Mossoul : de probables attaques aux armes chimiques

18/10/16 à 15:23 - Mise à jour à 17:22

Source: Afp

Le Comité international de la Croix-Rouge et l'Organisation internationale pour les migrations ont indiqué mardi se préparer à devoir faire face à l'emploi d'armes chimiques lors de l'offensive pour reprendre Mossoul au groupe Etat islamique (EI) en Irak.

Mossoul : de probables attaques aux armes chimiques

© AFP

"Nous ne pouvons pas exclure l'usage d'armes chimiques", a déclaré le directeur régional des opérations du CICR pour le Moyen-Orient, Robert Mardini. "Notre préparation consiste à former et fournir des équipements à un certain nombre d'établissements de santé qui pourront prendre en charge des personnes contaminées et offrir des services de décontamination", a-t-il dit lors d'un point de presse à Genève. "A l'heure où nous parlons, nous avons une équipe en Irak en liaison avec les autorités sanitaires et qui travaille main dans la main avec le personnel de santé en Irak afin de développer cette capacité de réponse", a-t-il ajouté, précisant que le CICR dispose de 900 collaborateurs en Irak. Il a également pointé que le CICR, qui souhaite toujours discuter avec tous les acteurs armés, poursuit ses efforts pour "établir un dialogue avec l'EI".

S'exprimant en téléconférence depuis Bagdad, le chef de mission de l'OIM en Irak, Thomas Lothar Weiss, a affirmé que les humanitaires "craignent" l'usage d'armes chimiques et que l'organisation avait commencé à acheter "quelques masques à gaz". "Il y a eu des preuves qui montrent que l'EI pourrait utiliser des armes chimiques", a-t-il indiqué, soulignant toutefois que ces informations provenaient de médias locaux.

Les forces irakiennes progressent vers Mossoul

Les dizaines de milliers de combattants irakiens mobilisés pour reprendre Mossoul au groupe Etat islamique (EI) gagnaient du terrain mardi au deuxième jour de cette offensive d'une ampleur sans précédent, qui fait craindre un exode de civils. Avançant en convois de véhicules blindés à travers les plaines arides entourant la deuxième ville d'Irak et appuyées par des bombardements aériens de la coalition internationale antijihadistes menée par les Etats-Unis, les forces irakiennes ont pénétré dans des villages où l'EI tente de résister, a constaté un journaliste de l'AFP. De grandes colonnes de fumée s'élèvent dans le ciel depuis des puits de pétrole en feu, près de la base arrière des forces irakiennes à Qayyarah, à environ 70 km au sud de Mossoul. Le ciel est plombé de gris sur des kilomètres.

Un soldat irakien posté à un des nombreux check-points a expliqué que les jihadistes avaient mis le feu aux puits de pétrole pour tenter d'empêcher la coalition de mener des raids aériens et de leur reprendre Qayyarah. Mais la ville est tombée aux mains des forces irakiennes le 25 août et les incendies n'ont cessé depuis. Les forces loyales au gouvernement de Bagdad avancent depuis Qayyarah, ainsi que depuis Khazir à l'est, vers Mossoul, dernier grand bastion de l'EI en Irak "De nombreux villages ont été libérés", a indiqué à l'AFP Sabah al-Numan, le porte-parole des services de contre-terrorisme irakien, une des unités d'élite mobilisées. "Nous avons atteint nos premiers objectifs et même davantage mais nous restons prudents et nous nous en tenons au plan", a-t-il ajouté. "Nos forces utilisent une large palette de moyens à leur disposition contre les terroristes et nous avons encore plus de surprises pour eux quand nous atteindrons la ville même", s'est targué ce porte-parole. Avant d'atteindre les abords directs de Mossoul où seraient retranchés entre 3.000 et 4.500 jihadistes lourdement armés, les forces irakiennes doivent traverser des territoires contrôlés par l'EI autour de la cité.

'Comme prévu'

L'opération a bien commencé et le "premier jour s'est déroulé comme prévu", a estimé de son côté le Pentagone. Cinquante-deux cibles ont été détruites par les avions de la coalition au premier jour de l'offensive, selon un bilan donnée par celle-ci. Située dans le nord de l'Irak et peuplée majoritairement de musulmans sunnites, Mossoul était tombée aux mains de l'EI en juin 2014 et le leader de l'EI, Abou Bakr al-Baghdadi, avait alors proclamé un "califat" sur les territoires conquis de manière éclair par les jihadistes en Irak et en Syrie. La bataille de Mossoul, qui pourrait durer des semaines et promet d'être particulièrement âpre, fait craindre un exode massif de population. Quelque 1,5 million de personnes vivent encore à Mossoul et pourraient se retrouver piégées par les violents combats ou être utilisées comme boucliers humains par les jihadistes comme ils l'ont fait dans d'autres villes qu'ils ont récemment perdues en Irak ces derniers mois. Plusieurs organisations humanitaires ont réclamé l'instauration de couloirs sécurisés pour que les civils puissent fuir les combats, d'autant que la ville pourrait être soumise à un siège par les forces irakiennes. La coordinatrice humanitaire de l'ONU pour l'Irak, Lise Grande, a déclaré que les gens n'étaient pour l'instant pas très nombreux à fuir Mossoul mais a fait état de possibles "importants mouvements de populations (...) d'ici cinq à six jours".

'Préparer des refuges'

Environ 200.000 personnes pourraient être déplacées "dans les deux premières semaines", un chiffre susceptible d'augmenter de façon significative au fur et à mesure de l'avancée de l'offensive, selon l'ONU. "Les agences humanitaires se concentrent pour préparer des refuges dans trois régions prioritaires au sud de Mossoul où seront hébergés les premiers déplacés", a indiqué l'ONU. Pour l'instant, les camps existants ne peuvent accueillir que quelques dizaines de milliers de déplacés alors qu'ils pourraient être des centaines de milliers. Amnesty International a par ailleurs appelé mardi Bagdad à s'assurer que les forces de sécurité irakiennes et les nombreuses milices paramilitaires ne commettent pas d'abus sur les civils. Selon l'ONG, les forces de sécurité et les milices ont détenu arbitrairement, torturé et exécuté des "milliers" de civils fuyant les zones tenues par l'EI dans le passé. La perte de Mossoul serait un revers très douloureux pour l'EI qui y avait proclamé un "califat" sur les territoires conquis de manière éclair en Irak et en Syrie. Le groupe a perdu beaucoup de terrain ces derniers mois dans les deux pays mais continue notamment de contrôler Raqa, dans le nord de la Syrie, et de mener des attaques suicides.

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