Nouveau crime d'honneur au Pakistan: une jeune femme étranglée et brulée vive

06/05/16 à 14:06 - Mise à jour à 14:04

Chaque année, des centaines de femmes sont tuées au Pakistan pour défendre " l'honneur de la famille ". Une pratique moyenâgeuse qui a récemment encore fait une victime.

Nouveau crime d'honneur au Pakistan: une jeune femme étranglée et brulée vive

Des femmes pakistanaises tiennent des bougies lors de la Journée Internationale pour la Fin des Violences envers les Femmes en 2006. © Reuters

Le 29 avril dernier, une jeune femme a été droguée, étranglée et ensuite brûlée vive dans un minibus. Son crime ? Avoir aidé l'une de ses amies à fuir le village avec un homme. Elle a été assassinée sur ordre du conseil du village de Makol, dans le nord-ouest du pays. "La police a arrêté 13 membres de la jirga (NdlR : conseil du village) qui avaient ordonné le meurtre de la jeune fille" a déclaré le chef de la police, Khurram Rasheed, à l'AFP. La mère de la victime a également été interpelée car elle avait donné son accord à la jirga pour le meurtre de sa fille. Ces 14 personnes seront jugées par le tribunal a assuré le chef de la police. Quant à la jeune fille en fuite, "elle serait en sécurité" affirme-t-il.

Ces faits sont loin d'être exceptionnels. Le Fédération Internationale pour les Droits de l'Homme estime qu'entre 1200 et 1800 meurtres de ce type sont commis chaque année au Pakistan, pays conservateur de 200 millions d'habitants.

Les principales motivations de ces actes barbares sont le refus d'un mariage forcé ou le non-respect des règles et des traditions familiales mettant en péril la précieuse réputation de la famille. Les victimes sont souvent des adolescentes ou de jeunes adultes même s'il arrive que des hommes soient tués. Ces crimes d'honneur sont un véritable fléau, conséquence directe d'une société conservatrice sous domination patriarcale où l'honneur de la famille prime sur tout, y compris la vie.

En 2005, le code pénal pakistanais avait déjà été en partie révisé pour empêcher que les personnes tuant au nom de l'honneur n'échappent à une condamnation en s'accordant à eux-mêmes le pardon en tant qu' "héritier" de la victime. Cependant, cette loi laisse au juge la possibilité de ne pas condamner les bourreaux présumés si d'autres proches de la victime les excusent. De nombreux crimes ne sont donc pas punis à cause de cette "dérogation".

En Belgique aussi

En 2007, Sadia Sheikh jeune pakistanaise de 20 ans, avait été abattue de plusieurs coups de feu par son frère au domicile parental à Lodelinsart. Sa famille estimait qu'elle les avait déshonorés en refusant un mariage arrangé avec un cousin au Pakistan. Quelques jours avant de devoir se rendre dans son pays d'origine, Sadia a fui dans un foyer pour femmes battues bruxellois. La descente aux enfers commence alors : injures, menaces de mort, harcèlement sont le lot quotidien de la jeune femme quand elle avoue projeter d'épouser Jean, belge et non-musulman. Elle accepte néanmoins de renouer le contact avec sa famille à l'occasion de la fin du Ramadan. Quelques jours plus tard, Sadia tombe dans le piège tendu par son frère Mudusar avec la complicité du reste de la famille. Selon un proche, les parents auraient commandité cet assassinat pour "pour régler une dette d'honneur".

En 2011, la Cour d'assise du Hainaut a condamné quatre membres de la famille : le frère, la soeur et les parents de Sadia, à des peines allant de 5 à 25 ans de prison. C'est la première fois que la Justice a reconnu un crime d'honneur dans le Royaume.

Preuve encore que le sujet est au coeur des préoccupations au Pakistan. Lecourt-métrage documentaire "A girl in the river : The price of forgiveness" ("Une fille dans la rivière : Le prix du pardon"), a reçu récemment l'Oscar du meilleur court-métrage documentaire 2016. Il retrace l'histoire d'une jeune fille qui a réussi à échapper à un crime d'honneur. Sharmeen Obaid-Chinoy, la réalisatrice, a d'ailleurs rencontré à cette occasion le Premier ministre pakistanais, Nawaz Sharif. Il s'est engagé à mettre fin à cette pratique qu'il estime "dégradante et méprisable".

Par Axelle Verstraeten

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