer un programme civil.

"Dans cet accord repose le principe formulé par le président russe Vladimir Poutine, à savoir le droit inconditionnel de l'Iran à mener un programme nucléaire pacifique", s'est félicité le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué.

Ce droit inclut, selon Moscou, "les activités d'enrichissement d'uranium sous contrôle international et la levée de toutes les sanctions existantes contre l'Iran".

"Il ne fait aucun doute que l'accord sur le nucléaire iranien aura un impact positif sur la situation sécuritaire globale au Moyen-Orient, y compris par le fait que l'Iran sera en mesure de participer plus activement à la résolution d'un certain nombre de problèmes et de conflits dans la région", selon le ministère russe.

Le ministère russe des Affaires étrangères évoque le "laborieux travail d'experts" qui doit suivre pour mettre en place les normes techniques de l'accord.

L'accord représente une "preuve claire que grâce à des efforts diplomatiques et politiques, il est possible de résoudre les problèmes les plus difficiles et les situations de crise", selon Moscou.

En Israël, le ministre Bennett compare l'accord à la capitulation face à Hitler à Munich

Pour sa part, le ministre israélien de l'Economie Naftali Bennett a comparé la satisfaction exprimée jeudi par les pays membres du groupe G5+1 à l'apaisement que le Premier ministre britannique Neville Chamberlain avait dit ressentir après sa rencontre avec Adolf Hitler, à Munich en 1938, avant la Deuxième Guerre mondiale.

"Le régime islamique de terreur le plus radical au monde reçoit un certificat officiel pour son programme nucléaire illégal", a affirmé M. Bennett, du parti de droite Foyer Juif, dans un tweet publié jeudi.

Obama salue une entente "historique"

Le président américain Barack Obama a salué jeudi la conclusion d'une entente "historique" avec l'Iran qui, si elle aboutit à un accord final d'ici le 30 juin, "l'empêchera d'obtenir l'arme nucléaire". "Aujourd'hui les Etats-Unis, avec leurs alliés et partenaires, ont conclu une entente historique avec l'Iran", a déclaré le président américain depuis les jardins de la Maison Blanche, peu après l'annonce d'un accord cadre trouvé à Lausanne, en Suisse, à l'issue de négociations marathon.

"L'Iran a donné son accord pour un régime de transparence et les inspections les plus approfondies jamais négociées dans l'histoire des programmes nucléaires", a poursuivi le président américain qui martèle depuis des mois sa conviction que la voie diplomatique est "de loin, la meilleure".

Répondant par avance à ses détracteurs, en particulier au Congrès américain mais aussi chez les alliés israélien ou saoudien, qui redoutent que Téhéran ne tienne pas sa parole, M. Obama a assuré que l'Iran serait "plus inspecté que n'importe quel autre pays dans le monde".

"Si l'Iran triche, le monde le saura", a-t-il lancé. "Si nous voyons quelque chose de louche, nous mènerons des inspections".

Le président américain a aussi mis en exergue les efforts de Téhéran au cours des mois écoulés: "L'Iran a rempli toutes ses obligations. Il a éliminé ses stocks de matériel nucléaire dangereux. Les inspections du programme nucléaire iranien ont augmenté".

"Le travail n'est pas fini", a-t-il cependant souligné avec force.

Selon les premiers éléments divulgués de ce pré-accord, la capacité d'enrichissement d'uranium de l'Iran devra être réduite. Pour ce faire, l'Iran maintiendrait 6.000 centrifugeuses en activité, contre 19.000 actuellement. Les centrifugeuses sont indispensables à l'enrichissement du matériel nucléaire.

Les sanctions américaines et européennes seront levées en fonction du respect des engagements de l'Iran.

C'est sur twitter que les Occidentaux et Iraniens, dont le président Hassan Rohani en personne, ont tous annoncé qu'un accord cadre avait été conclu à l'issue de plusieurs journées de négociations marathon.

"Des solutions sur les paramètres clés du dossier nucléaire de l'Iran ont été trouvées. L'écriture (d'un accord final) doit commencer immédiatement, pour être terminée d'ici le 30 juin", a écrit M. Rohani.

On a "maintenant les paramètres" pour résoudre les principales questions, a confirmé le secrétaire d'Etat américain John Kerry.

Selon les premiers éléments divulgués de ce pre-accord, la capacité d'enrichissement d'uranium de l'Iran devra être réduite et l'Iran maintiendrait 6.000 centrifugeuses en activité (contre 19.000 actuellement).

Les sanctions américaines et européennes seront levées en fonction du respect des engagements de l'Iran, a immédiatement prévenu l'Union européenne.

"Bonnes nouvelles", a été la première à twitter la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini, peu avant 19h (17H00 GMT). Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif lui a emboîté le pas, en affirmant que des "solutions ont été trouvées".

8 jours d'un incroyable marathon diplomatique

Cette annonce couronne huit jours d'un incroyable marathon diplomatique, où les négociateurs ont discuté jour et nuit pour parvenir à arracher un compromis historique avant un accord final.

Toute la nuit de mercredi à jeudi, et toute la journée de jeudi après une courte pause à l'aube, les représentants des P5+1 et de l'Iran ont négocié "ligne par ligne" les contours d'un accord d'étape, selon des sources proches des négociations.

Comme tous les jours depuis dimanche, Israël, l'un des plus virulents opposant à tout compromis avec l'Iran, est monté au créneau jeudi. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a exigé que tout accord "réduise considérablement" les capacités nucléaires de Téhéran.

Le ministre israélien des Renseignements Youval Steinitz a aussi affirmé que l'option militaire restait sur la table pour son pays face à la menace d'un Iran doté de l'arme nucléaire.

La communauté internationale veut brider le programme nucléaire iranien et le contrôler étroitement pour s'assurer que Téhéran ne se dotera jamais de la bombe atomique, en échange d'une levée des sanctions internationales qui étranglent l'économie iranienne.

Mais la négociation, relancée en 2013 après des années de crise, butait depuis des mois sur des points clés: la durée d'un accord, que les grandes puissances voulaient initialement voir en vigueur pendant 15 ans, le nombre de centrifugeuses, machines qui permettent d'enrichir l'uranium, et les modalités de levée des sanctions.

"C'est un accord cadre. Ca ne consiste pas à régler la question de façon définitive, ça consiste à fixer les paramètres de l'accord final et les clarifier de façon suffisamment précise pour éviter autant que possible les ambiguïtés et faire en sorte que les dissonances restent un minimum sous contrôle", expliquait un diplomate occidental avant l'épilogue.

Car le compromis de jeudi ne marquera pas la fin de l'histoire. En effet, même si les négociateurs réussissent à s'entendre sur tous les grands "paramètres" et à fixer des orientations assez précises (qui ne seront d'ailleurs peut-être pas toutes publiées), tous les détails techniques de ce dossier extraordinairement complexe devront être éclaircis et finalisés pour cet accord final le 30 juin.

"Arriver à un accord d'ici fin juin sera un travail difficile et immense", a d'ailleurs prévenu M. Zarif jeudi matin.

MM. Kerry et Zarif, impliqués depuis un an et demi dans ces tractations laborieuses, ont besoin d'un accord d'étape substantiel qui puisse leur permettre de tenir le cap et d'acheter du temps face à leurs faucons respectifs et face aux puissances régionales hostiles à tout compromis.

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