Les Russes exhibent des rubans blancs contre Poutine

30/01/12 à 14:34 - Mise à jour à 14:34

Source: Le Vif

Des milliers de véhicules décorés d'ornements blancs ont défilé sur une avenue circulaire de Moscou, ce dimanche, pour protester contre Poutine et exiger des élections propres.

Les Russes exhibent des rubans blancs contre Poutine

© AFP

Ballons, peinture, écharpes, fleurs, neige en amas ou en bonshommes, mais surtout rubans: tout était bon ce dimanche pour "blanchir" sa voiture à Moscou. Les propriétaires des véhicules en question ont manifesté ce dimanche contre Vladimir Poutine et pour des élections libres en exhibant ces bolides relookés.

De la décapotable luxueuse au vieux modèle soviétique, ils étaient 3000 à rouler sur l'une des avenues circulaires du centre de la capitale russe selon les organisateurs, 300 selon la police. Les automobilistes klaxonnaient sur tout le tracé de cette manifestation, et de nombreux passants les saluaient en brandissant drapeaux et mouchoirs blancs. Le "Sadovoe koltso" ou "anneau des jardins" a même été rebaptisé pour l'occasion en "anneau blanc". "C'est comme ça que j'aime Moscou", clame un message mis à l'arrière d'une voiture.

Pourquoi tout ce blanc? Parce que c'est la couleur que s'est choisi le mouvement de contestation contre le pouvoir, et surtout contre le Premier ministre et candidat à la présidentielle du 4 mars prochain. Depuis octobre, des rubans de cette couleur fleurissent sur les poignées de porte ou les rétroviseurs des voitures, après un appel lancé sur Internet.

Ils ont aussi inondé les comptes russes sur Twitter et Facebook, ou encore Vkontakte (le Facebook russe). Et ils ont leur site, sobrement titré "le ruban blanc". A l'initiative de cette action lancée sur les réseaux sociaux, la "Ligue des électeurs", un mouvement créé par des journalistes, blogueurs, écrivains et artistes pour coordonner les prochaines manifestations. Notamment celle du samedi 4 février, un mois avant l'élection présidentielle pour laquelle Poutine reste favori.

Ce dimanche, de nombreuses effigies du Premier ministre trônaient d'ailleurs sur les voitures décorées. Mais pas pour lui rendre hommage. Quand son visage était représenté, c'était pour être orné d'une croix noire. "Tout sauf Poutine": voilà l'un des seuls mots d'ordre communs d'une opposition dont l'hétérogénéité reste le talon d'Achille face au Kremlin et à la machine électorale de Russie unie, le parti sur lequel il s'appuie.

"Si ce n'est pas Poutine, alors qui?"

Mais "si ce n'est pas Poutine, alors qui?", s'interrogeait récemment un show télévisé sur NTV. La popularité du Premier ministre baisse depuis plusieurs mois, certes, mais il reste le grand favori de la présidentielle du 4 mars. Plusieurs opposants n'ont pu inscrire leur candidature, comme le leader du parti Iabloko, Grigori Iavlinski, la semaine dernière. Dans le même temps, les prétendants autorisés, comme le milliardaire Mikhaïl Prokhorov, sont soupçonnés de sciemment jouer les figurants face à Poutine.
Un mois pile avant ce vote, le samedi 4 février, les opposants prévoient un nouveau rassemblement. Il espèrent réunir au moins 50 000 personnes dans le centre de Moscou et marquer les esprits, autant que lors de deux rassemblements de décembre, les plus importants depuis que Poutine a pris la tête du pays en 2000. Cette mobilisation a été déclenchée par des législatives marquées par des fraudes, selon l'opposition et des observateurs étrangers. Désormais, les Russes exigent "des élections propres". Blanches comme neige.

Marie Simon

La réponse de Poutine

Poutine a semblé répondre aux manifestants ce lundi matin. Répondre, mais un peu à côté... L'homme fort du pays fustige une corruption "systémique", le climat des affaires "insatisfaisant" et la dépendance "inadmissible" de l'économie russe, dans les colonnes de Vedomosti. Un éditorial du même quotidien regrette que Poutine ne lie pas les problèmes économiques à la nécessité d'une réforme politique. "Et qu'a-t-il (Poutine) fait toutes ces dernières années?", tant à la présidence (2000-2008) qu'au poste de Premier ministre (2008-2012), s'interroge la parution économique.

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